« Celui qui pense avoir compris le problème ivoirien se trompe : on le lui a mal expliqué » expose Alpha Blondy à Karl Zéro, le 19 septembre 2004, dans le Vrai Journal.

Ce chanteur et musicien ivoirien, qui mélange les cultures en chantant en baoulé, français ou anglais, montre ainsi la complexité de la crise ivoirienne.

 

La Côte d’Ivoire revendique aujourd’hui une véritable identité, qui est d’ailleurs au cœur du conflit ivoirien, et pour cela elle désire s’affranchir de ce que certains nomment un « néocolonialisme » de la France en Côte d’Ivoire, malgré son indépendance le 7 août 1960.

 

En effet, au XVe  siècle, la traite des esclaves commence en Afrique. En Côte d’Ivoire, elle est entreprise par les portugais et espagnols, relayés par les français dès le XVIIe siècle. La traite des esclaves a été un fléau pour la Côte d’Ivoire, comme pour l’Afrique entière, jusqu’en en 1848 avec l’abolition de l’esclavage en France, engendrant une forte baisse du taux démographique ainsi développant les haines intenses entre les différentes ethnies, engendrant de nombreuses guerres tribales. En effet, les européens, hésitant à s’aventurer dans les terres, préféraient payer les africains pour obtenir des esclaves, ce qui entraîna le développement de chasses à l’homme entre ethnies.

A partir de 1830, l’amiral français Bouer signa plusieurs contrats de monopole du commerce avec les chefs des différentes tribus afin de répondre aux nouveaux besoins de la révolution industrielle. Ces contrats portaient essentiellement sur le commerce de l’or, de l’ivoire, du caoutchouc et de l’huile de palme, développant ainsi les cultures et le commerce ivoiriens. Petit à petit, les français s’installèrent sur toute la côte, jusqu’à ce qu’ils soient chassés par les anglais en 1870. Toutefois, Arthur Verdier décida de rester en Côte d’Ivoire, tenant tête aux anglais, malgré les pillages réguliers de ses bateaux. Louis Binger est ainsi nommé résident français aux Etablissements de la Côte d’Ivoire et représentait donc la France auprès des rois locaux.

En 1884, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Belgique se partagent l’Afrique.

Dès 1890, le pouvoir de la France s’impose peu à peu face aux autres comptoirs. En 1891, Samory se retrouve à la tête d’un empire qui va d’Odienne à Bouna, ce qui inquiète les français et les incitent à envoyer une colonne pour le capturer, colonne qui sera massacrée.

Le 10 mars 1893, le décret créant la Colonie de Côte d’Ivoire est signée, Binger devient gouverneur et Grand-Bassam, capitale. Cependant la soumission de l’ensemble du pays est loin d’être acquise et il faudra plus de 20 ans à la France pour s’imposer réellement. De plus, de nombreux conflits apparaissent car les populations ne comprennent pas les décisions arbitraires des autorités françaises. En 1893, les français décident à nouveau de lancer une armée contre Samory, qui sûr de sa défaite, prend la fuite ; débute alors une véritable chasse à l’homme qui ne prendra fin qu’en 1898 avec la capture et la déportation de Samory. En 1899, Grand-Bassam subit une terrible épidémie de fièvre jaune, les français se retirent donc à Bingerville et en font la nouvelle capitale de la Côte d’Ivoire.

En 1902, la Côte d’Ivoire intègre l’AOF. En 1934, pour des raisons de développement économique, Abidjan devient la capitale de la Côte d’Ivoire à la place de Bingerville. En 1944, la Conférence de Brazzaville, réunie par le général de Gaulle pour aborder le thème de l’avenir des colonies françaises, envisagea la possibilité de l’autonomie. Et c’est cette même année qu’Houphouët-Boigny crée le premier syndicat agricole africain. En 1945, les différentes colonies obtiennent leur représentation à l’Assemblée Constituante Française et Houphouët est élu député de Côte d’Ivoire, puis il fonde en 1946 le PDCI, constituant la section ivoirienne du RDA, interdit dès 1948. Après sa première réunion (illégale) en 1949, de nombreux membres sont arrêtés et incarcérés à Grand Bassam. Les femmes se mobilisent et ainsi débute une marche de protestation qui aura une répercussion jusqu’en France et permettra la libération des leaders du Parti. En 1952, Houphouët est élu à l’Assemblée Territoriale. Il entre au Parlement français puis devient ministre délégué à la présidence du Conseil en France. En 1957, il devient président du Conseil de l’AOF et déclare sa volonté de voir naître une Côte d’Ivoire républicaine. En 1959, il devient Premier ministre de la Côte d’Ivoire et le 7 août 1960, l’indépendance de la Côte d’Ivoire est proclamée et en novembre 1960 ont lieu les premières élections présidentielles de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny est élu.

           

Depuis lors, les relations franco-ivoiriennes sont plus ou moins amicales, ou plutôt l’animosité est plus ou moins affichée. Mais le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire est entrée dans une nouvelle phase, marquée par la radicalisation de la violence politique, la généralisation de la guerre et l’internationalisation d’un conflit qui menace toute l’Afrique de l’Ouest.

Ainsi, le 19 septembre 2002, plusieurs bâtiments stratégiques d’Abidjan ainsi que les villes de Bouaké et Korhogo, ont été attaqués par une armée composée de mercenaires provenant de toute l’Afrique de l’Ouest encadrés par des officiers putschistes de l’armée ivoirienne, ce qui a provoqué l’entrée de la Côte d’Ivoire dans une véritable crise d’où elle n’est toujours pas sortie.

Le 17 octobre, un cessez-le-feu, signé à Bouaké, prévoit la cessation des hostilités et le déploiement des forces de la CEDEAO et des forces françaises.

En janvier 2003, la conférence de Linas-Marcoussis, à l’initiative du gouvernement français, a rassemblé l’ensemble des partis politiques et des mouvements rebelles ivoiriens. Un accord de paix a été signé, prévoyant la mise en place d’un gouvernement de réconciliation avec le maintien du président Laurent Gbagbo, mais avec des pouvoirs limités, et la désignation d’un premier ministre : Seydou Diarra, originaire du Nord et considéré par toutes les parties comme un homme de dialogue.  Puis peu après la clôture de Marcoussis, lors d’un mini-sommet qui s’est réuni à Paris, les rebelles sont entrés au gouvernement avec les ministères de la sécurité et de la défense, sous l’approbation du ministre français des affaires étrangères de l’époque, Dominique de Villepin.

Cet accord, validé lors du sommet des chefs d’Etat africains qui a suivi la conférence de paix, les 25 et 26 janvier, a provoqué la colère des partisans du président ivoirien ainsi que de nombreuses manifestations anti-françaises dans le pays.

En effet, ces accords de Marcoussis apparaissent pour les pro-Gbagbo comme une prime accordée à des ressortissants ivoiriens bénéficiant de soutiens étrangers : les accords visaient à réduire des problèmes de fond comme le code de la nationalité ou le droit à la propriété rurale ainsi que le désarmement des forces rebelles.

Ainsi depuis janvier 2003, deux conceptions de la légitimité s’affrontent en Côte d’Ivoire : celle du président invoquant la Constitution et rappelant qu’il n’entend pas organiser d’élections avant le terme prévu pour 2005, et celle tirée d’un accord international conclu sous la forte pression des français, mais difficile à appliquer sur le terrain.

            Ces engagements de la France dans les affaires ivoiriennes et ces manifestations contre le gouvernement français en Côte d’Ivoire démontrent bien le fait que la France et la Côte d’Ivoire sont encore aujourd’hui très liées.

 

 

            Quelles relations ont encore aujourd’hui la France et la Côte d’Ivoire ?

Pour répondre à cette problématique, nous analyserons tout d’abord la dépendance économique et militaire de la Côte d’Ivoire vis-à-vis de la France, puis nous nuancerons cette dépendance en constatant qu’«interdépendance» serait un terme plus approprié, et enfin nous examinerons les diverses attitudes des différentes Forces envers la présence française en Côte d’Ivoire.

 

 

 

 

 

 

 

I La triple dépendance

           

 

 

            Lorsque le général de Gaulle accède à la présidence de la République, il doit affronter une situation internationale nouvelle : les colonies françaises souhaitent accéder à l’indépendance. Si de Gaulle fait mine d’accepter, il charge tout de même dès 1958, son plus proche collaborateur, Jacques Foccart, de créer un système de réseaux qui emmaillotent certaines colonies dans un ensemble d’accords de coopérations économiques et militaires, qui les placent sous tutelle. C’est ce qui explique la mise en place de la Françafrique, réseaux de coopération officiels. Mais il existe aussi des réseaux illégaux qui peu à peu sont devenus autonome vis-à-vis des autorités françaises et africaines (cf ANNEXE 3).

Aujourd’hui, on peut encore voir cette implication de la France en Côte d’Ivoire, et ce, tout particulièrement au niveau économique et aux niveaux militaire et diplomatique, notamment, pour ces derniers, depuis le conflit armé qui a débuté en Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002.

 

 

A La dépendance économique

 

 

Le « miracle » ivoirien, symbole de la stabilité politique et de la réussite économique des années 1970 a fait de la Côte d’Ivoire un lieu de prospérité au sein de l’Afrique de l’Ouest. Mais avec les crises pétrolières de 1973 et 1979, ce « miracle » ivoirien s’est brisé. A la mort de Félix Houphouët-Boigny, en 1993, la pays est exsangue : la dette extérieure atteint les 11 milliards de dollars et chaque année, le pays rembourse près de 600 millions de dollars aux institutions financières internationales, aux banques commerciales et aux Etats occidentaux, dont la France. La crise économique est profonde, renforcée par la corruption.

Depuis son indépendance, la Côte d’Ivoire reste économiquement dépendante de la France, notamment à cause de la fuite des capitaux principalement en direction de la France et de l’existence encore aujourd’hui du franc CFA.

 

                        1. Etat des lieux

 

Depuis 1980, la Côte d’Ivoire est soumise à un plan d’Ajustement Structurel sous le contrôle du FMI et de la Banque Mondiale. Sa dette augmente chaque année, ce qui la place dans une situation de dépendance vis-à-vis des institutions financières internationales. De plus, le pays subit la pression de la France qui entend conserver ses intérêts.

L’économie ivoirienne est principalement fondée sur l’exportation des matières premières agricoles. C’est donc un pays tourné vers l’extérieur et ainsi vers les fluctuations du marché mondial.

Ces dernières années, les prix de ses principaux produits destinés à l’exportation ont chutés. Ainsi la Banque Mondiale indiquait en 2001 que le prix du kilo de cacao est passé de 2,40 euro en 1970 à 1,11 euro en 2001, tandis que la café chutait de 4,19 à 1,42 euro. Le prix du coton est également passé de 2,25 à 1,09 euro.

C’est ainsi que la banque Mondiale et le FMI ont imposé à la côte d’Ivoire un assainissement budgétaire, une intensification des réformes structurelles et un programme de développement social.

En 1998, la Côte d’Ivoire a bénéficié d’un prêt de 387 millions de dollars. Mais en février 1999, pour une mauvaise gestion des Affaires publiques, le FMI suspend ses prêts financiers ; et en mai de cette même année, à cause de détournements de fonds et de corruptions liées au budget d’aide, les institutions internationales décident de suspendre leurs subventions.

De 1980 à 2001, la dette extérieure de la Côte d’Ivoire ne diminue pas, bien au contraire. Parallèlement à cela, on peut remarquer, sur le plan national, un blocage des salaires de la fonction publique depuis 1980, une réelle baisse du pouvoir d’achat des Ivoiriens ainsi que le bradage des secteurs stratégiques comme l’eau, l’électricité ou les télécommunications à de grandes firmes françaises. Les multinationales étrangères ont ainsi pris peu à peu le contrôle des secteurs productifs du pays.

Les choix économiques de la Côte d’Ivoire relèvent de sa dépendance vis-à-vis des institutions de Bretton Woods et de la France. Selon les chiffres du ministère français des Affaires étrangères, les intérêts français représentent 27 % du capital des entreprises ivoiriennes.

Le mot « colonie » résonne aujourd’hui comme un terme péjoratif mais appartenant à un passé révolu. Cependant, si les tutelles officielles ont disparu, les rapports de dépendance existent toujours, notamment à cause de la dette : la Côte d’Ivoire, tout comme les pays du Sud, sont pris dans une spirale d’endettement sans fin datant de la colonisation et de leur indépendance, limitant ainsi leur possible développement.

Ce piège de la dette, constituant une dépendance vis-à-vis des pays industrialisés, est renforcé par un autre phénomène : la fuite des capitaux.

 

                        2. La fuite des capitaux

 

La fuite des capitaux, dont est victime la Côte d’Ivoire, trouve son explication dans le service de la dette, notamment due à la France ; dans l’attribution à des firmes françaises d’une part importante des contrats de biens et services (depuis une dizaine d’années, les monopoles français brassent chaque année 75% de la richesse produite), financés par des prêts contractés auprès des institutions financières internationales ; dans le libre transfert des bénéfices accumulés et jamais réinvestis ; dans le détournement des recettes d’exportation, particulièrement celles du pétrole ; dans les opérations spéculatives et illicites et dans la propension des élites à placer leurs avoirs à l’étranger : Houphouët-Boigny a d’ailleurs déclaré « qu’il fallait qu’un dirigeant africain soit fou pour garder sa fortune en Afrique ».

Consécutivement aux mesures de contrôle du mouvement des capitaux, instituées par la France en 1993, ces capitaux exilés sont exclusivement canalisés sur ce pays. De plus, ce sont ces capitaux qui alimentent les nouveaux prêts que la France et ses banques accordent aux pays de la zone franc, accentuant ainsi peu à peu l’appauvrissement des pays bénéficiaires de ces prêts.

Les banques centrales, la BCEAO et la BEAC dans la gestion desquelles la France jouit d’un droit de veto, constituent les relais africains du Trésor français. Les dirigeants de ces institutions se flattent d’être les responsables des faibles taux d’inflation, comme si la stabilité des prix pouvaient constituer une solution crédible dans des pays où la demande reste faible.

Une autre donnée accentue cette dépendance ivoirienne de la France vis-à-vis de la Côte d’Ivoire : le fait que les Ivoiriens utilisent le franc CFA.

 

                        3. Le Franc CFA

 

Le Trésor français constitue encore aujourd’hui le socle des politiques de développement des pays membres de la zone franc à travers le dispositif monétaire que représente le franc CFA.

Créé en 1945, elle est la monnaie unique des ex-colonies françaises. Attachée au franc français grâce à une parité fixe entre franc CFA et franc français, cette monnaie est africaine mais gérée par la France. Depuis janvier 1999, et l’adoption de l’euro par la France, cette réalité s’est étendue à toute la zone euro. La France garde ainsi des relations commerciales privilégiées et sécurisées avec ses anciennes colonies, dont la Côte d’Ivoire.

Les objectifs du franc CFA sont de diminuer les risques de dépréciation brutale du taux de change, de permettre une meilleure intégration aux marchés mondiaux et faciliter les transaction internationales.

Mais cet accès reste limité par les mesures protectionnistes des grandes puissances du Nord. De plus, ces pays n’ont aucun contrôle sur les politiques monétaires régissant leur économie. Ils perdent également les recettes que peuvent tirer les autorités monétaires de leur droit de frapper la monnaie.

Le simple fait de garantir, à son profit, une convertibilité « limitée » à cette monnaie dans toutes ses transactions commerciales et financières avec les pays membre de la zone franc permet à la France de s’accaparer 65 % des réserves de change de ces pays.

Depuis sa création au 19e siècle dans le cadre des structures fédérales de l’AOF et de l’AEF  d’alors, la CFA a résisté au temps et a généré d’innombrables avantages pour la France. Elle a notamment donné à la France les moyens de contrôler et orienter les économies de son empire, de résister au krach boursier de 1929 et de la crise mondiale qui s’en est suivie et d’aider le général de Gaulle à financer la résistance. Il continue d’ouvrir à la métropole de vastes débouchés pour ses exportations, en même temps que les zones concernées sont restées des sources d’approvisionnement en matières premières.

            Mais cette dépendance ne se limite pas au seul domaine économique, mais s’étend aux champs militaires et diplomatiques

 

 

B La dépendance militaire et diplomatique

 

 

            La présence française en Côte d’Ivoire date d’avril 1961, lorsque Houphouët-Boigny a signé un accord de coopération et de défense avec le gouvernement français. Cet accord démontre dans les faits que la Côte d’Ivoire n’a pas coupé le cordon ombilical avec sa métropole : selon ce traité, la France assure la formation et le perfectionnement des forces armées de la Côte d’Ivoire et s’engage à y consacrer les moyens financiers et humains nécessaires. Les futurs cadres sont formés dans les grandes écoles militaires françaises. Cet engagement militaire et diplomatique français en Côte d’Ivoire est donc ancien.

           

1. La dépendance militaire

 

A la suite du 19 septembre, Paris a dû choisir entre la défense d’un régime alors présenté comme « démocratiquement élu », le soutien à une rébellion dite « sans visage » et une politique de non-interventionnisme limitée à la sécurisation de ses ressortissants.

Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères lors de la crise, a décidé de faire passer le réengagement français par le doublement de l’aide publique au développement. La France tente ainsi de tourner à son avantage le caractère transitoire des relations franco-africaines, en se liant à nouveau avec ses anciennes colonies et en se plaçant en « meilleur avocat de l’Afrique » dans les instances internationales.

Dès le début des hostilités, la France envoie donc des troupes dans son ancienne colonie avec près de 2500 hommes, dans la cadre de l’« opération licorne ». Ces forces déployées, légionnaires parachutistes et militaires du bataillon d’infanterie de marine, représentent le plus gros contingent que la France ait envoyée en Afrique depuis les années 1980. Aujourd’hui, l’armée française, à laquelle s’ajoutent quelques 6000 soldats des Nations Unies, l’ONUCI, est toujours présente en Côte d’Ivoire.

Dès le début du conflit, les autorités françaises ont professé les « principes » de leur action : la protection des ressortissants français, la défense de l’intégrité territoriale de la Côte d’Ivoire, le soutien aux autorités légitimes, l’appui aux organisations régionales africaines et la défense des droits de l’homme, ainsi que le non-interventionniste militaire et la « normalité » de la nouvelle politique africaine. Pour la protection des ressortissants français, le bilan est plutôt mitigé étant donné qu’aucun français n’a été tué, mais que la communauté française a été prise en otage par les partisans du pouvoir en place. Et quant à la défense de l’intégrité territoriale ivoirienne, dès le 19 septembre s’est posé le problème de l’obligation contractuelle de la France dans ce domaine.

Les soldats français étaient initialement censés protéger les milliers de ressortissants français et étrangers vivant dans le Nord de la Côte d’Ivoire faisant l’objet de conflits armés. Leur présence était ensuite justifiée par la surveillance de l’application du cessez-le-feu entre les rebelles et les forces gouvernementales. Puis le mot d’ordre fut de tirer sur quiconque ne respectait pas le cessez-le-feu : le porte-parole des troupes françaises à déclaré l’année dernière que l’armée française « [ouvrirait] le feu sur quiconque commettrait des abus », ceci s’adressant vraisemblablement aux troupes rebelles.

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Raffarin a dit vouloir jouer un rôle plus important en Afrique. L’intensification de la guerre civile en Côte d’Ivoire lui a donné l’occasion de suivre la voie empruntée par la Grande-Bretagne dans le Sierra Leone voisin pour imposer son contrôle militaire au moyen d’une rhétorique humanitaire et de maintien de la paix.

Malgré les déclarations initiales, il est de plus en plus flagrant que sans la présence des troupes françaises, les forces rebelles occuperaient le pays tout entier et que Gbagbo serait renversé. Si la France a refusé de soutenir Gbagbo ouvertement contre les forces rebelles en raison de son bilan d’épuration ethnique, elle l’a malgré tout à peine critiqué, le présentant d’ailleurs comme « démocratiquement élu » alors que Gbagbo lui-même a dénoncé des élections « frauduleuses ».

La France n’avait effectivement, au début du conflit du moins, aucune intention de céder aux rebelles l’économie dont elle est la plus tributaire en Afrique de l’Ouest.

Cet engagement militaire de la France en Côte d’Ivoire est doublé par un engagement diplomatique.

 

2. La dépendance diplomatique

 

Outre l’engagement d’une partie de sa propre armée, la France a également essayé de réunir une force de maintien de la paix issue de pays d’Afrique de l’Ouest pour intervenir en Côte d’Ivoire. Une telle force aurait fourni une crédibilité internationale à l’intervention française, mais les régimes africains ont clairement exprimé qu’ils ne souhaitaient pas s’impliquer dans cette situation instable.

Le 3 janvier 2003, les premières troupes ouest-africaines sont arrivées, les premiers éléments d’une force de paix de 49 personnes issues de quatre nations ouest-africaines. Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a déclaré que le reste des troupes sénégalaises de maintien de la paix ne serait déployé que lorsque les différentes parties se seront mises d’accord. Les Etats-Unis semblent disposés à laisser la France, leur principal rival économique dans la région, imposer une certaine stabilité dans la région. Par contre, ils n’ont pas l’intention de soutenir la force de maintien de la paix ; leur allié, le Nigeria, a ainsi refusé de faire partie de cette force.

            Dans la situation actuelle, Gbagbo est incontrôlable pour l’impérialisme français, ce qui oblige le gouvernement français à intervenir. C’est pour cela que, après l’échec du coup d’Etat de septembre 2002, Chirac a exercé des pressions sur Gbagbo afin qu’il signe les accords de Marcoussis en janvier 2003 et d’Accra, surnommés Accra III, en juillet 2004.

Les accords de Lina-Marcoussis, à l’invitation du Président de la République française, ont rassemblés tous les partis ivoiriens et rebelles, sous la direction de l’ONU, l’UA et la CEDEAO. Ils ont conclu à la cessation des hostilités grâce au déploiement des forces de la CEDEAO soutenues par les forces françaises, et ont demandé à toutes les parties de cesser toute exaction et consacrer la paix ainsi que la libération de tous les prisonniers politiques. Ils réaffirment aussi la nécessité de préserver l’intégrité territoriale, le respect des institutions et de restaurer l’autorité de l’Etat, et ce grâce à un gouvernement de réconciliation dirigé par un premier ministre de consensus, Seydou Diarra, ainsi que les ministères de la sécurité et de la défense donnés aux chefs rebelles. Ces accords réaffirment aussi la présence française en côte d’Ivoire.

Les accords d’Accra III de juillet 2004 ont réuni Gbagbo, Diarra ainsi que les principales forces politiques ivoiriennes signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis. Le but de cette rencontre était de trouver les solutions pour surmonter les obstacles s’opposant à la mise en œuvre totale des accords précédents. Ils réaffirment notamment  la tenue des élections présidentielles en 2005 ainsi que les « désarmement, démobilisation, réintégration », le DDR, par toutes les parties.

La France a ainsi favorisé le rôle de la CEDEAO qui est intervenue tant politiquement que militairement, puis de l’ONU (et donc de l’ONUCI) devant le prolongement de la crise. Pour le ministère des affaires étrangères français, « l’enjeu aujourd’hui est de faire en sort que la pression politique internationale [africaine et onusienne] soit suffisamment forte pour obliger les Ivoiriens à progresser ».

 

Il faut tout de même nuancer cette dépendance de la Côte d’Ivoire vis-à-vis de la France. En effet, la France dispose de nombreux intérêts en Côte d’Ivoire, ce qui crée une interdépendance, expliquant le double jeu des dirigeants ivoiriens.

 

 

 

II Une interdépendance plus qu’une dépendance

           

 

 

            Les liens économiques entre la France et la Côte d’Ivoire sont importants. La France est le premier partenaire économique et financier de la Côte d’Ivoire et la Côte d’Ivoire est le deuxième client de la France en Afrique subsaharienne (après l’Afrique du Sud). La France n’a en effet pas abandonné la Côte d’Ivoire après son indépendance. Elle y conserve de nombreux intérêts notamment économiques avec les nombreuses entreprises françaises travaillant en Côte d’Ivoire et le commerce est encore très développé entre les deux pays. De plus, la Côte d’Ivoire comptait près de 15000 ressortissants français mais les bombardements ivoiriens du 4 novembre 2004 ont entraîné le départ d’environ 8000 d’entres eux. Cette interdépendance a été la cause du double jeu des dirigeants ivoiriens envers la métropole.

 

 

A Interdépendance

 

 

            Les 15000 ressortissants français qui vivaient en Côte d’Ivoire représentaient en grande partie les personnels d’encadrement de filiales d’entreprises et de sociétés appartenant à des hommes d’affaires français. L’engagement de l’armée à l’Ouest visait en effet à verrouiller la zone du cacao autour de Daloa et du port de San Pedro, d’où s’écoule la production.

 

1. Entreprises françaises en Côte d’Ivoire

           

            On peut comprendre la dépendance de la France vis-à-vis de la Côte d’Ivoire en regardant notamment les conséquences des trois jours de pillage, du 6 au 8 novembre 2004, suite aux bombardements ivoiriens du 4 novembre.

            En 2001, on dénombrait 210 filiales d’entreprises françaises en Côte d’Ivoire, soit le quart des filiales françaises implantées dans la zone du franc CFA. A ces filiales il faut ajouter plus d’un millier de PME-PMI contrôlées par des capitaux privés. Dans la période 1996-2000, la CEPICI estimait à plus de 50 % le montant des demandes d’agrément d’investisseurs françaises sur l’ensemble des demandes étrangères.

            Parmi les grandes entreprises françaises présentes en Côte d’Ivoire, on peut compter France Telecom qui a la mainmise sur l’opérateur de télécommunications téléphoniques, Côte d’Ivoire Telecom, mais aussi sur la SIM (Société Ivoirienne de Mobiles). Ensuite, la CIE (Compagnie Ivoirienne d’Electricité, l’équivalent d’EDF) est aux mains de la SAUR, une des filiales du groupe Bouygues et actionnaire de référence de la SODECI (Société des Eaux de Côtes d’Ivoire).

Dans le domaine bancaire, on peut aussi remarquer que la Société Générale est représentée par la SGBCI, la BNP par la BICICI et le crédit lyonnais par la SIB. De même, le transport aérien est concerné car Air France est l’actionnaire majoritaire de la compagnie régionale Air Ivoire. Le groupe TotalFinaElf est aussi incontournable en Côte d’Ivoire sur le marché des hydrocarbures car il détient 25 % de la Société Ivoirienne de Raffinage et 38 % de la distribution. Et Bolloré a aussi acquit un monopole des transports et du tabac en Côte d’Ivoire.

Mais, suite aux récents évènements, de nombreux français se sont retrouvés démunis de tout et rapatriés d’urgence en France. La majorité des entrepreneurs français en Côte d’Ivoire ont tout perdu, leurs biens personnels comme leur entreprise et leurs investissements.

Tous les secteurs d’activité ont été touché : à la mi-novembre 2004, la CCI-CI a constaté la suppression de 10000 emplois directs ainsi que la disparition de 100 entreprises. De plus, sur 147 filiales de grandes entreprises françaises recensées en Côte d’Ivoire, 135 fonctionnent au ralenti depuis le départ de 75 % des expatriés employés par ces grandes entreprises.

Le secteur industriel, s’il apparaît être le moins atteint, est tout de même handicapé par le manque d’approvisionnement, les annulations de commandes ou encore les retards ou défauts de paiement de leur production.

Dans le secteur du cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial avec 40 % des parts de marchés, les producteurs ont souffert de perturbations dans l’acheminement de la production. De plus, les armateurs hésitent à envoyer leurs bateaux vers les côtes ivoiriennes.

Mais Bernard Conte, professeur d’économie à l’université Bordeaux IV et spécialiste de l’Afrique de l’Ouest, estime que les grands groupes français présents en Côte d’Ivoire ne sont pas réellement en danger car ces grandes sociétés emploient depuis longtemps une main-d’œuvre ivoirienne avec un encadrement français minimum.

Ce sont en effet les PME et PMI, environ 600, qui sont les principales victimes de la crise. Ces petits entrepreneurs ne sachant pas à qui s’adresser pour être indemnisés des lourdes pertes subies ont fondé l’ADESCI afin de « mettre tous les acteurs de la situation face à leurs responsabilités et permettre à ses adhérents d’être rétablis dans leurs droits ».

De 1997 à 2000, selon la CNUCED, les IDE ont baissé de 45 % ; les entreprises françaises sont très concernées par ces changements. Elles ont dû se tourner vers d’autres pays d’Afrique, moins rentables que la Côte d’Ivoire.

En effet, la Côte d’Ivoire représente un emplacement stratégique pour la France

 

2. Matières premières et commerce

 

            La Côte d’Ivoire est, pour la France, le pays phare de l’ex-AOF : dans ce pays-clé de la région, la France dispose d’un stock d’IDE de 3 milliards d’euro, d’une base militaire permanente ainsi que d’un vaste réseau de coopération.

De plus, la Côte d’Ivoire constitue la deuxième puissance régionale et la première de l’UEMOA. Elle joue aussi un rôle prépondérant dans l’approvisionnement de certains Etats voisins, principalement aux niveaux des importations maritimes et de l’hydrocarbure.

Or aujourd’hui, la volonté de diversification des sources de pétrole, due aux difficultés que connaissent le Moyen-Orient, est plus que jamais d’actualité : l’Afrique devient l’objet de toutes les convoitises, et donc la France a tout intérêt à préserver son « pré-carré » ivoirien.

            En effet, la bassin sédimentaire ivoirien renferme d’importants gisements inexploités. Sans être particulièrement riches, ils regorgent néanmoins d’importantes ressources pétrolières et gazières. Depuis les gisements de Bélier et Espoir dans les années 80, on a découvert que la Côte d’Ivoire était l’un des rares pays de la zone UEMOA à être doté de pétrole. Ainsi, des actions étatiques s’inscrivent afin de rendre Abidjan capable de jouer la fonction de station service pour les pays qui l’entourent, important à grands frais d’Europe et sur une longue route maritime des produits pétroliers raffinés. La Côte d’Ivoire, qui dispose de la deuxième raffinerie la plus performante d’Afrique noire, peut y croire car elle a des atouts suffisants, notamment grâce à la montée en puissance de l’offshore et de la Holding Petroci, société publique de distribution, structure couvrant, outre la distribution, la recherche, l’exploration pétrolière et le gaz.

La Côte d’Ivoire représente donc une potentielle source de croissance pour la France grâce à ses gisements encore partiellement exploités.

            De plus, la Côte d’Ivoire possède les ports de l’ex-AOF, Abidjan et San Pedro, les plus actifs ; la Côte d’Ivoire est ainsi un véritable carrefour commercial dans cette zone de l’Afrique, notamment entre le Mali, Le Burkina Faso, la Guinée et le Ghana, bref les pays voisins de la Côte d’Ivoire. C’est pour cela que la crise ivoirienne a eu deux conséquences majeures sur le commerce régional : une modification profonde des circuits commerciaux et une augmentation des coûts de transport.

           

            Cette dépendance partielle de la France vis-à-vis de la Côte d’Ivoire permet aux dirigeants ivoiriens de se servir de la France.

 

 

            B Le jeu des dirigeants ivoiriens

 

 

Dès 1960, Houphouët-Boigny a su utiliser la France. Sur les quatre présidents ivoiriens, deux ont particulièrement joué une sorte de double jeu avec la France : Félix Houphouët-Boigny et Laurent Gbagbo.

 

            1. Félix Houphouët-Boigny

 

Si en effet on a parlé, entre l’indépendance et la crise de la fin des années 1970, de miracle ivoirien, on a souvent oublié la réalité d’un régime qui dès 1960 mit fin au multipartisme ainsi qu’aux principales libertés publiques.

Félix Houphouët-Boigny fut effectivement un personnage peu ordinaire.

Né en 1905 à Yamoussoukro d’une famille de chefs baoulé, il devint médecin avant de diriger une plantation prospère. En 1944, il fonda le PDCI, qui adhéra ensuite au RDA. Membre de deux assemblées constituantes françaises en 1945 et 1946, député de Côte d’Ivoire au Parlement français de 1946 à 1959, d’abord apparenté au groupe communiste puis à l’UDSR, il occupa des postes ministériels durant la IVe  République.

Lorsqu’en 1958 le pays acquit son autonomie au sein de la Communauté française, Houphouët-Boigny accéda à la présidence de l’Assemblée Constituante de Côte d’Ivoire pour devenir Premier ministre un an plus tard. Proche allié de de Gaulle, il rompit pourtant les liens unissant la Côte d’Ivoire à la France en proclamant l’indépendance ivoirienne le 7 août 1960. Chef charismatique du PDCI-RDA, il devint le premier président de la nouvelle République, la lançant sur la voie du libéralisme économique et du « miracle ivoirien », imposant néanmoins un pouvoir présidentiel fort, jusqu’à sa mort le 7 décembre 1993.

            Durant ses cinq mandats, l’adroite exploitation des rentes du café et du cacao avait permis au « vieux » et à son entourage d’édifier des fortunes considérables avec la bénédiction intéressée de ses correspondants français ; la fortune du président a d’ailleurs été évaluée à quelque 60 milliards de francs. Houphouët-Boigny produisait en outre plus de 30 000 tonnes d’ananas par an, soit le tiers de la production ivoirienne, avec des ouvriers payés par l’Etat.

Malgré cela, la Côte d’Ivoire était le premier bénéficiaire de l’aide au développement française en Afrique noire : il fallait combler les trous d’une « gestion-passoire » des finances publiques mais aussi financer des projets « très beaux, très chers, très commissionnés », d’après le président de l’époque, aux taux de retour prodigieux.

Malgré la fin du « miracle ivoirien », les réseaux sont restés très présents en ce pays-clé, épousant les dérives politiques. Houphouët était notamment resté fidèle à Jacques Foccart, gaulliste proche de Chirac. Il se débarrassa néanmoins de la plate-forme de « communication » proposée par le réseau de Jean-Christophe Mitterrand avec Adefi-International, mais se laissa séduire par le montage financier que ce même réseau, associé à Sucden, lui proposa pour le stockage du cacao. On apprit aussi, grâce au dossier de fausses factures instruit par le juge Halphen, que des fonds transitaient entres autres par les sociétés ivoiriennes de Yanni Soizeau, colonel à la retraite et ancien mercenaire, proche de la nièce d’Houphouët-Boigny, de Konan-Bédié et du directeur ivoirien des Douanes.

 

                        2. Henri Konan-Bédié et le Général Robert Gueï

 

            Le créateur du concept de l’Ivoirité a lui aussi profité de la France, grâce à ses diverses relations françaises.

Entre 1992 et 1997, 180 millions de francs versés par Bruxelles, dont un quart venait de la France, pour la santé et la préparation des élections, ont disparu. Cette affaire, restée dans l’ombre, a rebondi avec le coup d’Etat du général Gueï, le nouveau dirigeant espérant retrouver les sommes détournées dans les comptes bancaires des proches de l’ancien gouvernement dans les coffres des banques helvètes.

Comment se fait-il que l’Union Européenne ait mis autant de temps à remarquer cette gigantesque escroquerie, alors que Bruxelles dispose d’une délégation permanente de 25 personnes à Abidjan ? Michel Arrion, assistant du directeur général du développement à Bruxelles, se défend en expliquant que l’ « on ne peut pas mettre un fonctionnaire de la Commission derrière chaque directeur d’hôpital ivoirien ». La peine de la Côte d’Ivoire, suite à deux audits en 1998 et 1999, sera de « rembourser » l’Union européenne.

De plus, la Commission européenne a attendu janvier 1999 pour alerter les Etats membres, et ce, sous le sceau de la confidentialité. Jean-Pierre Thierry, député européen français, a été scandalisé par le silence de la Commission, laissant entendre « qu’il y [avait] d’autres explications… ».

Le coup d’Etat du général Gueï du 24 décembre 1999 a contraint à Bédié à l’exil au Togo puis en France. C’est à partir de cette date, avec la mise en place du nouveau gouvernement, que la France a espéré pouvoir mettre en pratique sa doctrine : ni ingérence ni indifférence. Paris a certes condamné le coup d’Etat mais s’est gardé de demander le retour de Bédié. D’ailleurs, le 26 décembre, Gueï rendait hommage à la France, « ce grand pays à qui nous devons notre culture ». Du reste, Gueï doit à Houphouët ses galons et ses résidences abidjanaise et parisienne ainsi que son art du dialogue et de l’écoute.

Mais après que Gueï se soit proclamé élu aux élections présidentielles du 22 octobre 2000, des soulèvements populaires, rejoints par l’armée, aboutirent à la reconnaissance par la Commission électorale de la victoire de Laurent Gbagbo, investi le 26.

 

                        3. Laurent Gbagbo

 

            Le double jeu que joua, et joue, Gabgbo avec la France est celui qui fait le plus de bruit, notamment depuis le 19 septembre 2002 (cf ANNEXE 2)

Laurent Gbagbo est né en 1945 dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Après une formation d’instituteur, il est emprisonné puis, à sa sortie, se lance dans la lutte syndicale, et fonde clandestinement le FPI. Il s’exile ensuite à Paris, où il obtient son doctorat d’histoire. Il revient au pays en 1988, lorsque le multipartisme est instauré et le FPI reconnu. Il enseigne à l’université d’Abidjan et est élu député à l’Assemblée nationale. Il manifeste contre l’intervention de l’armée sur le campus et connaît à nouveau la prison. Il devient président le 26 décembre 2000 face au général robert Gueï et à Alassane Ouattara, interdit de participer aux élections à cause de l’Ivoirité et de l’article 35 de la Constitution, sur fond d’affrontements sanglants entre ses partisans, chrétiens, et ceux d’Ouattara, musulmans.

            Alors que les chefs d’Etats africains réunis à Paris après la conférence de Linas-Marcoussis en 2004 se félicitaient de l’accord conclu entre les factions ivoiriennes, les partisans du président Gbagbo, refusant tout compromis sont descendus dans la rue pour dénoncer le néocolonialisme français. Gbagbo est donc rentré pour calmer son pays, conseillé par les dirigeants français. Mais à son arrivée, il a plaisanté avec Charles Blé Goudé, leader des jeunes manifestants, en lui disant qu’ « avec [son] costume, [il ne l’avait] pas reconnu ». De plus, son appel au calme promis en France n’a été ni clair, ni convainquant, les manifestants n’ont d’ailleurs pas cessé leur pression. Et ceci alors que, lors des accords de Marcoussis, il avait déclaré : « je suis heureux que nous ayons abouti à cet accord. Tout est préservé », mais il a aussitôt expliqué à ses partisans : « ne vous inquiétez pas ; à Marcoussis, ce qui s’est dit, ce sont des propositions ».

            Et si Gbagbo a su profiter de l’aide française à partir de septembre 2002 contre les groupes rebelles, il a malgré tout autorisé les bombardements du 4 novembre 2004, violant ainsi le cessez-le-feu des accords de Marcoussis et d’Accra. Le président ivoirien a d’ailleurs assuré ne pas être de l’attaque de Bouaké, tout en reconnaissant avoir nommé au lendemain de cette attaque la général Mangou à la tête de son armée, sachant que celui-ci dirigeait précisément les attaquants.

Gbagbo joue ainsi de la situation de la France dans son pays : elle ne peut pas se retirer sans provoquer de bain de sang mais ne peut pas non plus rester sans provoquer une partition du pays.

 

            C’est d’ailleurs sous le gouvernement Gbagbo que les manifestations contre le gouvernement français ont été les plus violentes opposant les pro-Gbagbo aux Forces anciennement rebelles.

 

 

 

III Les révoltes contre le nouveau colonialisme français

           

 

 

            Actuellement, en Côte d’Ivoire, deux clans s’affrontent ; les partisans du gouvernement en place, et ceux qui soutiennent le mouvement rebelle (cf ANNEXE 1). Ils ont tout deux des relations différentes avec la France.

 

 

A Les pro-Gbagbo

           

 

            Gbagbo a le soutien de trois groupes principaux : son parti le FPI, la Fesci et l’Alliance des jeunes patriotes ; souhaitant tout trois le départ des français de Côte d’Ivoire.

 

                        1. Le FPI

 

            Le coup de force ivoirien du 4 au 6 novembre 2004 était incontestablement dirigé contre la présence française en Côte d’Ivoire. En effet, le bombardement par des avions des forces armées ivoiriennes visaient un cantonnement militaire français à Bouaké, principale ville tenue par les Forces Nouvelles de Guillaume Soro. Cet incident a entraîné la mort de neuf soldats français et d’un membre d’une ONG. En représailles, les forces françaises ont détruit deux avions et plusieurs hélicoptères militaires ivoiriens. Ces destructions ont provoqué des appels à l’attaque contre les ressortissants français et leurs intérêts, notamment à Abidjan, ce qui a entraîne de nombreux pillages et autres violences.

Simone Gbagbo, première dame de Côte d’Ivoire, a d’ailleurs déclaré en août 2004 : « Au fil du temps, les choses se précisent. La France est complice des rebelles. Chirac n’aime pas Gbagbo parce qu’il ne correspond pas au profil que la France a tracé pour les Présidents. On ne le trouve pas policé. Au contraire, Chirac le juge trop indépendant. Car, il ne prend pas d’instructions à l’Elysée » ; elle a aussi dit en février 2005 : « Il est temps que la Côte d’Ivoire récupère totalement sa souveraineté ».

            Le 28 janvier 2005, à la veiller du Sommet de l’UA d’Abuja, RFI a diffusé l’information selon laquelle une « annexe secrète » d’une liste de 95 personnes soupçonnées d’avoir commis des violations des Droits de l’Homme et des assassinats politiques, aussi bien dans le camp gouvernemental que dans celui de la rébellion. Sur cette liste apparaissent les noms de Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé, leader de l’Alliance des Jeunes patriotiques, et Kadet Bertin,  conseiller spécial du président ivoirien. Le FPI marque sa très vive préoccupation face aux graves accusations sans fondement et à l’ignoble campagne anti-présidentielle des autorités françaises à travers RFI. De plus, la Côte d’Ivoire se demande comment le France a pu lire ces quelques noms sur la liste gardée secrète de l’ONU et pourquoi elle désire tant faire adopter par le Conseil de sécurité la Résolution 1584, permettant aux soldats français d’ouvrir le feu pour faire respecter l’embargo contre les armes, contre l’avis de l’UA.

Face à cette situation, le FPI, indigné, a condamné « tous les oiseaux de mauvais augure, tous les pécheurs en eaux trouble, tous les fossoyeurs de la paix et de l’unité en Côte d’Ivoire ». Il a aussi affirmé son soutien aux membres de la liste et a appelé le « Peuple de Côte d’Ivoire à demeurer mobilisé et vigilant pour écraser la subversion, d’où qu’elle vienne ».

La rupture avec le France est ainsi brutale et enfin affirmée.

            Deux mouvements estudiantins sont aussi très liés avec le parti présidentiel : la fesci et l’Alliance des jeune patriotes.

 

                        2. La Fesci et l’Alliance des jeunes patriotes

 

            Dès la création de la Fesci, ses militants se montrent confiants et annoncent que « bientôt on ne parlera plus de la Meeci ». En effet, le PDCI-RDA avait fait du Meeci l’unique voix du monde estudiantin, donc lorsque l’Etat lâcha du lest le 30 avril 1990, il se retrouva face à des étudiants hostiles. Martial Ahipeaud prend la tête de la Fesci, alors que les étudiants, associés aux syndicats et travailleurs, manifestent contre les diminutions de salaire et pour l’instauration du multipartisme. Mais la Fesci devient violente et est dissoute le 21 juin 1991, Martial Ahipeaud est jeté en prison.

Mais la fesci reste active : en effet, Guillaume Soro a repris en main la fesci mais est arrêté le 4 février 1997 pour avoir organisé une grève au nom de la fesci dissoute. Il obtint tout de même en 1997, à l’issue de la concertation sur l’enseignement supérieur concédé par le président Bédié, la réhabilitation de la Fesci. Elle devint alors un véritable soutien pour le FPI.

En 1998, Charles Blé Goudé reprend l’organisation. Il devint même le symbole de la violence étatique opprimant les étudiants car il fut accusé d’avoir obtenu une note à une composition à laquelle il n’a jamais pris part, et sa licence d’anglais fut invalidée.

            A la suite du 19 septembre a été créée l’Alliance des jeunes patriotes pour le sursaut national, dont Blé Goudé est la figure emblématique. Elle intervient comme un mouvement de résistance ouverte qui soutient le chef de l’Etat. Ils pensent qu’il existe un complot international contre la Côte d’Ivoire ; pour eux, il existe différentes preuves : les rebelles ont leur base logistique au Burkina Faso, la France exécute un lynchage médiatique de Gbagbo et les accords de Linas-Marcoussis ont été imposé par la Communauté internationale.

            Depuis août 2004, de nombreuses manifestations, menées par les « jeunes patriotes », s’en sont prises aux ressortissants français, considérés comme responsables de la prise des territoires ivoiriens par les rebelles. Elles ont été accompagnées de nombreuses violences envers les français et symboles français, comme l’Ambassade de France.

            A la suite des représailles françaises dues aux bombardements du 4 au 6 novembre 2004, Timothy Simson est devenu l’avocat des victimes de la barbarie des militaires français de novembre 2004. Charles Blé Goudé a d’ailleurs ouvert la conférence dirigée par Simson en disant que « de même qu’on ne tue pas impunément un militaire français, de même on ne doit pas tuer impunément un patriote ivoirien. La différence entre la France et nous, c’est que la France se fait justice, alors que nous, nous saisissons les juridictions pour que justice soit faite ». A la fin de cette conférence de février 2005, Blé Goudé a demandé aux Ivoiriens « de se départir du complexe français », désirant qu’avant de tourner la page de la France en Côte d’Ivoire, on en comprenne le contenu.

            Si le gouvernement français a d’abord soutenu Gbagbo face aux rebelles, il semble que la situation ait aujourd’hui changé.

 

 

B Les attitudes des diverses Forces envers la présence française

 

 

Les revendications des Forces nouvelles, les trois groupes anciennement rebelles MPCI, MPIGO et MJP, sont identiques à celles exprimées de longue date par le RDR d’Alassane Ouattara : ils souhaitent notamment la fin de l’Ivoirité, installée depuis 1995, distinguant les Ivoiriens de souche des métis ou des immigrés, et mettant en place des discriminations envers les non-Ivoiriens de souche.

Ces mouvements, rebelles avant d’entrer au gouvernement suite aux accords de Linas-Marcoussis, ont tous les trois des rapports différents avec la France.

                       

            1. Le MPCI

 

            Le MPCI est né de la crise qui a débuté le 19 septembre 2002. Il est majoritairement formé d’éléments originaires du Nord musulman, mais il ne se réclame pas d’une appartenance ethnique et l’ensemble de la population y est représentée. Bénéficiant du soutien d’officiers supérieurs et d’une dizaine de milliers de combattants, le mouvement contrôle la moitié Nord du pays ainsi qu’une partie du centre, soit 40 % du territoire ivoirien.

Son secrétaire général est Guillaume Soro Kigbafori, l’ancien dirigeant de la Fesci, et Louis Dacoury-Tabley, ancien dirigeant du FPI, est chargé des relations extérieures. Le MPCI est signataire du cessez-le-feu du 17 octobre 2002 et a participé aux négociations inter-ivoiriennes tenues fin 2002 à Lomé, sous l’égide du dictateur togolais Gnassingbé Eyadema. Il est aussi signataire de l’accord de Marcoussis du 24 janvier 2003.

Guillaume Soro a, comme beaucoup de leaders ivoiriens, connu la France : il y a en effet résidé lors de son exil entre 1998, à la fin de son mandat de président de la Fesci, et 1999, avec le coup d’Etat du général Gueï.

Guillaume Soro a récemment avoué agir pour la France. En effet, le ministre de la Communication, qui a déserté ses bureaux d’Abidjan depuis presque cinq mois, craint pour sa vie. Avec la mort du dictateur togolais, Guillaume Soro a perdu un parrain sûr, sur lequel il s’appuyait pour renforcer ses contacts dans le cadre de la réalisation de ses ambitions personnelles. Il serait même prêt à déposer les armes à deux conditions : d’une part que l’article 35 de la Constitution soit modifié afin de permettre à Ouattara d’être candidat, et d’autre part que la Côte d’Ivoire cède prioritairement à la France ses matières premières et ressources minières.

Soro aurait même soutenu que c’est la France qui entretient les rebelles : « Gbagbo sait pourquoi la France nous oblige à maintenir les armes. Une mère ne sèvre pas systématiquement son fils. Le sevrage se fait de façon progressive. Or Gbagbo a coupé tous les vivres à la France. Il faut qu’il comprenne et reprenne le dialogue économique avec la France. Dès qu’il le fera, la France nous invitera à déposer les armer ».

            Mais il ne faut pas oublier les querelles qui opposent Guillaume Soro, qui est aussi secrétaire des Forces nouvelles, à Ibrahim Coulibaly, dit IB, l’un des « cerveaux » du coup d’Etat du général Gueï le 24 décembre 1999.

Ce conflit est dû à l’assassinat en janvier 2004 du sergent-chef Coulibaly Adama Bachir, surnommé Adams, assassinat commandé par le groupe de Soro afin de commencer une purge au sein de la rébellion. Outre la lutte pour le contrôle du MPCI opposant Soro au sergent IB, il y a aussi une affaire d’argent derrière : Adams aurait été tué parce qu’il constituait un obstacle à l’enrichissement de Soro et de ses militaires ; Soro vendait en effet du coton au Burkina Faso depuis la région de Korhogo, fief militaire d’Adams, et Adams s’était récemment opposé à la vente de ce coton aux autorités Burkinabè.

Et IB s’avère être moins proche de la France que ne l’est Soro. En effet, suite au projet de déstabilisation du régime Gbagbo en septembre 2002 déjoué par Paris, il a été mis en examen en France. Après trois années d’exil en France, il est rentré au pays. Il est aujourd’hui allié à Gbagbo et entreprend de déstabiliser les Forces Nouvelles avec l’arsenal de guerre de Gbagbo.

            Deux autres groupes, assez liés, appartenant aux Forces Nouvelles et luttant contre le pouvoir en place, sont le MPIGO et le MJP.

 

2. Le MPIGO et le MJP

 

            Apparu le 28 novembre 2002 avec la prise de Danané et de Man, le MPIGO est majoritairement composé d’éléments Yacouba, une ethnie commune au Liberia et à la Côte d’Ivoire. Animé par le sergent Félix Doh, le mouvement dément la présence de combattants libériens en son sein, malgré les conclusions des observateurs. Proche de l’ex-junte dirigée par le général Gueï, il souhaite venger sa mort. Il est présent uniquement dans le grand ouest, où il dispose de 6000 hommes.

La prise de Man, capitale de l’ouest de la Côte d’Ivoire, le 28 novembre 2002 après un combat contre les forces loyalistes, les FANCI, s’est soldé par un premier échec : ils en ont été chassé en décembre par les FANCI et ont du se retrancher aux frontières du Libéria. L’armée loyaliste a alors souhaité faire de Man une forteresse, en raison de sa position stratégique et de son poids économique, grâce au cacao et au café. La France a alors décidé de renforcer son dispositif militaire, permettant d’augmenter l’effectif de son armée en Côte d’Ivoire, suscitant ainsi l’indignation des forces du MPIGO, qui ont menacé de se battre contre l’armée française, si cette dernière soutenait le gouvernement. Le MPIGO s’est donc opposé aux troupes françaises dans la « boucle du cacao » le 6 janvier 2003. A la suite de ces combats qui ont fait 30 morts dans ses rangs, le MPIGO a conclu le 8 janvier un arrêt des hostilités avec l’armée française. Le MPIGO est aussi signataire des accords de Linas-Marcoussis. Le chef du mouvement, Félix Doh a été tué fin avril 2003, au cours d’une embuscade près de la frontière libérienne. Félix Doh a sans dout été tué par les Forces Nouvelles car il était soupçonné de collaborer avec les FANCI.

Quant au MJP, il est apparu conjointement au MPIGO le 28 novembre 2002 en revendiquant la prise de la ville de Man. Le MJP est limité au grand Ouest est compte 250 hommes dont 50 Dozos, chasseurs traditionnels, dirigés par le commandant Gaspard Déli. Proche du MPCI étant donné que ses dirigeants sont d’anciens membres de ce mouvement, le MJP a aussi participé à l’accord de cessez-le-feu avec les troupes françaises et a signé les accords de Marsoussis.

La situation a changés sur le terrain entre les forces du MPIGO et du MJP et les forces françaises à partir de mars 2003. En effet, la France s’est décidée à trouver le moyen de condamner les massacres dans l’Ouest sans pour autant accabler le MPIGO et le MJP. Une trop grande et trop précise publicité avec des témoignages sur les tueries, viols et autres violences commises par les rebelles aurait obligé l’armée française à mettre les rebelles hors d’Etat de nuire, ce qui aurait fait baisser la pression sur Gbagbo, l’homme à abattre.

Donc en mars 2003, après d’importants revers subis par les mouvements rebelles, les français se sont décidés à intervenir. Ils ont d’une part franchi le « rideau de fer » derrière Duékoué ; les forces Licorne y ont trouvé « des corps et des preuves de violences à l’encontre des civils ». D’autre part, l’armée française, qui depuis le 19 septembre semblait considérer normale la présence de combattants étrangers sur les fronts de guerre, a mis la main sur des Libériens, appartenant aux Forces Lima, considérés comme des supplétifs des FANCI. Ces deux évènements créent un amalgame : les Libériens tuant dans l’Ouest apparaissent comme proches des autorités ivoiriennes. Roger Blanchi, porte-parole du MPIGO, a d’ailleurs expliqué : « à l’ouest, nous ne comprenons pas tout ce qui s’y passer. Puisque ce n’est pas de notre fait. Il y a plusieurs gens en armes qui se battent à l’Ouest. Cela va de civils qui règlent des comptes politiques, ethniques, à des combattants qui prétendent lutter contre des mercenaires, etc. C’est confus. Mais on peut résoudre cette situation entre Ivoiriens ».

La France est restée, malgré le fait qu’elle soit toujours considérée comme indésirable. Habitué à manipuler les droits de l’Homme pour discréditer les FANCI et à fermer les yeux sur les offensives belliqueuses des rebelles, le porte-parole de l’armée française a nié l’attaque du commissariat de Duékoué par les forces rebelles, alors que Chérif Ousmane, commandant de Zone Sud des Forces Nouvelles, a lui-même avoué aux journalistes de Reuters la violation du cessez-le-feu : « mes forces voulaient prendre leur revanche [contre l’armée ivoirienne] mais l’armée française s’est interposée ». Le porte-parole de l’armée française a donc réussi à ne pas être au courant de combats auxquels ont participé ses hommes.

 

 

 

 

 

 

 

Malgré la proclamation de l’indépendance de la Côte d’Ivoire le 7 août 1960 par Félix Houphouët-Boigny, la France et la Côte d’Ivoire sont restées très liées.

En effet, depuis le général de Gaulle et Houphouët, les deux pays ont conservé une certaine dépendance l’un envers l’autre.

La Côte d’Ivoire a besoin de l’aide économique de la France, mais aussi de son aide militaire et diplomatique.

Mais la France a aussi de nombreux intérêts en Côte d’Ivoire, elle y possède de nombreux IDE ainsi que beaucoup d’entreprises, de grandes firmes comme des PME-PMI. De plus, la Côte d’Ivoire est pour la France une zone importante lui fournissant de nombreuses matières premières, ainsi qu’une zone commerciale stratégique.

Si la France a ainsi pu utiliser la Côte d’Ivoire, les dirigeants ivoiriens ont eux aussi su profiter de cette interdépendance, jouant une sorte de double jeu avec les français, tenant un discours devant leur peuple et un tout-autre devant le gouvernement français.

Aujourd’hui, la présence française en Côte d’Ivoire est remise en cause, principalement depuis l’élection de Gbagbo au poste de président de la République.

En effet, les partisans pro-gouvernement sont extrêmement virulents envers toute présence française en Côte d’Ivoire, ce qui explique la violence des manifestations, qui ont d’ailleurs entraîné les rapatriements de nombreux ressortissants français de Côte d’Ivoire à la fin de l’année dernière, après les bombardements du 4 au 6 novembre.

            Malgré cela, la présence de la France en Côte d’Ivoire a été justifiée, légitimée, par l’ONU en janvier 2003, lors de la conférence de Linas-Marcoussis.

Et si la France semble à présent vouloir quitter la Côte d’Ivoire, ou du moins s’en détacher, ce temps ne semble pas encore être arrivé. D’ailleurs, au début du mois de février de cette année, Jacques Chirac a montré son agacement de voir l’Afrique du Sud et son président, Thabo Mbeki, jouer un rôle croissant dans la crise ivoirienne, expliquant que son homologue ne comprenait pas « la psychologie et l’âme de l’Afrique de l’Ouest ».