Introduction :

 

 

            Le sauvetage du groupe Alstom par Nicolas Sarkozy en 2003 montre combien la part de l’Etat dans l’économie de marché est inévitable car il a été le seul acteur à disposer des moyens nécessaires pour éviter le dépôt du bilan du groupe. La faillite évitée de justesse d’Alstom est un exemple parmi tant d’autres des faiblesses de l’économie de marché, souvent en porte-à-faux avec la structure actuelle de l’économie politique. Comme le terme l’indique, le politique intervient dans l’économie, d’où un rôle accru de l’Etat.           

           

            Le paradoxe est en effet apparent : dans un monde où l’économie de marché n’a jamais été aussi dominante, ses effets visibles étant la mondialisation et la généralisation du libéralisme économique, les Etats sont contraints d’intervenir dans les économies, y compris aux Etats-Unis. C’est que l’économie de marché a ses limites, et l’Etat est sensé compenser par un interventionnisme souvent énergique. Même si le modèle keynesien a été beaucoup critiqué par Friedman et ses héritiers, il est indéniable que le rôle de l’Etat dans l’économie est une réalité dans tous les Etats capitalistes.         

Le rôle de l'État, c'est-à-dire l'ensemble des collectivités publiques nationales, dans l'économie d'un pays fait depuis longtemps l'objet de controverses entre économistes, selon qu'ils sont plutôt favorables à un État neutre ou, au contraire, à un État interventionniste, fortement impliqué dans les sphères économique et sociale. Au début du XIXe siècle, en réaction à l'absolutisme royal, les économistes libéraux dits « classiques », comme Adam Smith, ne prêtaient à l'État, pour l'essentiel, que des fonctions régaliennes (diplomatie, sécurité extérieure et intérieure, justice).

 

            L'intensité des débats touchant à certaines questions centrales du fonctionnement de l'économie de marché témoigne cependant d'une diversité dans les analyses formulées par les économistes. Ainsi les rapports entre l'économie dite " réelle " et les marchés financiers, les effets de la mondialisation, les conséquences de la croissance globale et de la flexibilité structurelle pour la lutte contre le chômage, la construction de l'Europe autour de la monnaie unique, la redéfinition du rôle de l'Etat : autant de questions sur lesquelles la diversité des opinions appelle un approfondissement théorique, car, comme le disait Keynes, " un peu de théorie nous éloigne de la réalité ; beaucoup de théorie nous en rapproche ".

            Cependant, les progrès de la science économique, les mutations des économies de marché, et les événements marquants du XXe siècle ont progressivement confié de nouveaux rôles à l'État. Le rôle de « gendarme des marchés » de l'État s'est étendu dès la seconde moitié du XIXe siècle.

 

            En quoi peut-on dire que l’économie de marché ne peut se passer de l’Etat?

 

            Dans un premier temps,  nous verrons que l’économie de marché est loin d’être parfaite et qu’elle présente certaines limites. Puis nous verrons dans une deuxième partie que le rôle étatique est essentiel puisqu’il compense les limites de l’économie de marché, même si toutefois, nous le verrons dans une troisième et dernière partie, l’Etat ne saurait revendiquer une place omniprésente et infaillible dans la logique de l’économie de marché.

 

I) L’économie de marché possède des lacunes intrinsèques...

 

 

A) les limites économiques

 

 

1) le cadre conceptuel libéral dans l'analyse du marché

 

La construction théorique du marché ou les postulats de l'analyse néoclassique

 

Comme nous l’avons rappelé dans l'introduction, l'économie de marché est un régime économique dans lequel les individus décident de manière décentralisée de la nature, du volume des prix des biens et services par confrontation des offres et des demandes sur des marchés. Selon la théorie néoclassique, la confrontation de l'offre et de la demande aboutit à un prix d'équilibre assurant l’égalité des quantités offertes et demandées à un moment donné pour un produit donné en un lieu donné.

La demande est une fonction décroissante du prix : en effet, le consommateur cherche à maximiser sa satisfaction (utilité), il va donc acheter des produits mais se trouvera limité par sa contrainte budgétaire. Plus les prix seront bas, plus il achètera et inversement plus les prix seront élevés plus il aura de réticences à acheter. L'offre est donc une fonction croissante de prix : le producteur cherche à maximiser son profit ; plus le prix du produit est élevé, plus l'offre est importante car le producteur dégagera  plus profits et donc il sera incité à produire plus.

 

Pour les néoclassiques, il existe un prix dit prix d'équilibre, pour lequel les quantités offertes sont égales aux quantités demandées. On dit que cet équilibre est stable. Le modèle de l'équilibre général tel qu'il a été modélisé par les économistes Arrow et  Debreu (tout deux s'étant largement inspiré de l'équipe de la théorie de l'équilibre général Walrassien) énonce les hypothèses nécessaires pour que le marché fonctionne parfaitement. Les trois hypothèses majeures sont :

 

-- les prix sont considérés comme des paramètres des fonctions de décision des agents (ce qui implique l'existence d'un tiers extérieur et neutre appelé par Debreu « commissaire-priseur »)

-- les agents pensent que ces prix affichés sont des prix d'équilibre (ces prix sont supposés égaler l'offre et la demande sur chaque marché et ne devrait donc plus varier)

-- les agents ne procèdent entre eux à aucun échangent direct, ils formulent leur offre et leur demande auprès d'un intermédiaire qui les centralise et les confronte de manière globale.

 

À partir de ces hypothèses un peu techniques, un grand nombre d'économistes s'accorde à dire que les conditions de la concurrence pure et parfaite sont la traduction économique de ce modèle de concurrence parfait établie par Arrow et Debreu.

 

Les conditions de la concurrence pure et parfaite sont le cadre de raisonnement principal de la théorie néoclassique. Pour que le marché soit la meilleure organisation économique possible, il faut que :

 

-- l'homogénéité du produit soit réalisée : il ne devrait pas y avoir de différenciation des produits sur un marché, il faut éviter que la concurrence porte sur un autre facteur que sur le prix :il faut donc éviter les positions de type dominante sur les caractéristiques distinctives des produits autres que le prix. Cette homogénéité renvoyant clairement à un critère objectif (tous les producteurs offrant un produit présentant les mêmes caractéristiques) et un critère subjectif, les acheteurs ne font pas de distinction en fonction d'une marque d'une qualité, ils préfèreront théoriquement  systématiquement le moins cher.

 

-- l’atomicité du côté de l'offre de la demande. C'est-à-dire qu'il faut un nombre suffisamment important d’acheteurs et de vendeurs pour éviter un phénomène de domination ou que l'un ou l'autre des acteurs ne puisse faire des pressions dans le but qu'aucun d’eux n’exercent un pouvoir quelconque sur le marché (c'est-à-dire qu’il exerce une influence sur les prix en modifiant les quantités ou la demande).

 

-- la libre entrée sur le marché. Il faut que le marché soit contestable (Baumol). C'est-à-dire qu'il faut qu'il n'y aucune barrière matérielle ou immatérielle qui empêche un nouveau concurrent d'entrer sur ce marché pour concurrencer ceux qui s'y trouvent déjà. En outre, il faut également que la possibilité de sortir de ce même marché soit possible afin d'opérer une régulation par les prix.

 

-- la libre circulation des facteurs de production. Cette condition est largement influencée par la précédente. Il faut que le capital et le travail se déplace librement, à la recherche d'occasions ou d'opportunités plus rémunératrices et plus profitables. La libre circulation du capital implique donc la possibilité de pouvoir investir son argent partout où l'on veut dans le monde. Cette libre circulation du travail implique selon les libéraux l’ouverture totale des frontières aux flux migratoires.

 

-- l'information parfaite. Dans la théorie, il faut que les offreurs et les demandeurs soient parfaitement informés des caractéristiques des produits et des prix auxquels ils sont proposés. En effet dans l'hypothèse d'information parfaite, il est évident que certains agents profitent d'un avantage particulier pour manipuler le marché et donc les autres acteurs (cela correspond à la situation dans laquelle des spéculateurs connaîtraient à l'avance qu'une entreprise s'apprêtait à déclarer des pertes).

 

Lorsque toutes ces hypothèses sont vérifiées, les économistes libéraux considèrent que l'économie de marché connaît un équilibre général, c'est-à-dire comme le disait Léon Walras dans « Éléments d'économie pure » un équilibre simultané sur tous les marchés : l'offre étant égale à la demande. On appelle cet équilibre dans le langage économique l'équilibre Pareto-Walrassien ou l'État n'est pas mentionné, en effet l'équilibre s'obtient uniquement par l'ajustement des prix permettant ainsi d'atteindre cet équilibre.

On se trouve alors dans une situation d’ «optimum», notion popularisée par l'économiste italien Vilfredo Pareto qui considérait que dans le cadre de l'équilibre général, l'optimum été atteint dans une situation dans laquelle la situation d'un agent ne peut être améliorée sans dégradation de celle d'un autre.

Ce fonctionnement du marché parfait permettait selon les libéraux d'allouer de façon efficace les ressources disponibles dans l'économie : c'est le principe de la « main invisible » d'Adam Smith : « l'homme est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société. »

 

 

2) Le marché ne se régule pas automatiquement et ne permet pas une allocation optimale des ressources

 

Du point de vue économique, les défaillances et les limites du marché sont nombreuses et ont été mises en évidence par les économistes. En effet, d'une part les hypothèses de la concurrence pure et parfaite sont très loin d'être vérifiées et d'autre part le fonctionnement du marché néglige complètement l'existence de biens collectifs autres externalités qui ne sont pas pris en compte par le marché.

 

L'incomplète vérification des hypothèses de la concurrence pure et parfaite

 

En effet les conditions de la concurrence pure et parfaite sont avant tout théorique, dans la pratique c'est tout autre chose. Certains économistes affirment même qu'il existe une concurrence imparfaite qui correspond à une structure de marché dans laquelle les hypothèses de la concurrence pure et parfaite ne sont pas réalisées. La remise en cause de l'hypothèse d'atomicité et de l'hypothèse d'homogénéité  constitue les deux principales applications de cette théorie de la concurrence imparfaite.

En outre, comme nous l'avons vu dans l'optique libérale, l'ajustement par les prix permettait à un marché de concurrence imparfaite d'atteindre son équilibre. Or dans la réalité il en est tout autrement : les marchés sont en effet caractérisés par une  flexibilité des prix trop importantes et trop variables.

Du point de vue des structures des marchés, celles-ci dans la réalité sont caractérisées par trois structures différentes :

 

  -le monopole, structure de marché caractérisée par la présence d'un seul vendeur : le monopole peut donc définir un prix unique

  -l’oligopole et le duopole : correspondent tout deux à une structure de marché caractérisée par un petit nombre de vendeurs (automobile, haute technologie) : ils peuvent se reposer soit sur la compétition soit sur une entente aboutissant à un cartel ou en monopole.

 -la concurrence monopolistique correspondant une structure de marché caractérisée par la différenciation des produits. Dans ce cas, chaque producteur dispose de marges de manoeuvre et peut donc influer sur le prix, la concurrence monopolistique rassemble donc des éléments contradictoires du monopole de la concurrence (théorie de Chamberlin).

 

L’existence même de ces trois structures va à l'encontre du modèle d'équilibre général  établi par Arrow et Debreu.

Cette théorie de la concurrence imparfaite a vu le jour en grande partie à cause des lacunes et des défaillances des conditions de la concurrence pure et parfaite rentrant en contradiction avec le fonctionnement des marchés réels :

 

 

 -- en ce qui concerne l'hypothèse d'homogénéité des produits, on peut affirmer en premier lieu que dans un marché, les produits sont différenciés. Les concurrents cherchent avant tout à nous convaincre que leurs produits sont les meilleurs. D'où l'importance de la marque (les entreprises l’ont bien compris en développant leur compétitivité structurelle) qui joue un rôle majeur dans l'achat du produit en question. En effet, l'hypothèse d'homogénéité des produits est remise en cause par le comportement «irrationnel» des clients prêt à acheter un produit plus cher comparativement à un autre car il est de marque différente.

 

-- l'existence de monopole (une seule entreprise sur le marché, par exemple EDF en France ou d'oligopole (quelques entreprises en concurrence seulement) ou même l'existence des cartels contrarie le postulat d'atomicité de l'offre de la demande. Ces différents acteurs pouvant largement influencer le prix des produits sur un marché donné.

 

-- en outre, dans beaucoup de cas le marché n'est pas contestable en effet il existe de nombreuses barrières matérielles ou immatérielles à l'entrée. Ainsi en France de nombreuses professions sont protégées. Elles sont donc dans la plupart des cas relativement fermés. Les professions en France comme chauffeur de taxi, pharmaciens, notaire en sont le parfait exemple ; dans ces métiers-là la « sortie » est aussi difficile que l'entrée pour des raisons notamment de rentabilité et d'amortissement. Dans beaucoup de cas, les marchés ne sont donc pas contestables. En outre, il existe des barrières très importantes en matière technologique : la technologie est donc une arme dans la concurrence (Microsoft, IBM et HP). En effet, les coûts fixes, de la recherche en RD sont très important : ce qui freine considérablement la mobilité du capital et du travail.

 

-- Enfin  pour terminer, l'information est loin d'être parfaite. Qu'il s'agisse de la qualité des produits, des comportements des salariés, ou des comportements des dirigeants. Les nombreux intérêts en jeu impliquent dans la plupart des cas une dissimulation des données objectives qui permettraient dans l'optique classique à un client de faire son choix en toute objectivité.

 

Comme nous l'avons vu, loin de respecter les conditions de la concurrence pure et parfaite, le marché succombe à ses propres contradictions car, « la concurrence tue la concurrence ». En effet les sociétés établies depuis longtemps sur un marché sont les sociétés les plus expérimentées, celles qui sont le plus à même d'innover et de faire de grands investissements de capital, étape obligée pour se battre et être plus compétitif. Or ce faisant, elles creusent l'écart avec d'autres entreprises s'étant établies plus tard qu'elle sur le marché : de ce fait en creusant l'écart elles réduisent le nombre de concurrents qui ont de plus en plus de mal à survivre sur ce marché, car ils n’arrivent plus à rester dans le jeu et à demeurer compétitif.

 

Une des autres limites majeures du marché s'inscrit dans le fait que de lui-même le marché ne prend pas en compte voire néglige certains aspects économiques et sociaux des relations économiques. L'existence de biens collectifs, d'externalité, la pérennité de monopoles naturels, de biens tutélaires peut s'identifier à un grave dysfonctionnement du marché. En effet la non-prise en compte de ces externalités et autres biens publics empêche la réalisation d'une allocation optimale des ressources, allant ainsi contre la théorie de l'optimum Parétien.

Développons tout de suite ces notions primordiales :

Un agent économique crée un effet externe lorsqu'il procure à autrui par son activité une utilité ou une désutilité, un dommage sans compensation monétaire. En tout cas cet effet crée est totalement étranger au marché et à son système de prix. L'externalité survient donc quand un agent économique ne paye pas en totalité les facteurs qu’ils utilisent. On a surtout en tête des exemples d'externalité négative que ce soient des coûts sociaux (précarité, travail dangereux sans compensation) ou des coûts de la nature (pollution, nuage toxique, épuisement du sous-sol voir même bruit).

 

L'existence de biens collectifs est une notion très importante car si l'État n'était pas là pour s’en charger, personne ne s'en chargerait. Rappelons brièvement qu'un bien collectif est un bien ou un service qui peut être consommé par plusieurs personnes à la fois. Le bien (ou le service) collectif se caractérisent par deux principes : le principe de non-rivalité des consommateurs et le principe de non-exclusion. Prenons quelques exemples : la non rivalité s'explique par l'indivisibilité du bien ou du service par exemple le service de la défense nationale ou de la police : on ne paye pas sa protection à la carte. Pareil pour l'éclairage public, Il est impossible d'en exclure quelqu'un parce qu'il n'y a pas contribué financièrement. Ces biens collectifs peuvent être impur ou mixte selon leur degré d'exclusion ou de rivalité.

 

Les biens tutélaires (appelés encore biens méritoires) sont des biens considérés comme cruciaux par l'État et celui-ci peut décider de réglementer parce qu'il s'estime mieux informer que le les consommateurs. L'État en contrôle l'offre et l'utilisation parce que ces biens représentent pour la collectivité des mérites (vaccins) ou des démérites (alcool, tabac). L'État considère qu'il ne faut absolument pas s'en remettre aux marchés à fin d'assurer leur production au marché. Ces biens tutélaires recouvrent des champs très divers : le champ de la santé publique, le champ de l'éducation, ou bien le champ économique avec les nationalisations.

 

La SNCF en France représente un monopole naturel, en effet sur le marché du transport ferroviaire en France, une seule entreprise peut répondre à la demande. Toute irruption d'une autre entreprise sur le marché est inconcevable car vouée la l'échec, les coûts fixes étant incommensurables.

 

Enfin pour terminer, les coûts de transaction mis en évidence par Ronald Coase renvoient aussi à une limite du marché car celui-ci ne l’avait pas pris en compte. Il peut s’avérer que la coordination d’activités séparées, par l’intermédiaire du marché soit plus chère qu’une coordination en interne. Il en résulte que l’activité sera internalisé à chaque fois que les coûts d’organisation seront inférieurs aux coûts de transaction.

 

Parmi les limites du marché, l'une renvoie son incapacité d'assurer automatiquement son autorégulation. Des déséquilibres durables, ont progressivement justifié l'intervention régulatrice de l'État. L'économie de marché a été touchée à travers les siècles par de nombreuses crises.

La première crise a été celle de 1929 secouant durablement toute l'économie mondiale. Aujourd'hui encore l'on assiste régulièrement à des crises. Les scandales financiers outre-Atlantique et même la débâcle des grands patrons français montrent bien l'incapacité pour l'économie de marché de s'autoréguler. La série noire débute aux États-Unis avec la faillite du géant de l'énergie Enron dont les actions avaient triplé entre 1998 et 2001. Quand cette tricherie fut découverte (chiffres d’affaires annoncés officiellement : 100 milliards de dollars alors que le chiffre d’affaire réel était de 6 milliards de dollars) et qu’Enron annonça pour la première fois des pertes : l’on s'aperçut de l'ampleur du scandale : la valeur du titre s'effondra donc de 98 %.  Plus tard s'ensuivirent les affaires d’Halliburton, Worldcom ou de Xerox. Chaque fois les dirigeants d'entreprises avaient falsifié leurs comptes.

La même chose se passa en France avec les entreprises de France Telecom et de Vivendi Universal ou leurs actions chutèrent de près de 80 %.

 

 

 

 

 

B) les limites sociales

 

 

1) Le libre fonctionnement du marché ne garantit pas la cohésion sociale

 

Dans son oeuvre principale, intitulé « la Grande Transformation »  Karl Polanyi affirmait que :

 

 «Notre thèse est que l'idée d'un marché s'ajustant lui-même était purement utopique. Une telle institution ne pouvait exister de façon suivie sans anéantir la substance humaine et naturelle de la société ».

 

En effet le marché ne parvient pas à assurer la pérennité du lien social et de la cohésion sociale qui est pourtant absolument indispensable à son bon fonctionnement. Le marché à lui tout seul peut être un générateur d'inégalité injustes et inefficaces, risquant de s'accroître dans des proportions importantes et ainsi remettre en cause la cohésion sociale. La cohésion sociale étant indispensable à l'économie. En effet la cohésion sociale est ce qui cimente et assure l'unité ou minimale d'un ensemble social. Elle est ce qui permet aux membres d'une société de coexister et de vivre ensemble. Elle est en certaine manière propice la compétitivité. De plus, le marché ne prend en compte les risques sociaux tels que la maladie, vieillesse et le chômage. Cela a été justifié par le philosophe américain Robert Nozick qui affirmait que :

 

« Contrairement aux libertés formelles, les droits sociaux ne sont pas de vrais droits, ils en sont même l'antithèse puisqu'ils exigent l'imposition d'obligations positives qui constituent un viol des droits individuels. »

 

Thèse tout de même très excessive et très extrémiste, surtout quand il prône un retour à un état de type Lockéen car selon lui :

 

 « L'État démocratique viole les droits individuels parce qu'il impose aux citoyens un statut d'esclaves de la collectivité c'est-à-dire de l'État. »

 

De plus, le libre fonctionnement du marché excluait un nombre important d'individus faute d’une demande solvable. C'était surtout le cas avant la création du RMI et de la PPE.

L'État est un garant indispensable du lien social, pour faire « société », le marché à lui seul ne peut pas suffire. La fonction intégratrice de l'État ne se cantonne pas sa fonction redistributive. Il serait très réducteur de considérer l'État dans sa seule fonction économique. L'État est le gardien indispensable de cohésion sociale car en plus d'unifier la nation, il est l'un des animateurs clefs du lien social. En effet, l'État à travers des institutions comme l'école institue véritablement lien civique et le lien social.

L'État, par sa politique sociale s'efforce de lutter contre la pauvreté, de réduire les inégalités, de promouvoir l'égalité des chances. (Discrimination positive), aides aux familles (versement d'allocations familiales) etc.

On est donc loin de l’État minimal de Robert Nozick préconisait en affirmant que

« La solution idéale semble être celle de l’Etat minimal. Intermédiaire entre l’Etat de nature et l’Etat démocratique redistributeur, sa fonction sera celle de réguler la force et l’autorité à l’intérieur de la société, et d’intervenir lorsqu’un membre de la communauté, ou une association, profitera illégitimement d’une situation de nature. »

Nous avons donc vu que de lui-même, le libre fonctionnement du marché ne garantit pas la cohésion sociale. En effet le marché peut même nuire au lien social car celui-ci ne met pas en place des politiques sociales adaptées à la pérennisation et à la stabilisation de la sphère sociale.

2) Le marché peut nuire au lien social

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le marché laissé en tant que tel sans régulation étatique peut même à long terme déstructurer une collectivité humaine dans la mesure où celui-ci va jusqu’à prôner l’inégalité comme valeur. En effet, les économistes libéraux mettent l'accent sur les effets positifs des inégalités et sur les effets pervers de l'égalitarisme. Si nous reprenons les thèses de Pareto, on constate que selon lui le libre fonctionnement du marché doit mener à un optimum économique et donc à un optimum social. Les libéraux affirment que les inégalités ont des effets positifs sur la sphère économique. Selon eux, les inégalités sont avant tout incitatives, car en favorisant la rémunération des plus qualifiés, elles encouragent la qualification, elles permettent ainsi d’augmenter la productivité : la collectivité en tire donc de nombreux profits. De plus, les inégalités stimulent la concurrence : elle fait naître pour les libéraux une société « juste et performante », elle stimule l’innovateur, le chercheur en attisant en lui la recherche de profits et le rêve de rente (brevet). Selon les libéraux, vouloir réduire les inégalités serait source d’inefficacité car depuis son développement, l’Etat-providence s’est traduit par une hausse continuelle des prélèvements obligatoires (RMI, retraites, allocations familiales, etc…) : en effet, ces prélèvements obligatoires représentent près de 45 % du PIB en 1996 en France. Selon le théoricien de l’offre Laffer trop d’impôts tue l’impôts ce qui signifie que ces taux de prélèvements obligatoires découragent le travail, l’épargne et l’investissement et encouragent le travail au noir et la fuite des capitaux. Tout cela nuit donc à l’activité économique, d’autant plus que dans la plupart des cas ces politiques de redistribution finissent par créer des « Trappes à pauvreté », les gens ne se déplaçant plus pour venir travailler. Selon beaucoup d’économistes libéraux, ces minima sociaux sont réellement désincitatifs et encouragent les comportements de « passager clandestin » c'est-à-dire de ceux qui profitent et abusent du système.

Toutefois, il est clair que ces inégalités prônées par Laffer et Hayek  ne sont pas justifiables sur le plan théorique dans une démocratie. Ces inégalités en premier lieu remettent en cause l’égalité des conditions, caractéristiques des sociétés démocratiques selon Tocqueville. Sur le plan économique, ces inégalités sont injustifiables car elles ont un coût humain et financier trop élevé alors  que la cohésion sociale dans une société démocratique et égalitaire est source de compétitivité. Ces inégalités sont injustifiables sur le plan social car des écarts de revenus trop importants impliquant l’exclusion et donc un véritable gâchis social et humain entraînant la violence, les conflits et l’anomie : ce qui représente une fragilité sociale et donc une fragilité de la sphère économique. L’État apparaît donc indiscutablement comme l’un des seuls acteurs sur le plan macroéconomique capable de réguler et de pallier aux défaillances de l’économie de marché.

 

 

                                                                                          

 

II)…que seul l’Etat semble être en mesure de régler…

 

            Il faut resituer le rôle accru de l’Etat en économie d’après les décennies d’après-guerre, où un nouvel ordre économique s’est imposé entre les marchés et l’Etat. De plus, les théories et les fait appuyent deux arguments en faveur de l’Etat interventionniste : il est le vecteur de cohésion sociale dont ont besoin les marchés, et il agit pour une meilleure régulation des marchés.

 

 

A) L’Etat est le garant de la cohésion sociale, indispensable à l’économie de marché

 

 

            1) L’apogée de l’Etat-providence

 

            Du milieu des années cinquante au milieu des années quatre-vingt, la part des dépenses publiques (Etat, collectivités locales et Sécurité sociale) prend une importance croissante dans le PIB, passant de 30% environ à près de 45%. Ces données ne reflètent pas entièrement l’intervention de l’Etat, il faut ajouter l’impact des non-recettes (les allégements fiscaux, par exemple) et toute la dimension qualitative, à savoir le Plan et le dialogue social. 9% de la population active travaillait dans les administrations publiques vers 1956, 14% en 1976. On peut apprécier leur impact dans le circuit économique par la part des prélèvements obligatoires. La France est l’un des pays du monde où les prélèvements sont les plus forts. R. Kuisel remarque l’avènement d’un “capitalisme dirigé” fondé sur la nécessité de satisfaire les besoins vitaux, d’assurer le plein emploi et de modérer les cycles économiques. La fonction la plus importante de l’Etat est celle de la protection sociale car il est le seul à en avoir le pouvoir. La protection sociale s’est développée depuis le XIXe siècle, elle a été accélérée après la première Guerre Mondiale et la crise économique de 1929.

            Dès la fin du XIXè siècle, la théorie économique a souligné le besoin d’accompagner le développement industriel par une amélioration de la protection sociale. Pour Wagner (1883) les sociétés développées se caractérisent par des relations économiques plus complexes entre les agents, où les interdépendances se multiplient. L’accroissement du niveau de vie entraîne une plus forte aversion au risque et donc le souhait d’une solidarité renforcée. Cette conception a été reprise dans les années 80 par les théoriciens de la « croissance endogène », Barro et Lucas : les dépenses collectives peuvent favoriser la croissance à long terme car elles améliorent globalement des conditions d’existence, l’éducation, les connaissances ou le bien-être des agents, et contribuent ainsi à rendre le facteur « travailleur » plus efficace et la demande de la consommation plus qualitative.

 

 

            2) La fonction redistributive de l’Etat

 

            Avec la mise en oeuvre du “welfare state”, l’économie repose depuis 1950 sur un socle social garant de la paix sociale. On comprend que l’économique ne puisse pas faire abstraction du social. La période d’après-guerre est marquée par la naissance de la Sécurité sociale et, avec elle, de toute une politique de transferts. Certes, le financement des prestations à partir du budget est limité (19% en 1975 contre 28% pour la CEE). Et la question de la contribution de l’Etat à l’équilibre des budgets sociaux, après s’être posée en 1967, n’est pas d’actualité avant 1980. Mais l’importance des prestations dans le revenu disponible (16,6% en 1950, 32,4% en 1980) explique, en partie, l’inertie à la baisse de la consommation des ménages. De même, l’invention du SMIG et de l’échelle mobile, la mise en place du SMIC en 1970 assurent un maintien, puis une progression du pouvoir d’achat par répercussion sur l’ensemble des salaires. C’est une charge pour les entreprises les plus faibles, mais c’est un moyen de garantir la demande. Enfin, la progressivité de l’impôt sur le revenu permet la redistribution. Dans cette mise en place de “l’Etat bien-être”, il y a aussi le vaste et ambitieux programme d’équipements collectifs. Enfin, l’Etat intervient lors des grandes crises sociales en 1968 notamment et nomme des médiateurs dans les conflits plus localisés. Les partenaires sociaux ont pris l’habitude de rencontrer les pouvoirs publics avant l’adoption de textes législatifs ou règlementaires. Et là encore, l’Etat est devenu le modérateur, le régulateur du dialogue social et donc le garant de la paix sociale.

 

 

            3) Le rôle primordial des services publics

 

            Pour Barro, les infrastructrures publiques constituent un moyen d’entretenir la croissance économique, à cause des effets positifs de ces infrastructures sur le rendement du capital privé. Ainsi, Aschauer a montré que l’accumulation du capital public avait exercé aux Etats-Unis de 1950 à 1985 un impact significatif sur la hausse de la productivité privée : une hausse de 1% du capital public induirait une hausse supplémentaire de 0,4% de la productivité privée. Cette efficacité de l’investissement public est toutefois conditionnée à l’existence d’un rendement social important. Dans le cas contraire, les investissements publics concurrencent et évincent l’investissement privé (investissements dans le secteur public industriel et commercial par exemple) ou ont des conséquences négatives sur la croissance : ce risque est particulièrement important quand un haut degré d’infrastructures a été atteint.

 

 

B) L’Etat, acteur clé dans l’économie de marché

 

 

            1) L’activité régulatrice étatique pendant les Trente Glorieuses

 

            Les cinq premiers plans de planifications (1946-1970) reflètent les espoirs productivistes : “la modernisation n’a d’autre alternative que la décadence” dixit Jean Monnet. La plannification procède d’un idéal d’économie concertée. Mais le ministère des Finances est resté maître du financement. De plus, dès le deuxième Plan, la CGT fut exclue pour ne revenir qu’en 1961. A partir du milieu des années soixante, le syndicalisme ouvrier y est ouvertement hostile. Quant au patronat, sa méfiance est grande. Le Plan apparaît surtout comme le projet des modernisateurs. Deux moments ont accrédité la thèse d’un “âge d’or”. C’est la mise en route du plan avec le charisme de Jean Monnet, et c’est le début des années soixante quand le général De Gaulle fait du Plan “une ardente obligation”, quand P. Massé tente de lui donner une dimension de “développement économique social”. Quel est le rôle des plans? Les deux premiers contribuent au redémarrage économique. Ensuite, on serait tenté de souligner le rôle de l’accompagnement et de régulation. Mais les plans ont eu les plus grandes difficultés à assurer les grands équilibres (contraintes externes, pesanteurs sociales...). En réalité, sa réussite se trouve là où on l’attend le moins : “instrument pédagogique”, il a favorisé une révolution des mentalités plus que déterminé des stratégies entrepreneuriales.

 

            De 1948 à 1949, le plan Mayer traduit une recherche de l’équilibre. Mayer lance une politique de déflation budgétaire pour diminuer les avances de la Banque de France au Trésor. Il lance également une politique de déflation monétaire, le franc étant surévalué. Ce plan permit de réconcilier les épargnants avec l’Etat, d’assainir les finances publiques en douceur et de rééquilibrer les paiements extérieurs. En 1950, Antoine Pinay entend résorber le déséquilibre mettant en cause la monnaie. Il lance un programme d’économies budgétaires ; refusant la dévaluation du franc, Pinay s’en tient à un protectionnisme strict. L’expérience se solde par un recul de l’inflation et une reconstitution des recettes, ainsi qu’un retour à l’équilibre commercial, même la croissance de la production industrielle a diminué. De 1953 à 1957, l’équipe Mendès France-Faure s’attache à relancer l’investissement : assouplissement du crédit, intervention du FDES (Fonds de Développement Economique et Social), exonérations fiscales. La TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée) est établie en 1954. L’Etat cherche à assainir les marchés. Bien que la croissance et l’investissement reprennent, l’inflations et les dépenses de l’Etat augmentent. Le recours à l’emprunt (Ramadier en 1956) ne suffit pas. Entre 1957 et 1959, le redressement financier s’effectue en deux temps. Le radical Félix Gaillard engage une politique de stabilisation faite d’un renforcement du protectionnisme et d’une opération monétaire. Puis, entre le 13 mai 1958 et le 1er juin 1958, De Gaulle appelle Pinay au pouvoir. Après avoir adopté des mesures d’urgence, deux axes sont privilégiés : expansion dans la stabilité et économie de liberté. La situation se détériore en 1962, et en 1963 Valéry Giscard d’Estaing, ministre des Finances de De Gaulle, lance un plan de ponction directe sur la masse budgétaire.  Enfin, avec les évènements de mai 1968, l’Etat fait un geste, il en résulte les accords de Grenelle. Il en résulte un bond de la consommation qui entraîne l’investissement. Cependant le chômage et les paiements extérieurs deviennent préoccupants.

 

            L’école française de la régulation a insisté sur des facteurs peu pris en compte. A l’origine, tentative d’adapter le marxisme, elle part de la notion de régime d’accumulation : “ensemble des régularités assurant une progression générale et relativement cohérente de l’accumulation du capital, c’est à dire permettant de résorber ou d’étaler dans le temps les distorsions et déséquilibres qui naissent en permanence du processus lui-même” (R. Boyer). Le mode de régulation a pour but de reproduire les rapports sociaux, de “piloter” le régime en vigueur. Serait né en France, après 1950, un régime d’accumulation intensive avec consommation de masse et un modèle de régulation “monopoliste”, générateur d’un “cercle vertueux” : productivité, croissance, consommation, investissement. Les régulationnistes insistent beaucoup sur le rôle du “modèle fordiste”, défini non seulement par référence à la politique de salaires relativement hauts de ce patron américain à la veille de la guerre de 1914, mais aussi par la diffusion du travail à la chaîne. On évoque une volonté de rattrapage du niveau de productivité américain par transferts de technologie, de modes d’organisation). Si ce travail à la chaîne s’est peu développé (6% des ouvriers de l’industrie en 1975), la part des travailleurs en équipe est passée de 15% en 1957 à 31% en 1970-1974 dans l’industrie manufacturière. C’est l’interaction de ces multiples facteurs qui explique la croissance des “trente glorieuses”.

 

         2) La nécessité d’une intervention de l’Etat pour parvenir à une croissance optimale

 

            Sans intervention de l’Etat, l’économie connaît des périodes prolongées de sous-emploi. Quand le taux de croissance garanti est inférieur au taux naturel, il faut un effort supplémentaire d’épargne pour augmenter l’investissement et pour rattraper le taux de croissance naturel qui assure le plein emploi. Quand le taux de croissance garanti est supérieur au taux naturel, il faut à l’inverse diminuer le volume d’épargne pour ajuster l’investissement à l’augmentation, moins rapide, de la population et du progrès technique et maintenir une consommation suffisante.

 

            Mais cet ajustement de l’épargne aux besoins d’investissement n’est pas spontané et, comme Keynes, Harrod conteste que le taux d’intérêt puisse assurer un tel rôle régulateur. Il revient donc à l’Etat d’assurer par la dépense publique les conditions d’une croissance optimale.

De plus, les capitaux technologiques et humains contribuent au caractère endogène de la croissance, mais le développement de ces capitaux se fait surtout par l’action étatique. L’accumulation du capital technologique résulte en grande partie d’une politique de recherche-développement active de l’Etat. Concernant le capital humain, il contribue à la croissance endogène dans la mesure où l’état de santé de la population et son niveau d’éducation favorisent la productivité globale des facteurs et donc la trajectoire de croissance à long terme.  Dès les années 60, Schultz et Denison avaient ainsi montré que l’accroissement de l’éducation contribuait à la croissance économique américaine de 15 à 20% environ. Les études statistiques telles que celle de Logossah confirment cette liaison entre éducation, productivité du travail et croissance, même si son ampleur dépend du degré de développement de l’économie. L’élévation du niveau de qualification a en effet un impact plus immédiat dans les pays sous-développés que dans les pays développés.

Le lien entre capital technologique, progrès technologique et croissance a été démontré par plusieurs études empiriques : De Long et Summers en 1993, Guellec et Ralle en 1995, et enfin l’OCDE en 1996.

 

            Il faut aussi considérer la notion d’indivisibilité : certains biens et services, notamment collectifs, doivent être fourni par l’Etat. C’était déja le sens de la pensée de Adam Smith. Paul Samuelson les définit comme des biens indivisibles. Les services dont la rentabilité est réduite, voire nulle, doivent être pris en charge par l’Etat.

Plus que tout dans une économie de marché, l’Etat doit faire respecter la libre concurrence. En effet, dans une économie de marché, la tendance est à une concentration effrénée, conduisant à des situations de monopoles ou d’oligopoles. Lorsqu'une entreprise est en situation de monopole, il convient soit de la nationaliser, soit de contrôler les prix ,soit, en dernier recours, lorsqu'il y a abus de position dominante, de la morceler ( exemples :ATT, Microsoft...). Entre un État « Léviathan » (Hobbes) et un État inexistant, une troisième voie se démarque. Le marché actuel ne semble pas pouvoir s'autoréguler totalement. De plus, l'Etat est aussi et peut-être même surtout le garant de valeurs morales et sociales que le marché ne prend peut-être pas assez en compte. Il en est ainsi de questions environnementales et éthiques actuelles, comme la pollution.

 

 

3) Vers une rerégulation économique en faveur de l’Etat

 

            Les abus de la dérèglementation libérale de ces vingt dernières années ont entraîné un certain discrédit de la régulation excessive par le marché. De plus en plus, de nombreux économistes remettent à l’ordre du jour la notion de « rerèglementation » ou rerégulation. En effet, ils insistent sur le fait que depuis ces vingts dernières années l’on assiste à une prise en compte moins importante des questions humaines par le marché. En s’appuyant sur la thèse de Karl Polanyi, économiste hongrois, de nombreux spécialistes s’accordent à dire qu’aujourd’hui on observe un « réencastrement » (selon les termes de Polanyi) de la sphère sociale dans le champ économique, une volonté de concilier les objectifs économique, social, et politique et d’affirmer enfin que l’économie est faite pour l’homme et non l’inverse. De nombreux exemples pris à l’actualité confirment la thèse de Polanyi : la création de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) inspirée par le rapport Bouton et qui place en partie sous le contrôle de l’Etat les marchés financiers et aux Etats-Unis la loi Sarbanes-Oxley, de juillet 2002, qui oblige les dirigeants d’entreprises à certifier leurs comptes, sont le parfait témoignage de cette « Nouvelle Grande Transformation » qui tarde toutefois à s’imposer. 

 

 

 

 

III) … Non sans toutefois certaines limites

 

 

Nous avons vu précédemment que les défaillances du marché ne pouvaient dans la plupart des cas être résolues que par l'État. L'État par son rôle à la fois économique et social contribuant au bien-être de la société. Cette conception de l'intervention de l'État a vu le jour juste après la seconde guerre mondiale, on a alors qualifié cet état d'Etat-Providence. L'État-providence doit alors jouer un rôle actif en combinant dynamisme économique et progrès social pour contribuer au bon fonctionnement de toute la société. Cette vision de l'État est clairement inspirée d'une optique keynésienne. Seulement la crise qui commence à apparaître au début des années 70 remet largement cause cette conception de l'État.

 

 

A) La remise en cause du rôle de l'État dans le marché dans la sphère sociale

 

 

1) la vision libérale

 

Étudions maintenant l'apport théorique des classiques : bon nombre d'économistes d'obédience classique et libérale considère que l'État n'a pas intervenir dans le marché car celui-ci se régule naturellement. Le premier, Adam Smith écrivait dans le livre IV de « Recherche sur les natures et les causes de la Richesse des nations » que : « l'homme est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d'une manière bien plus efficace pour l'intérêt de la société ». Ce fameux mécanisme de la « main invisible » montre ainsi le processus de régulation automatique de l'économie dans l'hypothèse d'un marché concurrentiel.

Beaucoup de libéraux accusent l'État de mener des politiques économiques et sociales hypocrites à court terme suivant les cycles électoraux qui se profilent. Plus l'échéance d'une élection approche, plus les politiques voudront se faire bien voir une grande partie de la population : ils augmentent donc les dépenses publiques afin de les satisfaire. Ce cycle des dépenses publiques leurre les citoyens en les attirant et en les fidélisant selon les libéraux. L’école des « choix publics »

De plus, de nos jours de plus en plus de libéraux s'inspirent de la « théorie de l'impossibilité » d’Arrow et du paradoxe de Condorcet pour fustiger la légitimité de l'État, ces théories affirmant que l’on ne peut déduire une relation de préférence collective cohérente des relations de préférences de chacun des agents c'est-à-dire qu'une décision collective prise à la majorité par addition de vote des électeurs peut s’avérer ne pas être cohérente mais au contraire contradictoire. D’autres philosophes libertariens et ultralibéraux considèrent même que l'État et liberticide et qu'il faudrait uniquement le contenir dans ses fonctions régaliennes et dans une fonction de gardien de cadre institutionnel comme nous l’avons vu dans la première partie avec les analyses de Nozick de Rothbard.

Beaucoup de libéraux insistent sur le fait que l'intervention de l'État dans la sphère économique entraîne de nombreux effets pervers. Celui-ci est en effet comprime les initiatives individuelles et restreint la microéconomie pourtant déterminante dans le marché. Les dépenses de l'État seraient selon eux démagogiques et désincitatrices poussant les gens à ne pas travailler, et à s'habituer au statut d'assisté. De plus, l’intervention de l’Etat entraîne selon les libéraux de nombreux effets d’éviction : en particulier les évictions fiscales : _iuèface à l’augmentation de l’impôt, les ménages diminuent leurs dépenses et les effets d’éviction financière, l’Etat empruntant pour se financer sur les marchés financiers : il ponctionne ainsi une partie de l’épargne, la raréfiant et faisant ainsi augmenter les taux d’intérêt (s’appliquant à la nation toute entière) et dissuadant ainsi les investissements de toute la population, des ménages aux entreprises. De plus, les politiques à moyen terme ou à long terme de l'État sont selon eux, toujours déjoués par les anticipations rationnelles des agents : les anticipations rationnelles théorisées par Muth sont des prévisions formées par des agents rationnels qui connaissent le modèle de fonctionnement de l'économie parfois presque aussi bien que les économistes. Prenons un exemple quand l'État prévoit une diminution des impôts, les agents rationnels prévoient qu'à long terme l'État va devoir rembourser ses dettes et ses intérêts afin de compenser les pertes que représente pour lui ce manque de recettes. En réaction, les ménages vont épargner pour faire face à une prochaine augmentation des impôts : C'est le théorème de Ricardo-Barro (appelé aussi théorème de l'équivalence ricardienne).

En outre, selon les néoclassiques, la gestion de la sphère économique par l'État n'alloue pas optimalement les ressources car celui-ci défend en priorité les privilèges de la  bureaucratie : cela a était démontré par la théorie du gaspillage bureaucratique de l'économiste américain Niskanen et par l’école des « choix publics ». Ces deux théories affirmant que l’Etat n’est pas neutre mais qu’il est au contraire le lieu d’expressions des intérêts particuliers (lobby) comme nous l’avons observé en France avec le lobby des vins qui a insisté auprès de l’Assemblée Nationale afin d’autoriser exceptionnellement les publicités publiques pour le vin.

Les critiques libérales envers l'État sont donc nombreuses et variées et se trouvent en partie confirmée à cause de la crise de l'État-providence et des déficits abyssaux  auquel sont obligés de faire face les États-nations modernes.

 

 

2) la crise de  l'État-providence remet en cause la légitimité de l'intervention étatique

 

La crise du début des années 70 va véritablement mettre à mal le concept d'État-providence. En France Pierre Rosanvallon constate que cette crise de l'État-providence se caractérise par trois crises :

 

-- La première crise est bien sûre la crise financière, elle renvoie au déficit chronique des finances publiques. Ces déficits sont bien sûrs fortement liés à la fluctuation de la conjoncture. En effet à la fin des années 80 pendant les « trois glorieuses », on a assisté du point de vue budgétaire à un rééquilibrage et à l'apparition d'un excédent public. En 1993 le taux de croissance du PIB était négatif, il s'en est suivi un creusement des déficits. Même si à la fin des années 90 avec la reprise de la croissance, les finances se sont assainies en dégageant même un excédent. Mais par contre en 2000 et ans 2001 le déficit de la sécurité sociale et donc le déficit budgétaire de l'État replonge puisque l'on a même violé le pacte de stabilité (supérieur à 3 % du PIB). Les finances publiques ont donc connu une véritable crise financière caractérisée par un phénomène que les économistes ont appelé « effets de ciseaux » c'est à dire que les dépenses n'ont cessé d'augmenter (avec en particulier l'augmentation du nombre de personnes âgées et la population des baby-boomers arrivant à l’âge de la retraite étant de plus en plus important) tandis que les recettes, elles ont plutôt eu tendance à stagner voire à régresser. Ces dépenses sont également liées à la précarité, à de l'augmentation du chômage (RMI, RMA), à l'augmentation de la pauvreté, les gens étant de plus en plus « hypocondriaques » c'est-à-dire de plus en plus préoccupés par leur santé (loi d'Engel). Il est clair que par certains côtés, ce système favorise les excès et les abus de tous genre et accentue les comportements de « passager clandestin ». Ce système fait confiance avant tout à l'aléa moral de chaque personne mais cela a montré ses limites. En outre cette crise financière de l'État-providence se traduit également par la hausse du taux d'imposition afin de réduire les déficits ; hausse du taux de prélèvements obligatoires qui pour beaucoup est contre-productive comme l'avait démontré Laffer.

 

 --  Cette crise financière se double également d'une crise d'efficacité. En effet depuis les années 70, on assiste à une remise en cause systématique de l'intervention étatique quand l'économie et dans la sphère sociale. Se substitue à sa place une régulation par le marché né aux États-Unis et  prôné par les néoclassiques et néolibéraux comme Milton Friedman. Le marché a été paré de biens et de vertu et de nombreux chefs d'État en chef d'organisation économique se sont laissés tenter par ce libéralisme comme Margaret Thatcher ou Paul Volker, le prédécesseur d’Alan Greenspan à la FED. De plus la protection sociale pendant les « 30 glorieuses » n'est pas parvenue à éradiquer la pauvreté et les mécanismes d'exclusion sociale ou de désaffiliations sociales (Robert Castel). Or ces manifestations là n'étaient pas perçues lors «30 glorieuses», on n'en impute donc la responsabilité à l'État-providence.

 

-- Pour corroborer cette crise, on peut noter l'existence d'une crise de légitimité de l'État-providence. En effet, lorsque l'État-providence s'est développé pendant les « trente glorieuses », il s'est appuyé sur les valeurs de la République et de la Résistance, sur les valeurs de la solidarité, de l'égalité et de la fraternité. Aujourd'hui ces valeurs paraissent moins légitimes, elles sont même parfois remises en cause. Depuis 1945, et l'établissement de l'État-providence la société et les individus se sont transformés. On assiste à l'émergence d'un individualisme croissant, les gens aspirant plus à la liberté qu’à la solidarité. Les citoyens sont de plus en plus réticents à payer le prix de cette solidarité. John Rawls dans son oeuvre principale « théorie de la justice » part d'un présupposé, il pense que la justice et la solidarité trouvent leurs sources dans le postulat du « voile d'ignorance », c'est-à-dire que si les gens adhéraient à un système de protection sociale :c'est qu'il y avait une sorte de voile entre le présent et l'avenir, et qu'il ne pouvait savoir ce qui leur adviendrait : c'est pour cela qu'ils adhéraient à ce système de protection sociale, pour pouvoir contrer et se protéger d’un éventuel risque social imprévu. Or, Pierre Rosanvallon développe la thèse du « déchirement du voile d’ignorance ». C'est-à-dire que les individus savent à peu près quel est leur devenir social, ils arrivent à entrevoir leurs avenirs et distinguent les catégories sociales à risque, celles qui vont le plus bénéficié du système de protection sociale à leurs dépens. La solidarité s'affaiblit donc quand le voile se déchire et cela peut donner naissance à une sorte de « populisme de mal-être », les gens refusant d'être des « vaches à lait ». Cet état d'esprit pouvant même entraîner des attitudes clientélistes à la limite du cynisme et du mauvais goût : ce comportement consisterait à choisir pour qu'il on paye, ce qui reviendrait à choisir une sorte de « bon pauvre » comme le préconise actuellement la ligue d'extrême droite en Italie du Nord. Cette crise de légitimité de l'État-providence peut à long terme porter préjudice à la cohésion sociale, de nombreux citoyens oubliant que l'État et tout service de tous les citoyens à part égale.

 

Revenons un instant sur le système de protection sociale en France, le modèle français est un modèle spécifique compromis entre un modèle Beveridgien et un modèle Bismarckien. Pierre Laroque a élaboré un système beveridgien dans ses objectifs et bismarckien dans ses modalités. Cela a globalement bien fonctionné jusqu'en 1970 où le système a commencé à se déséquilibrer et à connaître d’énormes déficits, le système se fiscalisant (CSG, RDS) et devenant de plus en plus non contributif (AAH, CMU, RMI). Mesures qui selon les néoclassiques ont été complètement désastreuses et ont achevé de précipiter la France dans la crise. L'application des remèdes et des recettes magiques keynésiens ne marchant plus, une régulation mondiale libérale par le marché a vu le jour. Cette nouvelle régulation basée sur une stricte politique de déréglementation a achevé de marginaliser les interventions massives de l'État dans le domaine économique, ce qui montre aujourd'hui d'une certaine manière les limites actuelles du rôle de l'État dans l'économie de marché.

 

 

 

B) la marginalisation de l'État dans le champ économique mondial

 

 

1) l'État face à la règle déréglementation libérale des 20 dernières années

 

L'un des événements économiques les plus marquants du siècle fut sans aucun doute le changement de régulation mondiale. En effet d'une régulation institutionnelle, nous sommes passée une régulation de type concurrentielle.

Après la seconde guerre mondiale, l'on assista à une régulation institutionnelle traditionnelle c'est-à-dire une régulation d’inspiration néo-keynésienne. Fruit du compromis entre tous les acteurs, cette régulation a pour objectif non de supprimer mes d'encadrer le marché, c'est la régulation fordiste. Dans cette régulation institutionnelle, beaucoup d'économie dans le monde était des économies mixtes de marché, institutionnalisée par le compromis de Bretton-Woods. Dans ce système, les États disposaient d'une réelle souveraineté, la compétition internationale était encadrée et ne concernait surtout que les produits.

Depuis les transformations des années 70, on assiste à l'émergence d'une nouvelle forme de régulation. Le développement des échanges internationaux, la mondialisation et la globalisation financière, l'explosion des IDE, l'expansion des FMN et même l'effondrement de l'URSS ont entraîné une sorte d'unification économico-politique du monde. Sur le plan international, le consensus de Bretton-Woods a été remplacé par le consensus de Washington. Mais cette nouvelle régulation internationale s'est doublée d'une nouvelle régulation interne au sein des états. En effet, sur le plan interne, le keynésianisme s'est affaibli et l'on a assisté à la généralisation de la pensée libérale, favorable une déréglementation visant à diminuer le volume de la réglementation pesant sur les agents économiques de manière à rétablir le libre jeu du marché.

L'État a donc subi de plein fouet ce changement de régulation, il est passé de la régulation institutionnelle organisée et structurée à une régulation concurrentielle qui revient très clairement à une non-régulation.

On assiste donc à une remise en cause de la présence de l’État sur le plan intérieur avec les mesures de décentralisation, de privatisations et autres concentrations ; qu’a l’extérieur avec principalement la construction européenne et le processus de mondialisation.

 

2) État et Mondialisation

 

 

Cette nouvelle régulation concurrentielle à lui des effets indésirables sur l'État, elle a entraîné des effets pervers à la fois sur le plan national et international.

 

-- Sur le plan national, du fait de cette régulation concurrentielle, l'État a été soumis à des contraintes tout à fait nouvelles, il était soumis à des contraintes extérieures et financières. Nous n'avons qu'à observer le taux d'ouverture élevé de presque toutes les économies dans le monde. On a longtemps espéré que cette nouvelle régulation pourrait permettre de relancer l'économie, et en particulier pour la France de relancer ses exportations or cela s'est traduit par un cuisant échec à la fois en 1976 par l'échec de la politique de relance de Jacques Chirac et en 1981, par l'échec de la politique de relance du plan Mauroy. Les contraintes financières subies par la France ont été considérables, le but étant d'avoir une monnaie solide afin d'attirer les capitaux, il fallait être attractif d’où les politiques de rigueur monétaire, la politique du franc fort et enfin des alignements inopportuns de nos taux d'intérêt sur ceux de la RFA (la RFA ayant augmenté les siens afin d’attirer des capitaux en vue de la réunification) afin d'enrayer la fuite de nos  capitaux vers ce même pays. Sur le plan endogène, la construction de l'union européenne a entraîné de sérieuses contraintes pour la France surtout depuis la signature du pacte de stabilité de croissance en 1997 à Amsterdam où elle a dû obéir à des critères de convergence (dettes, déficits, taux d'intérêt). Toutes ces contraintes ont entraîné de fortes modifications dans la politique économique de la France, elles ont impliquées la mise en place une politique de « désinflation compétitive » qui eut des effets vertueux (augmentation la compétitivité, profit, équilibre de la balance des paiements) mais aussi des effets négatifs : en effet durant toute cette période de la croissance est resté très faible (en particulier à cause de nos taux d'intérêt élevé), le chômage n'a cessé d'augmenté. Et d'autre part, toutes choses étant égales par ailleurs, il est indéniable que cette régulation concurrentielle a affaibli la cohésion sociale et qu’elle augmenté de manière considérable les inégalités.

 

-- Sur le plan international, les espoirs et les attentes que l'on escomptait dans différents domaines ne sont pas produits. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la sphère financière. En effet, la globalisation financière, les mouvements massifs de capitaux et la spéculation considérable ont entraîné de graves crises financières.

De plus dans le domaine réel, le mal développement, le maintien de la pauvreté et les effets pervers des plans d'ajustement structurels a montré les limites de l'action du FMI et de la banque mondiale et donc du consensus de Washington.

Sur le plan commercial, sont apparus des tensions protectionnistes et des tensions commerciales (guerre des bananes) ; d'autre part le maintien de périphérie (Afrique) complètement oubliée par les grandes entreprises montre bien les limites de l'ONU et de l’OMC.

Pour terminer au cours de ces 20 dernières années, la mondialisation a entraîné l'apparition de zones de non-droit (paradis fiscaux), de zones grises. La mondialisation a aussi entraîné ou du moins fortement exacerbée la criminalité en col blanc (Kenneth Lay et Bernie Ebbers anciens  présidents d’Enron, Nick Leeson et la banqueroute de la Barings).

Après ces ans années de déréglementation, le bilan que l'on peut dresser n'est pas très positif. La régulation concurrentielle n'a pas répondu à toutes les attentes des libéraux lui attribuait. Cette politique de déréglementation n'a pas été fondamentalement efficace, n'a pas été favorable à l'équité. De plus cette régulation concurrentielle n'a jamais prise en compte les aspirations de la société civile et a commencé à nuire au développement durable.

 

 

Conclusion

 

 

A travers ce mémoire nous avons vu que en dépit de nombreuses critiques, le rôle de l’Etat est et reste indispensable, même dans le contexte actuel d’une économie de plus en plus globalisée et libéralisée. En effet, l’économie de marché a besoin d’un régulateur pour pallier ses défaillances, et ce régulateur ne peut être que l’Etat, dans le sens où il assure la continuité entre les sphères économique, politique, et sociale. Il est certes incontestable que l’intervention de l’Etat n’est pas le calque parfait des aspirations des marchés, et que son intervention trouve ses limites dans de nombreuses situations.

            Il faut, d‘après Joseph Stiglitz, un juste équilibre entre le marché et l’Etat. Le marché est au cœur de toute économie qui réussit, mais pour qu’une économie réussisse, il faut un équilibre entre l’Etat et le marché et cet équilibre peut être différent selon les domaines, selon les pays et selon les époques.

            L’émergence des théories dites d’»économies solidaires » tend à prouver une certaine réconciliation entre l’Etat et le marché. En France, l’économie solidaire regroupe l’ensemble des services de proximité qui sont conçus à travers des espaces publics. Leur pérennisation est assurée par trois types de ressources : marchande, non marchande et non monétaire. Ces associations et organismes appartenant à l’économie solidaire ont des chartes. La finalité de l’économie solidaire est double. La première est de lutter contre toute forme d’exclusion, la deuxième est d’intégrer dans la logique du couple marché-État une dimension de solidarité qui va bien au-delà de la redistribution.