Les élections russes ont toujours été plus ou moins problématiques, assez folkloriques et très peu démocratiques.

En effet, dès 1937, lors des élections présidentielles, Staline a été élu avec 96,5 % des voix. Il faut dire que l’abstention n’était pas particulièrement recommandée sous l’ère stalinienne.

Après Staline, les élections sont devenues l’occasion de faire la fête. Etant donné qu’il n’y avait qu’un seul candidat, les électeurs n’étaient pas particulièrement motivés pour aller voter. Donc des buvettes étaient installées, au cours desquelles le Zhigulevskoe (bière russe) ainsi que de petits sandwichs au hareng et au saucisson étaient distribués, afin de distraire les électeurs. Il y avait même des concerts qui étaient organisés.

Pendant ce temps-là, alors que les électeurs s’amusaient, les komsomols, de jeunes pionniers communistes, frappaient aux portes des électeurs un peu trop tardifs et leurs proposaient, plus ou moins gentiment, de bien vouloir se rendre aux urnes.

Boris Eltsine, le premier président russe élu démocratiquement a, à l’annonce des résultats des élections, lancé, ivre, à un acteur et présentateur russe : « Hei, mon brave, vas-y, joue moi une chanson, j’ai envie de danser ».

Lors de ces mêmes élections présidentielles de 1996, le candidat d’extrême droite, Vladimir Zhirinovski, a même promis à chaque citoyen votant pour lui une bouteille de vodka.

            Vladimir Vladimirovitch Poutine a lui aussi été élu grâce à des élections plus que douteuses.

En effet, la démission le 31 décembre 1999 de Boris Eltsine a été concoctée dans le cercle de la « famille » du Kremlin, dans le but de l’élection du poulain de Eltsine, Poutine. Lors de sa déclaration, Eltsine a d’ailleurs déclaré : « Ce n’est pas à cause de ma santé, une nouvelle génération vient me remplacer ».

Avant cette démission, le Kremlin s’était arrangé pour faire adopter une nouvelle loi fondamentale de type présidentielle à la Constitution du 12 décembre 1993 : selon l’ancienne Constitution, le vice-président, à cette époque le général Rouskoï, était appelé à remplacer le président en cas d’empêchement. Grâce à cette nouvelle loi, Boris Eltsine pouvait désigner lui-même son successeur par intérim.

C’est donc au plus fort du discrédit touchant sa présidence, sur fond de détournements massifs de fonds du Front Monétaire International, que Eltsine, et son clan, redoutant un naufrage électoral aux élections de la Douma (le parlement russe) en décembre puis aux présidentielles de juin 2000, ont nommé Poutine en temps que successeur intérimaire du poste présidentiel.

C’est ainsi que, le 26 mars 2000, Poutine est élu avec 52,94 % des suffrages exprimés, et que Boris Eltsine bénéficie depuis mars 2000 d’une immunité judiciaire à vie.

Les élections de 2004 se sont déroulées, comme les précédentes, dans un climat assez peu démocratique. En effet, le 13 mars à minuit, la campagne électorale s’est arrêtée selon l’oukase de Vladimir Poutine.

Les observateurs internationaux l’ont d’ailleurs critiqué : « On va vers l’inconnu avec un résultat connu d’avance ». Et effectivement, Poutine a été réélu le 14 mars 2004 avec 71,22 % des suffrages exprimés.

Ce scrutin a été entaché de certaines irrégularités, notamment dénoncées par l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) qui y avait envoyé 340 observateurs en mission de surveillance.

Selon ces observateurs, les élections ont été en général bien tenues et les résultats reflètent l’appui populaire à Vladimir Poutine. Ils déplorent néanmoins l’absence de débat public, le manque de pluralisme authentique ainsi que l’absence d’examen rigoureux de la campagne présidentielle par les médias. De plus, ils ont constaté des problèmes de décompte dans le quart des bureaux de vote qu’ils ont visités.

Quant au journal Moscow Times, il dénonce des irrégularités flagrantes en Tchétchénie où, selon les chiffres officiels, Poutine aurait obtenu 92 % des votes. Et selon des officiers de scrutin cités par ce même journal, des milliers de bulletins de vote auraient été remplis d’avance et déposés dans les urnes avant le début ou après la fermeture des bureaux de vote, lorsque ceux-ci étaient vides.

            Donc, dès son élection, Poutine n’a pas réellement fait preuve de transparence et d’esprit démocratique.

Aujourd’hui, son attitude est très critiquée et fait l’objet de nombreuses manifestations.

Il a notamment effectué une visite d’Etat en France entre le 10 et le 12 juillet 2003, visite durant laquelle il a dîné avec le président de la République, Jacques Chirac, a eut des entretiens avec les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, et s’est vu offrir un déjeuner en son honneur à l’hôtel Matignon par le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. Il a aussi été reçu à l’Institut de France et au MEDEF, ainsi qu’à Bordeaux.

Sa visite à Bordeaux, le 12 février 2003, a entraîné les manifestations d’environ 800 personnes qui ont exprimé dans les rues de la ville leur colère et leur écœurement quant à l’accueil réservé à Poutine par le maire de Bordeaux de l’époque, Alain Juppé.

Il faut en effet dire que Poutine, coupable de crimes contre l’humanité en Tchétchénie, mène son pays vers un nouvel autoritarisme, vers un Etat de plus en plus puissant, contrôlant de plus en plus sa population.

Et les élections, qui sont encore frauduleuses, ne sont qu’un des signes de l’orientation de la Russie vers un régime qui s’éloigne de la démocratie.

 

De quelles manières Vladimir Poutine oriente-il à nouveau la Russie vers l’autoritarisme ?

Afin de comprendre ce retour en arrière de la Russie vers l’autoritarisme, nous regarderons tout d’abord l’évolution de la Russie depuis l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985, puis nous examinerons la vie de Poutine et comprendrons son accession au pouvoir, avant de finalement nous tourner vers les décisions de Poutine en matière de politique intérieure puis ses choix en politique extérieure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Poutine

 

 

 

I La Russie et Vladimir Poutine

           

 

 

            La Russie n’a encore jamais connu de réelle démocratie. Après avoir été dominée par des Princes, Grands-Ducs et Tsars depuis 862 après Jésus-Christ, la Russie s’est retrouvée, à la suite de la Révolution d’Octobre de 1917, fédérée à l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS).

Ce n’est que le 27 décembre 1992 que la Russie retrouva sa souveraineté totale avec la création de la Fédération de Russie par Boris Eltsine.

 

 

A Historique

 

 

            Gorbatchev est le premier des dirigeants de l’URSS, et même de la Russie, a avoir fait avancer son pays vers la démocratie, notamment grâce à la Perestroïka et à la Glasnost. Ce fut ensuite Boris Eltsine qui dirigea le pays entre 1991 et 1999, avec des avancées sur le plan démocratique malgré l’importance des élites entourant l’ancien président.

                       

1 Mikhaïl Gorbatchev

 

            Gorbatchev fut un personnage important dans l’histoire de l’URSS.

Né à Privolnoïe, dans la région de Stavropol, dans le Caucase Nord, il est issu d’une famille paysanne. Il poursuivit des études de droit à l’université d’Etat de Moscou et adhéra au Parti Communiste (PC) en 1952. De retour à Stavropol, il gravit progressivement les échelons à l’intérieur du parti régional. Grâce à une formation d’agronome, il parvint à surmonter avec succès une situation catastrophique provoquée par une sécheresse dans sa région en 1968.

Sa carrière devint alors nationale et il fut élu au Soviet suprême en 1970. Il devint ensuite le protégé de Youri Andropov, dont l’influence lui assura une place au Politburo, le bureau politique, principale instance de décision du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS), en 1980.

Lorsque Andropov accéda au poste de secrétaire du PCUS en 1982, Gorbatchev devint son second.

A la suite de la mort d’Andropov en 1984 et de Tchernenko en 1985, Gorbatchev devint secrétaire général du PCUS. Et lorsque que Andrei Gromyko se retira de la présidence de l’URSS en 1988, Gorbatchev lui succéda.

Prenant conscience des nombreuses faiblesses de son pays, Gorbatchev tenta de réformer la société soviétique entre 1985 et 1990, en lançant un ambitieux programme de restructuration pour les aspects économiques, la Perestroïka, et de transparence pour les affaires politiques et culturelles, la Glasnost.

Malgré de grandes difficultés internes sur le plan politique, économique et social, Gorbatchev a obtenu une immense popularité internationale en tant que promoteur d’un nouveau processus de paix, ce qui lui valut le prix Nobel de la paix en octobre 1990.

En 1991, l’économie soviétique s’affaiblissant, Gorbatchev dut faire face aux pressions exercées par les communistes, les réformistes ainsi que les nationalistes et les sécessionnistes exigeant l’indépendance de leurs républiques.

Le 19 août 1991 a eu lieu le coup d’Etat des conservateurs, qui fut un échec. Le PCUS fut alors interdit et Boris Eltsine ôta peu à peu tous les pouvoirs à Gorbatchev. C’est la fin de l’URSS qui se conclura par la démission de Gorbatchev, le 25 décembre 1999, après la création de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) le 21 décembre de cette même année.

            Mikhaïl Gorbatchev est ainsi entré dans l’histoire comme étant celui qui a frayé la voie de la liberté pour les peuples de l’Est. Son action politique a déclenché une véritable révolution démocratique en Russie, révolution continuée par Boris Eltsine.

 

                        2 Boris Eltsine

 

            Cet homme très puissant est né le 1er février 1931, dans une famille de paysans dans le village de Butka, situé dans la région de Sverdlovsk, dans l’Oural. Après avoir fait des études à l’Institut polytechnique, il travailla dès 1955 dans le bâtiment où il devint très rapidement contremaître.

Adhérent du PCUS depuis 1961, il entama sa véritable carrière politique en 1976, date à laquelle il devint premier secrétaire régional de Sverdlovsk.

Il entra au Comité Central du PCUS en 1981. En 1985, il devint premier secrétaire du PC de Moscou, mais en novembre 1987, après une intervention très critiquée devant le Comité Central, il est limogé de son poste de responsable du PC à Moscou, puis il perd son siège au Politburo.

En mars 1989, il devint député des élections au Soviet Suprême avec près de 90 % des voix. Elu président du parlement de Russie en juin 1990, il décida de démissionner du PCUS en juillet 1990.

Il est ensuite élu, en juin 1991, président de la Fédération de Russie au suffrage universel avec 57 % des suffrages exprimés.

Il engagea dès lors la Russie sur la voie de vastes réformes institutionnelles, sociales, politiques et économiques, libéralisant l’économie et la société russes.

Malgré l’aide économique apportée par les pays occidentaux et le soutien d’une classe d’anciens apparatchiks reconvertis dans l’économie de marché naissante, Eltsine dut faire face à de graves problèmes économiques, dont l’inflation galopante et la perte de pouvoir d’achat des classes moyennes, provoquant le mécontentement croissant de la population.

Le conflit entre le président russe et ses adversaires politiques, les ex-communistes et nationalistes nostalgiques de l’empire soviétique, s’intensifia à partir de 1992.

Son image va ensuite se ternir avec l’ordre d’assaut contre le parlement en octobre 1993, puis avec l’intervention sanglante en Tchétchénie à partir de décembre 1994, d’autant que parallèlement, les Russes croient de moins en moins à une politique qui a provoqué une chute de leur niveau de vie, une crise économique importante et n’a pas su empêcher la dégradation de l’image qu’ils ont de leur pays.

Le processus de la succession d’Eltsine a semblé commencer peu après sa réélection en 1996. Le président a en effet été absent de la scène politique durant de longues périodes pour des raisons de santé : il a subi deux opérations cardiaques à la fin de l’année 1996, et de nombreux problèmes de santé se sont succédés durant les dernières années de sa présidence, le conduisant à des hospitalisations répétées. Cela a donné de Boris Eltsine l’image d’un homme malade, guidé par des conseillers occultes très influents, ce qui donne une nouvelle force aux élites l’entourant.

            Malgré cela, Boris Eltsine reste dans les esprits comme le président qui a favorisé le passage de son pays à la démocratie, tout en s’efforçant de lui conserver son statut de grande puissance, dans un contexte marqué par une crise économique, sociale et morale révélatrice des difficultés de la transition vers l’économie de marché.

 

            Vladimir Poutine est à certains égards un dirigeant russe atypique. Il est en effet jeune, sobre et est un sportif accompli : il pratique le sambo (la lutte russe) et le judo depuis l’âge de 11 ans, joue au tennis et fait du ski. Il parle aussi couramment l’allemand et l’anglais.

De plus, il a su rapidement s’entourer de personnalités influentes, ce qui lui a permis de rentrer très tôt au KGB et de se lancer dans la politique.

 

 

 

B Vladimir Poutine

 

 

L’actuel président de la Russie a eut un parcours exceptionnel, expliquant son arrivée rapide au pouvoir et son énorme influence au sein de la population russe.

 

            1 Ses débuts

           

Vladimir Vladimirovitch Poutine est né le 7 octobre 1952 à Leningrad, l’actuelle Saint-Pétersbourg, dans une famille de travailleurs.

Le jeune Poutine a appris très jeune à se défendre, se démarquant grâce à sa personnalité ambitieuse. Il cultivera d’ailleurs la pratique des arts martiaux avant même de faire son entrée dans les services spéciaux. Il fut un brillant élève du département de droit de l’université d’Etat de Leningrad.

Il fut remarqué dans cette université par Anatoli Sobtchak, un éminent professeur de droit qui aura une grande influence sur son parcours.

En 1975, Poutine obtint son diplôme de droit, avec la mention « très bien », et entra du même coup au KGB. Il se rendit immédiatement en formation à Moscou.

Pour le KGB, l’élève Poutine est un « potentiel » promis aux plus hautes fonctions au sein de l’appareil de sécurité soviétique. Il fut affecté au Département 12 de la première Direction, chargée du renseignement extérieur.

Il travailla ainsi entre 1985 et 1990 en République Démocratique Allemande (RDA), où il fut affecté à Dresde dans une unité chargée du renseignement politique et militaire. Après le démantèlement des installations du KGB à Dresde en 1989, il revint à Leningrad en 1990.

La première direction, à laquelle Poutine appartenait, était considérée comme la « crème » du KGB. Il fallait en effet être l’un des plus brillants éléments du KGB pour être affecté aux renseignements extérieurs.

Quant au département 12, il traitait de la stratégie. Ce détail permet de savoir qu’au delà de ses compétences en droit, Vladimir Poutine est doté d’un très grand esprit de synthèse.

De plus, les questions qui sont débattues dans un tel département sont les plus secrètes que l’on puisse trouver dans un service de renseignement : traiter de la stratégie au sein d’un service de renseignement implique d’être mis au courant de toutes les informations.

            Après son retour à Leningrad, en 1990, Poutine devint adjoint aux affaires internationales du recteur de l’Université de Leningrad. Il avait alors le statut de Lieutenant Colonel « de réserve » du KGB, cette mention de « réserve » lui permettant de mieux s’immiscer dans l’économie de la Perestroïka pour en contrôler le développement et ce, de l’intérieur.

Peu après son arrivée, Anatoli Sobtchak, alors maire de Saint-Pétersbourg, l’invita à devenir conseiller aux affaires internationales du Soviet de la Ville. Il conservera son poste de juin 1991, à juillet 1996.

            Le 20 août 1991, lors du putsch de Moscou, il démissionna du KGB, afin de se consacrer à sa carrière politique.

 

2 Son ascension

 

            De 1994 à 1996, il fut premier adjoint au maire de Saint-Pétersbourg, son ancien professeur, Anatoli Sobtchak. Il assura notamment durant cette période une surveillance des relations des ministères russes avec les groupes d’intérêt et les médias.

Il démissionna en 1996, à la suite de la défaite de Sobtchak aux élections municipales, prouvant ainsi sa loyauté à l’ancien maire.

Son esprit très pragmatique et l’enseignement qu’il a reçu du KGB lui ont permis de devenir l’une des personnalités les plus influentes de la politique municipale.

En août 1996, il est nommé adjoint du directeur des affaires du président russe de l’époque, Boris Eltsine.

Dès mars 1997, il entra dans l’administration présidentielle et en devint vice-président. Poutine fut alors investi de pouvoirs étendus, comprenant la gestion des relations avec les régions.

En juillet 1998, il fut appelé à la direction du nouveau FSB (le Service Fédéral de Sécurité, qui a succédé au KGB).

Et en 1999 commença pour Poutine une fulgurante ascension qui portera cet apparatchik alors peu connu au sommet du pouvoir russe.

Vladimir Poutine aurait été d’un grand secours à Boris Eltsine en janvier 1999, lorsque la famille de ce dernier a été menacée par des enquêtes menées sur des oligarques tels que Berezovski, qui était un proche d’Eltsine, enrichi grâce à un réseau de sociétés écrans basées dans des paradis fiscaux et qui avait la mainmise sur des secteurs-clés de l’économie comme les matières premières, les médias (il contrôlait la chaîne d’Etat ORT et plusieurs titres de la presse écrite) ou les transports (la compagnie aérienne nationale Aeroflot).

Poutine aurait ainsi été l’origine de la démission du procureur général Skouratov, chargé de ces enquêtes.

            De ce fait, en avril 1999, Poutine est nommé secrétaire du Conseil national de sécurité, puis en août, il est nommé Premier ministre par Eltsine, qui a décidé d’en faire son successeur. Au début du mois de septembre, en réaction à des opérations terroristes attribuées aux Tchétchènes, mais dans lesquelles la responsabilité du FSB semble probable, Poutine ordonne la reprise des hostilités en Tchétchénie. Ce  déclenchement de la seconde guerre de Tchétchénie fait de lui l’homme politique le plus populaire de Russie.

Et suite à la démission de Boris Eltsine le 31 décembre 1999, il devint le 26 mars 2000, dès le premier tour de l’élection présidentielle anticipée, le nouveau président de la République fédérale de Russie.

 

Depuis lors, Vladimir Poutine gouverne avec un style autoritaire contrastant avec la période de désordre précédente et les avancées vers la démocratie, ce qui semble plaire à une partie de la population russe. Lilia Shevtsova, analyste de la politique russe, parle d’ailleurs d’une « autocratie démocratiquement légitimée » et d’une « démocratie du Vojd » (guide).

Poutine dirige ainsi son pays d’une manière autoritaire grâce à des mesures peu démocratiques et à la forte influence de l’élite politique.

 

 

 

II La politique intérieure de Poutine

 

 

 

Depuis le 26 mars 2000, Poutine dirige son pays d’une main de fer.

Il a en effet pris différentes mesures autoritaires, limitant les libertés individuelles et publiques. De plus, les élites jouent encore aujourd’hui un rôle très important en Russie, rappelant les régimes tsaristes.

 

 

A Des mesures autoritaires

 

           

Vladimir Poutine mène son pays vers l’autoritarisme, vers l’autocratie, notamment en prenant des mesures opposées à la liberté, en renforçant le poids de l’Etat et en opprimant les révoltes tchétchènes.

 

            1 Des mesures s’opposant aux libertés

 

Depuis son arrivée au pouvoir, Poutine a sérieusement limité certaines libertés.

Les manuels d’histoire ont notamment été corrigés. Igor Dolutski, professeur d’histoire, a publié en 2003 la dernière version de son Histoire nationale du XXe, se terminant par deux citations à confirmer ou infirmer : celle d’un journaliste assimilant le régime poutinien à une « dictature autoritaire » et celle du réformateur Grigori Iavlinski : « Un Etat policier s’est formé en Russie ». Vladimir Filippov, alors ministre de l’Education nationale, est parti en guerre contre cet ouvrage. Dolutski a alors alerté la presse, et Poutine s’est défendu en expliquant que « les manuels doivent cultiver parmi la jeunesse le sentiment de fierté nationale ». Poutine a profité de cette histoire pour réclamer une révision complète des manuels d’histoire.

Depuis son arrivée au pouvoir, Poutine fait aussi la chasse aux oligarques, accusés d’avoir bâti leurs fortunes aux dépens de l’Etat. Il nationalise en fait les secteurs clés de l’économie russe, comme le pétrole, mais aussi les médias. Il s’en est notamment pris à Mikhaïl Khodorkovsky, Boris Berezovsky et Vladimir Goussinski, ayant financés la campagne d’Eltsine ou de Poutine.

Khodorkovsky, le patron de Youkos, la plus grande compagnie pétrolière russe, est en prison depuis le 25 octobre 2003, pour escroquerie à grande échelle et évasion fiscale. Youkos a été récupérée par la compagnie pétrolière russe Rosneft, après une vente aux enchères suspecte, ce qui revient à une nationalisation de 11 % de la production pétrolière du pays. S’il y a eut tant de complications avant de nationaliser Youkos, c’était « pour éviter les poursuites en justice [au niveau international] » a déclaré Valeri Nesterov, analyste de la société d’investissement Troïka Dialog.

Et Berezovsky, qui est un mania des médias, proche d’Eltsine, contrôlait des journaux et des chaînes de télévision qui furent confisquées par le kremlin. Il est depuis 2000 en exil à Londres. La Russie essaie encore aujourd’hui d’obtenir son extradition.

De plus, si Poutine soutient la liberté d’expression, qu’il considère comme « l’une des plus importantes conquêtes de la décennie passée », que la « censure et l’interférence dans les activités des médias sont interdites par la loi » et que sans des médias libres, « la démocratie russe ne survivra pas », il semble qu’il agisse contrairement à ses idées.

Poutine a en effet directement déclaré la guerre à la seule chaîne de télévision indépendante NTV, appartenant au groupe Media-Most. Quatre jours après l’investiture du chef de l’Etat, des agents de la police fédérale accompagnés de procureurs et officiers du FSB ont perquisitionné les bureaux de Media-Most, l’empire édifié par Goussinski, magna des médias russes.

Cette affaire Media-Most s’est soldée par une trentaine de perquisitions, une demi-tonne de documents saisis, Goussinski en résidence surveillée en Espagne, le directeur financier de Madia-Most en prison, les comptes de NTV bloqués, des journalistes soumis à des interrogatoires, la reprise par Gazprom du groupe Media-Most et la nationalisation de NTV.

Le 18 avril 2001, la Haute Cour de justice espagnole a rejeté la demande d’extradition de Goussinski, qui a  déclaré le jour même : « la décision des juges espagnols met un point final aux inventions des forces de l’ordre de la Russie. Le parquet général russe a malheureusement porté un préjudice énorme à la réputation de notre pays. Il devient flagrant, qu’en plus des médias indépendants, c’est l’indépendance de la justice qui est vouée à la destruction ».

            Poutine a aussi promulgué en septembre 2000 la « doctrine sur la sécurité de l’information », préconisant le renforcement des médias publics. Il faut dire que Poutine tient « les médias pour ses ressources stratégiques personnelles, aussi décisives que le pétrole et le gaz », explique Alexeï Venediktov, rédacteur en chef d’Echo de Moscou.

            Le 25 octobre 2002, le ministère russe de l’Information a ordonné la fermeture de la chaîne de télévision régionale Moskovia pour « violation de la loi antiterroriste et de la loi sur l’information ». Il a également menacé de fermer le site Internet de la radio d’opposition Echo de Moscou pour avoir diffusé une interview des preneurs d’otages tchétchènes lors de la prise d’environ 700 otages au théâtre de Moscou, le 24 octobre 2002. Le texte ayant été retiré du site, la menace n’a pas été mise à exécution.

Reporters Sans Frontières s’inquiète de cette multiplication des entraves à la liberté de presse en Russie, notamment par rapport à la couverture médiatique de la question tchétchène.

En effet, Poutine qui a basé sa campagne électorale de 2000 sur le conflit tchétchène, réprime tout particulièrement les médias s’intéressant au conflit tchétchène.

 

2 Le conflit russo-tchétchène (cf ANNEXE 2)

           

Vladimir Poutine a notamment été élu le 26 mars 2000 grâce à son attitude en Tchétchénie, déclarant qu’il irait « buter les tchétchènes jusque dans leurs chiottes » lors de sa campagne en 1999.

Le conflit russo-tchétchène date de 1785, date à laquelle le Cheikh Mansour a commandé la guerre de résistance  à la colonisation qui dura jusqu’en 1791.

Les « guerres du Caucase » ont commencé dès 1818. Et en 1859, la Tchétchénie est annexée à la Russie.

Le 1e novembre 1991, le président tchétchène Djokhar Douaev a déclaré l’indépendance. Moscou, jugeant cette proclamation illégale, impose l’état d’urgence le 8 novembre.

En 1992, les tchétchènes refusent de signer le traité de la Fédération de Russie et la Russie retire ses troupes des bases en Tchétchénie. Puis en avril 1993, Douadev dissout le Parlement tchétchène et refuse la participation de la Tchétchénie aux présidentielles russes ainsi qu’au référendum sur la nouvelle Constitution.

L’opposition, appuyée par le pouvoir russe, tenta un coup de force contre le président en novembre 1994. Ce fut un échec et les troupes russes réagirent le 11 décembre 1994 en entrant en Tchétchénie, et dès le 19 janvier 1995, les palais présidentiel est occupé par les russes.

Après de nombreux bombardements et prises d’otages, les troupes russes finissent par quitter totalement la Tchétchénie (le 5 janvier 1997), Maskhadov est élu président et un accord de paix est signé le 12 mai avec Moscou.

Mais en septembre 1999, les combats reprennent sous prétexte des nombreux attentats perpétrés par le pouvoir en place. La charia introduite sous la pression des islamistes en 1999 semble être l’une des causes de cette reprise des combats.

Kadyrova, ex-rebelle qui s’est retourné vers Poutine en 1999, a été placé en juin 2000 sur décision de Poutine à la tête de l’administration pro-russe. Kadyrov était devenu l’alibi permettant au Kremlin d’affirmer qu’il n’y a plus de guerre en Tchétchénie, seulement des affrontements entre tchétchènes.

En contrepartie, le Kremlin et Poutine le laissaient agir à sa guise : il disposait notamment d’une milice de plusieurs milliers d’hommes, dirigée par son fils Ramzan, procédant à de nombreuses rafles.

Le 5 octobre 2003 ont eut lieu des élections présidentielles en Tchétchénie, une véritable mise en scène dans cette zone de non-droit. Kadyrov y a bien sûr été élu, mais il a été assassiné le 9 mai 2004 lors d’un attentat rebelle à Grozny.

Le nouveau président, Alou Alkhanov, candidat du Kremlin, a été élu le 29 août 2004 grâce à des pressions fortes exercées sur les électeurs et après l’écartement du seul candidat crédible Malik Saïdullaev. Il poursuit aujourd’hui la politique de son prédécesseur.

De plus, Médecins Sans Frontières met en cause les services russes dans des enlèvements : l’organisation humanitaire suspecte notamment le FSB d’avoir enlevé l’un de ses volontaires, Arjan Arkel, en août 2003 au Daghestan (libéré en 2004).

 

Les dirigeants russes, l’Etat et les élites, ont en effet une très forte influence sur la population russe, menant le pays comme ils l’entendent, d’une manière autoritaire.

 

 

B L’Etat et ses dirigeants

 

 

La nationalisation des secteurs clés de l’économie russe ainsi que le musellement des médias prouvent le renforcement du poids de l’Etat dans la société russe. De plus, l’augmentation des pouvoirs de la Douma, et du FSB aujourd’hui intégré à la société, développe encore ce sentiment. Et la lutte anti-terroriste a également permis à Poutine de renforcer le pouvoir du Kremlin.

 

1 Le poids de l’Etat

 

            Il apparaît clairement que Poutine cherche à concentrer tous les pouvoirs entre les mains du Kremlin. Le fait que l’Etat contrôle les médias, chasse les oligarques afin de contrôler l’économie russe et corrige les manuels scolaires montre que Poutine augmente bel et bien le pouvoir de l’Etat, son poids dans la vie quotidienne des russes. De plus, les élections truquées sont bien évidemment organisées par le Kremlin.

            Poutine utilise d’ailleurs la lutte contre le terrorisme pour accroître les pouvoirs de l’Etat.

A la suite de la prise d’otage de Beslan, Poutine a décidé de relancer la concentration et la « verticale » du pouvoir en Russie.

Dix jours après le dénouement sanglant de la prise d’otages à Beslan, en Ossétie du Nord, avec 370 morts, Poutine a annoncé, le 13 septembre 2004, une réforme des institutions destinées à renforcer son emprise sur les régions : les dirigeants des Républiques et régions composant la fédération de Russie ne seront plus élus au suffrage universel direct mais par les parlements locaux, sur proposition du chef de l’Etat. De plus, les députés de la Douma sont désormais tous désignés au scrutin proportionnel, éliminant ainsi les petits partis.

Les médias russes indépendants ont, sitôt la réforme annoncée, dénoncé un « coup d’Etat » ; Vladimir Ryjkov, député indépendant à la Douma, a d’ailleurs résumé cela en expliquant que « ces propositions n’ont rien  voir avec la sécurité de la population ni avec la lutte contre le terrorisme. Imaginez Georges Bush proposant, après le 11 septembre 2001, de ne plus élire les gouverneurs des Etats mais de les nommer de Washington pour faciliter l’arrestation de Ben Laden ! ». Un autre député, Konstantin Zatouline, a été encore plus cinglant : « même sous Staline, tous les députés étaient élus […] Cette réforme marque un retour à l’époque tsariste ».

            Ensuite, depuis que Poutine est arrivé au Kremlin, le ministre des Finances, Alexeï Koudrine a reconnu que « le budget du FSB a été multiplié par 3, celui de l’Intérieur par 2,5 », augmentant ainsi l’influence de cet organe au sein de la société russe.

La défense n’est pas pour autant oubliée : le complexe militaro-industriel bénéficie à nouveau des commandes d’Etat.

Poutine a créé, au cours de l’été 2004, 12 groupes de coordination pour la lutte antiterroriste. Le journaliste et spécialiste des services de sécurité Andreï Soldatov a aussi appris que « l’un des chefs de ces formations avait acheté son poste pour 50000 dollars », montrant ainsi la corruption toujours présente au sein des organes dirigeants.

En juillet 2004, Poutine a ordonné au FSB de préparer sa réforme. Nikolaï Patrouchev, à la tête de l’agence depuis 1999, homme de confiance de Poutine, y perd quelques adjoints mais étend ses pouvoirs et l’ampleur de l’appareil qu’il commande. Il apparaît alors un Département pour la protection du système constitutionnel et la lutte contre le terrorisme, doté d’une sous-division de « contrôle du terrorisme international ».

            Tout ce système est encore contrôlé par des élites ; la vie politique russe est toujours administrée par une minorité de privilégiés, des proches de l’actuel président, rappelant la présidence de Boris Eltsine ou la période soviétique.

 

 

 

2 Les élites au pouvoir

 

            Pour mener à bien ses projets et ambitions, Poutine a bien évidemment dû s’entourer des bonnes personnes, des hommes influents proches du pouvoir ou même y appartenant.

Le fait que Poutine s’attaque aux oligarques, anciens soutiens de la « Famille », le clan Eltsine, montre la rupture avec l’ancien système en place, celui de Boris Eltsine.

La question du pouvoir a toujours été centrale pour le système communiste et Poutine reste enfermé dans cette logique « verticale », la « verticale du pouvoir ».

En renvoyant en février 2004 Mikhaïl Kassianov, le prédécesseur de Mikhaïl Fradkov au poste de Premier ministre, l’un des derniers vestiges de l’ère Eltsine, Poutine a définitivement coupé les ponts avec la « Famille » qui l’a pourtant propulsé au sommet de l’Etat.

Libéré d’un côté, il doit néanmoins compter avec les Siloviki, « hommes de la force », qui sont des bureaucrates issus des services secrets, de l’armée ou du ministère de l’Intérieur, ayant grâce à Poutine, investi en force l’appareil d’Etat.

Vladimir Chlapentokh, sociologue, déclare ainsi « Poutine a surpassé ses icônes, Staline et Andropov. A l’époque soviétique, jamais le KGB et l’armée n’ont joué un rôle aussi considérable dans la gestion de la société ».

Dimitri Orechkine, directeur du centre de recherche Mercator, pense d’ailleurs que « [la Russie n’est pas sortie] des structures soviétiques. A l’époque, le complexe militaro-industriel, qui disposait des plus grands privilèges ne produisait rien mais dépensait. Avec la perestroïka est apparue une autre élite, guère plus plaisante, qui allait bientôt amasser des fortunes, grâce à la production des hydrocarbures. Sous Poutine, on a vu se former un nouveau groupe qui ne produit rien mais veut dépenser : à cette fin, il cherche à contrôler le pouvoir, qui permet l’accès aux richesses accumulées ».

Orechkine explique aussi que « si Poutine ne vire pas les Siloviki, personne n’en viendra à bout après lui. Et derrière eux, se profilent des idéologues qui représentent un vrai danger ».

Effectivement, une récente étude indique que près de 60 % des personnes entourant Poutine et près d’un tiers des hauts fonctionnaires sont des Siloviki.           

            Poutine a néanmoins su développer un groupe concurrent à celui des « Siloviki » en nommant au sein de l’administration présidentielle des hommes de Saint-Pétersbourg, surnommé le « groupe de Petersbourg », marquée par l’arrivée de Dmitry Medvedv à la tête de l’administration présidentielle. En effet, Medvev comme le « groupe de Petersbourg » n’ont jamais fait partie de le « Famille » d’Eltsine ni du clan des Siloviki : ce sont de jeunes juristes, amis avec Poutine depuis l’université de droit.

 

            Si Poutine est très influent au sein même de son territoire, il est aussi très important au niveau international, d’où ses relations ambiguës avec ses voisins, les Républiques l’entourant, mais aussi avec les grandes puissances mondiales.

 

 

 

III La Russie de Poutine dans le monde

           

 

 

            La Russie est une grande puissance ; elle appartient notamment au G8, grâce à la ratification du protocole de Kyoto par Poutine, il va enfin pouvoir être mis en vigueur, et elle devrait adhérer à l’OMC au cours de cette année.

Elle est ainsi un partenaire indispensable pour les grandes puissances comme pour ses voisins.

 

 

 

A Au niveau régional

                       

 

            Le Caucase est la Russie sont depuis longtemps des partenaires privilégiés, liens accrus durant l’ère soviétique.

Aujourd’hui encore, le Caucase intéresse beaucoup la Russie pour quatre raisons principales :  l’accès à la mer, les frontières géographiques, la religion ainsi que divers facteurs économiques.

 

1 Une certaine réconciliation

           

            Depuis son arrivée au Pouvoir, Poutine a organisé une certaine réconciliation avec les anciens membres de l’URSS.

Poutine multiplie en effet les voyages diplomatiques en Asie centrale. Il s’est notamment rendu, en décembre 2000, en Azerbaïdjan alors qu’aucun leader russe ne s’y était rendu depuis la fin de l’URSS. Il faut néanmoins dire que l’Asie centrale est région riche en gaz naturel et pétrole.

            Le président russe renforce aussi ses alliances avec les pays du Caucase

La Communauté des Etats Indépendants (CEI) compte aujourd’hui 12 pays répartis, outre la Russie, dans trois groupes : les pays « occidentaux » (la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie), les pays du Caucase (l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie) et les Etats d’Asie centrale (le Turkménistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kirghizstan). La CEI est ainsi une organisation peu structurée et  peu contraignante. Mais à travers les réunions et les sommets de chefs d’Etat, elle offre un cadre au règlement de certaines question bilatérales tout en permettant à la Russie de faire valoir ses priorités.

Le 18 février 2005, lors d’une réunion de la Commission sur la coopération technico-militaire, Poutine a expliqué que la coopération avec les pays-membres de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC : Fédération de Russie, Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizie et Tadjikistan) restait incontestablement prioritaire pour la Russie.

La Communauté Economique Eurasienne, qui a été créée en 1995 et rebaptisée CEEA en 2000 avec la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan, dont l’objectif de cette alliance est de libéraliser les échanges entre les Etats partenaires grâce à une union douanière.

            Les relations entre la Biélorussie de Loukachen-Ko (un nostalgique de la période soviétique) et la Russie constituent une exception : les deux pays ont créé en 1996 une communauté devenue « Union russo-biélorusse » en 1997. Cette déclaration de fusion dans un Eta unique est formelle et se traduit essentiellement par l’instauration par Moscou d’un protectorat militaire. L’intégration économique est en revanche peu poussée, compte tenu du maintien par Minsk des structures économiques héritées de l’URSS. A la suite des changements politiques intervenus en Moldavie en 2001, les autorités ont exprimé le souhait de rejoindre l’Union russo-biélorusse.

            De plus, Poutine a remis au goût du jour en 2001 l’hymne stalinien. Cela, ajouté à la remilitarisation de la société, à l’augmentation de l’influence du Kremlin, à un pouvoir central extrêmement puissant, à un renforcement des alliances avec les anciens pays soviétiques, à l’émission commune de monnaie, rappelle bien évidemment l’URSS. Poutine cherche-t-il à mettre en place une sorte de nouvel URSS ?

Néanmoins, certains anciens pays soviétiques ne sont pas vraiment nostalgique de l’ère soviétique et cherchent à s’affranchir de la Russie.

 

2 Mais de nombreux désaccords

 

            La Russie est encore très influente, mais certains pays cherchent à s’émanciper. Cela est particulièrement visible dans deux pays de l’ex-URSS : la Géorgie et l’Ukraine.

            Trois ans après le démantèlement de l’Union Soviétique, la Géorgie déclarait son indépendance et désignait Edouard Chevardnaze comme le premier dirigeant du pays : ancien ministre des affaires extérieures, il devait contribuer à éviter un bain de sang lors de l’éclatement de la super-puissance. Il a su jouer avec les Etats-Unis et la Russie : la Géorgie est en effet l’un des rares pays à avoir des bases russes et américaines sur son territoire.

Devenu président de la Géorgie, il s’est littéralement installé au pouvoir comme si le pays lui appartenait, est devenu un chef de clan tolérant la corruption. Il a dilapidé les milliards de dollars d’assistance financière américaine et laissé à leur sort les quatre millions chômeurs ou travailleurs pauvres. Finalement, le trucage des élections législatives du 2 novembre 2003 a été la goutte qui a fait déborder le vase.

La « Révolution de Velours », qui a renversé Chevardnaze, a sonné comme le réel déclin de l’influence Russe en Géorgie.

Les médias ont alors parlé de mouvements spontanés, inattendus. En réalité, l’oppositions e développait depuis plusieurs années : Chevardnaze a ainsi dû faire face à un mouvement structuré dirigé par Mikhaïl Saakachvili, facilité en sous-main par des intérêts économiques occidentaux.

En janvier 2004, le réformateur Mikhaïl Saakachvili est devenu président de la Géorgie. Saakachvili est aussi connu pour ses positions pro-occidentales : deux des buts de cette révolution était d’ailleurs de devenir membre de la famille européenne et de l’OTAN.

Mais cette attirance pour l’ouest rencontre néanmoins une réalité économique : les pays du Caucase ont besoin des aides russes, les aides occidentales étant trop faibles. De plus, Moscou a encore un réel pouvoir dans les pays caucasiens : l’énergie. Sous Chavardnaze, Gazprom a obtenu un contrat de 10 ans pour s’assurer la distribution de gaz. Et pour l’électricité, la Géorgie est passée sous la commande du RAO, le géant Russe.

Si la Géorgie craint la Russie et veut s’émanciper, elle ne peut néanmoins pas se passer d’elle.

            Léonid Koutchma a été président de l’Ukraine pendant 10 ans, lors de deux mandats, de 1994 à 2004. Il a été membre du PCUS de 1960 à 1991, il est donc un allié de la Russie et a ainsi suivi une politique pro-russe.

A la fin de 2004, Koutchma a décidé de quitter son poste a cause de divers scandales et de nouvelles élections ont donc été organisées. Mais ces élections ont été truquées afin de favoriser l’élection du poulain de Koutchma, la candidat pro-russe Victor Ianoukovitch.

Mais l’opposition s’est mobilisée, les médias ont d’abord dit, comme lors de la Révolution géorgienne, qu’elle était spontanée. En effet, s’il n’y a pas eu de bains de sang, c’est parce que les services secrets, en contact avec le chef de l’opposition Victor Iouchtchenko, ont fair échouer la répression policière. La résistance était en effet organisée depuis quelques années, se préparant à ces élections truquées pour pouvoir investir massivement les rues ukrainiennes, et notamment celles de Kiev.

Le 10 janvier, suite au troisième tour des élections présidentielles, le candidat pro-occidental, Iouchtchenko, a finalement été élu. Il a réservé sa première sortie de chef d’Eta, le 24 janvier, à la Russie, l’alliée « stratégique éternelle », avant d’engager une tournée européenne.

 

            Si la Russie est encore très influente auprès de ses voisins, elle perd un peu de ce pouvoir face aux occidentaux, et notamment aux européens. Elle reste malgré tout un partenaire très important pour les anciens pays soviétiques comme pour les Etats-Unis ou l’Europe.

 

 

B Au niveau international

                       

 

            Il reste néanmoins beaucoup de sujets de mésententes entre les Etats-Unis ou l’Union Européenne et la Russie. Malgré cela, ils restent des partenaires économiques.

 

1 Des désaccords théoriques…

                       

            Les Droits de l’Homme, la liberté et la justice, ainsi que le recul de la transparence et de la démocratie, sont au cœur de la mésentente entre les puissances occidentales et la Russie.

En effet, le poulain d’Eltsine ne semble pas mener son pays vers la démocratie, du moins une démocratie au sens occidental du terme.

            Les relations entre les Etats-Unis et la Russie sont étranges : elles sont une sorte de peur réciproque, notamment au niveau des accords économiques.

Les désaccords russo-américains ont deux sources principales : la guerre en Irak et la démocratie.

En effet Moscou s’est déclaré contre la guerre en Irak. Mais si Poutine n’était pas réellement dérangé par cette invasion, le possible conflit en Iran pourrait être source de problème : la Russie a en effet de nombreux intérêts dans ce pays comme le pétrole ou l’accès à l’océan indien.

De plus, la Russie n’a pas apprécié l’ingérence des démocrates comme Carter et Clinton dans sa démocratie ou pour les Droits de l’Homme. Mais elle n’accepte pas non plus le fait que Bush souhaite une balance équitable entre les trois pouvoirs, ni qu’il critique le pouvoir central ou l’influence du Kremlin.

            Les relations entre l’Europe et la Russie ont extrêmement changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : après avoir été alliées, elles sont devenues ennemies et sont maintenant plus ou moins amies.

L’Europe critique pourtant la Russie, notamment par rapport à l’attitude de Poutine vis-à-vis des tchétchènes, même si dans les faits, l’Europe n’agit pas vraiment, laisse faire et se contente de brefs rappels à l’ordre.

Par contre, l’ajournement du sommet de La  Haye prévu le 25 novembre 2004 par Poutine a mis en évidence les conflits russo-européens. Poutine souhaitait en effet rencontrer la nouvelle commission européenne du conservateur Rocco Buttiglione ainsi que pour mettre en évidence des problèmes habituels comme l’action de l’OTAN dans le Caucase (notamment en Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan), les critiques européennes de la démocratie russe, les prix de l’énergie, Kaliningrad que la Russie souhaite récupérer. Cela a aussi montré de nouveaux désaccords : les réformes politiques de Poutine, son soutien à la ré-élection de Bush, ses tactiques anti-terroristes et l’adhésion des Etats baltes à l’UE. Ce sommet s’est finalement soldé par une principale tension : la transparence des élections ukrainiennes.

            Si les puissances occidentales ont des sujets conflictuels avec la Russie, ils restent néanmoins des partenaires stratégiques, au niveau économique, mais aussi au niveau de la guerre anti-terroriste.

 

2 …Pas réellement empiriques

 

            En effet, les Etats-Unis et l’UE critiquent tous les deux la démocratie et la transparence russes. Ils restent néanmoins alliés, n’osant pas critiquer trop fort le président russe.

            L’entente russo-américaine se fait principalement à deux niveau : au niveau économique et au niveau du terrorisme.

Il existe en effet une coopération au niveau de l’énergie. En avril 2002, le monistre des affaires étrangères, Igor Ivanov, avait formulé la fameuse « diplomatie du pétrole » ; un accord a ainsi été signé en mai 2002 entre les deux puissances pour acheminer le pétrole de Mourmansk vers Les Etats-Unis.

Il y a aussi eu entre ces deux pays un accord pour la levée de la limitation des livraisons de hautes-technologies en Russie, dont le but est le développement des liens bilatéraux.

Le 24 mai 2002, à Moscou, Bush et Poutine ont signé le Traité de désarmement nucléaire, rendant ainsi caduc le Traité Start II du 3 janvier 1993. Ce traité engagé les deux Etats à réduire de deux-tiers leur arsenal d’armes nucléaires stratégiques.

De plus, les Etats-Unis soutiennent l’adhésion de la Russie à l’OMC car cela renforcerait leurs liens économiques.

Au niveau du terrorisme, Poutine a été le premier à soutenir Bush après les attentats du 11 Septembre et a aussi lancé la bataille contre le terrorisme. Poutine a aussi souhaité la réélection de Bush car il pense que le but des terroristes était d’empêcher la réélection de Bush, le seul à être véritablement capable de lutter contre le fléau terroriste.

Après les attentats de Beslan, Bush a encouragé l’attitude de Poutine, sa gestion musclée de la prise d’otage.

            L’UE et la Russie sont aussi liées par différents accords.

Lors du 8e sommet UE-Russie, qui s’est tenu à Bruxelles le 3 octobre 2001, les participants ont décidé de crée un groupe de travail qui se réunira deux fois par a et aura pour mission d’élaborer un concept destiné à promouvoir des relations économiques plus étroites entre les deux partenaires.

Il existe notamment des accords au niveau de l’économie, de la recherche et de l’éducation, signés lors du sommet UE-Russie de Saint-Pétersbourg, le 31 mai 2003. Ces accords ont mis en place un espace russo-européen commun dans les domaines de l’économie de la justice, des affaires intérieures, de la sécurité extérieure, de la recherche et de l’éducation.

Le sommet de Moscou du 21 mai 2004 a confirmé les décisions prises lors du dernier sommet. Ce sommet a également permis la conclusion des négociations pour l’adhésion de la Russie à l’OTAN et l’ouverture de la ratification du protocole de Kyoto.

De plus, les européens restent relativement indulgents par rapport à l’attitude de Poutine vis-à-vis de la démocratie et des droits de l’Homme, notamment après la tragédie de Beslan. Anne de Tinguy, experte au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (CERI) explique d’ailleurs que « l’idée des européens est qu’il ne faut rien faire qui puisse déstabiliser la Russie. Boris Eltsine était perçu comme lé garant du processus de démocratisation. Avec Poutine, l’accent est davantage sur le réalisme : la Russie fait partie de l’Europe, il faut l’y arrimer d’une façon ou d’une autre sans pour autant l’intégrer à l’UE, car alors, l’UE disparaîtrait. La faiblesse de cette position est que l’on ne fait aucune critique, pas plus sur la Tchétchénie que sur le muselage de la presse ou les dérives autoritaires du régime ».

 

 

 

 

 

 

            Vladimir Poutine a donc réussi grâce à un parcours exceptionnel et à des alliés sur qui s’appuyer à conquérir la population russe. Car si en effet les élections présidentielles sont truquées, il n’en demeure pas moins que Poutine a l’appui de la majorité du peuple russe.

Malgré ce soutien populaire, Poutine éloigne peu à peu son pays de la démocratie, malgré les avancées faites grâce à Gorbatchev puis à Eltsine. En effet, l’Etat est de plus en plus présent dans la société, l’économie est contrôlée tout comme les médias.

Les grandes puissances restent néanmoins relativement liées avec le régime poutininen, étant donné que la Russie reste, malgré tout, une grande puissance.

Jacques Lesourne, polytechnicien, ancien directeur du monde, met d’ailleurs à part, entre les démocraties authentiques et les Etats autoritaires, une catégorie qu’il nomme les « démocraties grises ». Il s’agit de pays où en dépit de l’instauration de procédures démocratiques, les conditions d’existence durable d’une réelle démocratie ne sont pas vraiment réunies. Lesourne considère que la Russie appartient à cette catégorie.

Les Echos se sont demandés s’il fallait parler de démocratie « gris clair » ou « gris-noir ».

On peut en effet penser que la démocratie russe traverse simplement une crise de croissance, avec les difficultés causées par la passage d’un Etat totalitaire à une démocratie, ce qui explique la démocratie « gris clair ».

Mais il n’est pas non plus à exclure que la Russie vire vers le « gris-noir » depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir.