Introduction

 

 

 

Le Football est incontestablement le sport le plus connu et le plus pratiqué à travers le monde. De ce fait, sa portée dépasse largement le cadre strictement sportif et s’étend jusqu’aux  sphères économiques, sociales voire même politiques de notre société. En effet, qui n’a pas en mémoire la fameuse épopée des « Verts » de Saint-Étienne dans les années 70 qui, en plus de rendre leur fierté aux mineurs du Forez, a réussi à redonner de l’espoir à une France relativement moribonde au sortir de la période des « Trente Glorieuses ». Plus récemment, c’est la victoire des « Bleus » d’Aimé Jacquet en finale de la Coupe du Monde 1998 qui a généré une sorte de frénésie populaire, de cohésion nationale, qui a touché aussi bien les initiés que les novices. Cet événement fut d’ailleurs une véritable aubaine pour les politiques qui ont trouvé là un terrain propice pour mettre en avant les politiques d’intégration françaises en réutilisant l’image de la France « Black-Blanc-Beur » qui gagne. Ces deux événements reflètent bien la ferveur et l’engouement que peut générer ce sport mais il ne faut cependant pas oublier l’essor économique impressionnant qu’a connu le milieu du football ces vingt dernières années. En effet, même s’il y a longtemps que le football est devenu un sport incontournable et très médiatisé, il faut attendre le milieu des années 80 pour que les joueurs de haut niveau deviennent tous des professionnels et que les clubs passent d’une structure relativement familiale à un modèle de gestion similaire à celui des grandes entreprises. Le meilleur exemple en France est celui de l’Olympique Lyonnais. Le président de ce club, Jean-Michel Aulas, a réussi, depuis sa prise de fonction en 1987, a réussi à mettre sur pied une véritable entreprise qui, tant sur le terrain (3 Titres de champion de France ces trois dernières années) qu’en dehors, a réussi à s’imposer comme la référence du football français. En effet, si l’on élude un peu la partie sportive, on peut remarquer que ce club est devenu une véritable machine à vendre puisqu’il a développé tout un merchandising autour du football, qui va de la vente de produits dérivés (maillots, écharpes…) à la création de salons de coiffures, d’auto-écoles ou de restaurants tous estampillés Olympique Lyonnais. Bien entendu, cet aspect purement mercantiliste n’est rien si le club n’obtient pas des résultats sportifs équivalents à sa réussite commerciale. La conquête de titres reste donc la principale préoccupation des grosses cylindrées européennes. Dans cette optique, chaque club tente de se doter du meilleur effectif possible. Pour cela, il va non seulement piocher dans son vivier personnel : le centre de formation ; mais aussi tenter d’attirer dans ses filets les plus grands joueurs de la planète. Cependant, ces deux pratiques restent très coûteuses puisque la formation d’un jeune est longue, contraignante et surtout incertaine et que l’achat d’un grand joueur peut se négocier à des prix exorbitants (Souvenons- nous du cas de Zinedine Zidane qui reste le plus gros transfert de l’histoire du football avec 75 millions d’euros). Les grands clubs vont donc tenter de trouver de nouveaux moyens pour disposer d’un effectif compétitif à un coût moindre. Une porte s’est entrouverte pour eux en 1995 avec l’arrêt Bosman. En effet, depuis l’arrêt Bosman du 15 décembre 1995, un club de l’Union Européenne peut aligner autant de joueurs communautaires qu’il le souhaite en vertu de la libre circulation des travailleurs. Seuls les non-ressortissants européens sont encore soumis à des quotas. Ainsi en France il ne peut y avoir que trois joueurs extra-commuanataires au sein d’un effectif professionnel. Cependant, cette directive à ouvert des possibilités pour les joueurs extra-communautaires puisqu’ils ne subissent plus la concurrence directe des ressortissants européens et leur nombre a donc considérablement augmenté ces dernières années. Dès lors, l’aire de recrutement s’est élargi d’une manière considérable et les grands clubs disposent d’une multitude de recruteurs à travers le monde dont le rôle est de trouver la perle rare. C’est ainsi que ce sont de plus en plus des joueurs jeunes voire très jeunes qui deviennent la cible des recruteurs.

Ce phénomène est particulièrement visible en Afrique qui est devenu un véritable eldorado pour les recruteurs en tout genre. En effet, ils disposent là-bas d’un vivier incomparable alliant les qualités intrinsèques des Africains, le prix très faible des transferts et le laxisme des autorités locales en matière de protection des mineurs. C’est ainsi que de nombreux joueurs africains, tels Drogba ou Eto’o, ont pu connaître une brillante carrière en Europe après avoir fait leurs gammes sur les terrains poussiéreux d’Afrique et s’être fait repérer par un émissaire d’un grand club européen. Cependant, tous ces jeunes africains ne connaîtront pas un destin aussi doré. En effet, cette pratique a aussi engendré de nombreuses dérives orchestrées par des agents véreux, couvert par des grosses écuries européennes, indifférents au sort de centaines de jeunes africains livrés à eux-mêmes une fois arrivés en Europe. Ces jeunes- là constituent en fait la partie immergée de l’iceberg dans le sens où leur sort reste totalement occulté par la réussite de quelques éléments. Mais pour un jeune qui va réussir, combien vont échouer et se retrouver dans un anonymat le plus complet à des milliers de kilomètres de chez eux ?

On voit donc que le fils transplanté d'Afrique, jusque-là symbolisé par Kunta Kinte, héros de Racines, roman de la Traite des Noirs, paraît bien avoir été ensuite au 20ème siècle l’ouvrier et le balayeur des rues de l'Europe et enfin actuellement le sportif recherché pour qualités physiques et son prix bon marché.

L’intensification du recrutement de joueurs « bon marché » en Afrique est étroitement liée à la mise en place de réseaux de recrutement dans ces pays. Les filières créées sont animées par la volonté de tirer profit du différentiel économique existant entre l’Europe et l’Afrique. Dans cette logique spéculative, les joueurs africains, transférés généralement très jeunes, sont conduits à circuler entre différents clubs européens et, au cas où ils ne répondraient pas aux attentes, finissent par disparaître de la circulation et tomber dans la clandestinité. Le rêve migratoire de ces jeunes peut ainsi se transformer en un véritable cauchemar.

           

Nous pouvons donc nous demander comment et pourquoi de jeunes africains font l’objet d’un véritable trafic dans les clubs professionnels européens et comment y remédier ?

 

Tout d’abord, afin de mieux comprendre la situation, nous étudierons le parcours d’un jeune africain parti d’Afrique pour tenter sa chance en Europe.

Ensuite, nous essaierons de voir en détail qui sont les bénéficiaires de ce trafic.

Enfin, nous verrons qu’il existe malgré tout une lutte contre ce trafic mais que son impact est atténué par la faiblesse des instances internationales.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


I. Le parcours « classique » d’un jeune africain

 

Avant d’analyser les acteurs principaux et les remèdes pouvant exister face à ce trafic, nous devons essayer d’étudier quelle va être la démarche, le parcours d’un jeune africain qui va partir de son pays pour tenter sa chance en Europe. Pour cela, nous allons utiliser divers témoignages et notamment celui de Boris Ngouo, camerounais arrivé à l’âge de 16 ans en Europe et qui va essayer, grâce à son livre « Terrain Miné, Football : la Foire aux illusions », de sensibiliser les jeunes sur les travers du foot-business en s’appuyant sur sa propre expérience.

 

A. Pourquoi les jeunes sont amenés à rêver de devenir professionnel ?

 

Nous allons ici étudier le contexte économique et social qui est celui de l’Afrique de l’Ouest afin de mieux comprendre ce qui pousse les jeunes à accepter de partir en Europe.

 

1. Une situation précaire en Afrique de l’Ouest

 

Pour commencer, il est nécessaire de voir quelle est la situation économique et sociale dans ces pays d’Afrique de l’Ouest. Pour cela, nous pouvons nous appuyer sur divers critères économiques et sociaux tels que le l’Indice de Développement Humain, le Produit Intérieur Brut par habitant et le taux d’alphabétisation.

 

Pays / Indicateurs

Population

(en million)

Classement IDH

PIB par habitant (en $)

Taux d’alphabétisation

Bénin

6.2

158

360

40%

Burkina Faso

11.8

160

330

27%

Côte d’ivoire

16

156

660

50%

Ghana

19.5

129

350

75%

Guinée

7.5

159

450

36%

Mali

10

164

240

46%

Nigeria

127

148

260

68%

Senegal

9.4

154

500

32%

Togo

4.6

141

300

61%

Cameroun

16

127

650

80%

 

Pour bien se rendre compte de la situation, nous pouvons comparer ces résultats avec ceux de pays européens qui sont les principales destinations des jeunes footballeurs africains :

 

Pays / Indicateurs

Population

(en million)

Classement IDH

PIB par habitant (en $)

Taux d’alphabétisation

Allemagne

82

17

27600

99%

Belgique

10

4

29000

98%

France

60

12

27500

99%

Italie

58

20

26800

98.6%

 

 

Sources : site Internet www.indexmundi.com

 

Comme on peut le voir sur ce tableau, la situation économique et sociale en Afrique de l’Ouest est assez difficile. Ces pays, même s’ils ne sont pas les plus pauvres d’Afrique, restent tout de même très en retard et la population vie dans des conditions relativement  précaires. On peut voir, grâce aux indicateurs IDH (indicateur qui se fonde sur des critères variés tels l’accès à l’eau potable, le niveau d’éducation ou le nombre de médecins) que le niveau de vie y est relativement bas. En effet, ces pays sont relégués entre les 120ème et 160ème places alors que les pays européens cités se situent tous dans les 20 premières places. De plus, le revenu brut par habitant y est très faible puisqu’il se situe dans la fourchette 350-650$ ce qui est excessivement faible par rapport aux pays européens. Enfin, mis à part certaines exceptions (Cameroun, Nigeria, Togo) le taux d’alphabétisation ne dépasse que très rarement les 50% ce qui constitue un réel handicap pour la jeunesse qui n’a que peu de chances de sortir de la misère et est donc condamnée à la pauvreté.

 

 

2. Devenir star, l’obsession

 

 

A la vue de ces conditions sociales et économiques difficiles pour la population, on peut trouver des pistes de réflexion pour expliquer dans quel état d’esprit se trouvent les jeunes africains et ce qui les pousse à céder aux sirènes des recruteurs européens. Ils rêvent d’une vie meilleure, d’argent, de reconnaissance. A l’instar de ce que raconte Boris Ngouo dans son livre, ils rêvent d’un eldorado où ils deviendraient de grands joueurs de football, riches et célèbres En Afrique, beaucoup d’enfants délaissent les bancs de l'école pour les écoles

 de football. Ils espèrent ainsi se faire une place au firmament du sport-roi. Les images télévisuelles présentant les exploits des Drogba, Eto’o, Basile Boli, Kanu, Okocha ou Mboma, font rêver tous les enfants africains. Pour eux, l’idéal serait de suivre cette voie et pouvoir un jour jouer en Europe. A ce sujet, Boris Ngouo écrit dans son livre : « Les Africains sont persuadés que le ballon est le moyen le plus sûr et le plus rapide pour accéder à la fortune. Ils sont confortés en voyant la réussite des joueurs camerounais qui, en revenant au pays, s’exhibent au volant de grosses cylindrées. » En effet, dans ces pays d’Afrique, le football se trouve véritablement au centre de la société. Dès leur plus jeune âge ces jeunes ont appris à taper dans un ballon et à vibrer pour leur club local ou pour la sélection nationale. Il suffit de voir l’effervescence de la population lorsque le pays organise la Coupe d’Afrique des Nations, qui est une compétition se déroulant tous les deux ans et qui permet de désigner la meilleure équipe nationale du continent africain. Les joueurs qui la gagnent sont considérés comme des demi-dieux et tout le pays se retrouve dans un état de liesse durant de nombreux jours. Il est alors facile de comprendre que le plus grand rêve d’un jeune africain est souvent de devenir joueur de football professionnel. De plus, le fait de voir certains « grands frères », tels que Eto’o ou Drogba, réussirent en Europe, contribue à entretenir leur rêve puisqu’ils  s’imaginent qu’eux aussi ils peuvent réussir. En Afrique plus qu’ailleurs, le football constitue donc souvent l’unique opportunité pour ces jeunes de sortir de la misère et d’accomplir leur rêve. Le chemin qui les mènera vers la gloire leur paraît limpide et balisé alors qu’il est en fait parsemé d’obstacles et nombreux sont ceux qui trébuchent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

B. Des terrains vagues africains aux pelouses européennes.

 

Il nous faut maintenant étudier en détail les différentes étapes du voyage de ces jeunes depuis leur départ d’Afrique jusqu’à leur errance en Europe.

 

1. L’Afrique : le début du voyage

 

Tout d’abord, la plupart de ces  jeunes commencent à s’entraîner dans leurs petits clubs de quartier. Ils y découvrent le football en tant que sport et non plus en tant que passe-temps car de nombreux jeunes pratiquent le football depuis leur plus jeune âge. C’est là qu’ils vont faire leurs premières armes et découvrirent la compétition. Cependant, les recruteurs sont encore très peu présents à ce stade-là de la formation du joueur. On peut dire qu’en vérité la sélection s’opère «naturellement ». En effet, les meilleurs éléments de ces petits clubs sont vite enrôlés dans des clubs plus renommés. C’est ainsi que petit à petit, à mesure que l’on monte en catégorie d’âge, les éléments les plus prometteurs se retrouvent dans les meilleurs clubs du pays c’est à dire ceux qui disposent d'un complexe avec internat, terrains gazonnés, maillots de jeu et l'assurance blessure. Les clubs moins huppés se contentant d'un espace caillouteux, d'un régime alimentaire approximatif, loin des normes énergétiques d'un sportif et d’un encadrement technique moins qualifié. Ce système n’est naturellement pas infaillible mais une grande partie des futurs expatriés connaissent ce parcours. C’est à ce stade que les recruteurs vont commencer leur travail de repérage. Les tournois de football scolaires, les matches inter-quartiers sont un terreau fertile où se recrutent les futures vedettes. Ils vont ainsi rentrer en contact avec les éléments qui les intéressent, comme nous le montre Boris Ngouo dans son livre : « J’ai commencé à m’entraîner dans une école à Douala, la Kadji Sports Academy, pendant deux mois. Après quoi, j’ai changé de clubs plusieurs fois. Et c’est à la Cintra Esportiva Constelacion, à Douala toujours, qu’un agent camerounais de passage au pays, et basé en Allemagne, m’a repéré ». La suite est relativement classique puisque Boris est resté quelques mois de plus dans ce club, bien couvé par son agent. Ce dernier n’a pas eu grand mal à convaincre de travailler avec lui, il a usé d’artifices bien connus en lui montrant sa carte de visite, son agenda avec les noms des plus grands clubs européens, en le faisant imaginer l’avenir extraordinaire qu’il aurait bientôt en Europe. Il est évident que n’importe quel adolescent se laisserait séduire par toutes ces promesses d’une vie meilleure faite de gloire, de reconnaissance et de football.

 L’agent de Boris Ngouo s’est donc  occupé d’activer ses réseaux en Europe afin de trouver un club européen susceptible de recruter son « poulain » et d’empocher par la même une importante plus-value. 

 

2. L’Europe : le rêve brisé.

 

C’est ainsi qu’à l’âge de 16 ans, et malgré un départ avorté quelques mois auparavant pour des raisons obscures, Boris Ngouo quitte son Cameroun natal pour aller tenter sa chance en Europe. Son voyage ne se fit pas non sans péripéties puisque après avoir effectué le trajet Douala-Yaoundé en avion avec son agent, un certain Francis, Boris va devoir rallier par ses propres moyen la ville de Berlin où son agent lui assure d’être recruté par le Herta Berlin, club de première division allemande. Après avoir passé différents tests, les dirigeants de ce clubs lui conseillent d’aller s’aguerrir dans un plus petit club de la banlieue berlinoise afin « d’apprendre le jeu à l’européenne et de pouvoir parler convenablement allemand » . Il va ainsi rejoindre le SV Lichtenberg 47, club évoluant en cinquième division allemande, qui va lui verser 300 euros de primes par mois et lui assurer un logement. La vie en Allemagne va se révéler plus difficile que prévue. En effet, ce club est bien loin des espérances de Boris qui sent qu’il ne pourra pas y assouvir son rêve de devenir footballeur professionnel. Il va aussi découvrir une des facettes les plus sombres de la vie en Europe : le racisme. Dans le cas de Boris, ce racisme va se manifester de diverses manières. Tout d’abord de façon extrêmement violente lorsqu’il va se faire agresser par un groupe de skinheads à la sortie d’un entraînement. Puis de façon quotidienne, à l’entraînement ou dans  la rue sous la forme de quolibets ou d’insultes racistes. Dans son livre il écrira d’ailleurs : « Quand nous gagnions ou que je marquais un but on me surnommait la « perle noire ». En revanche, en cas de défaite ou de partie moyenne je devenais « le sale nègre ». Cependant, il va faire le dos rond et continuer à s’entraîner normalement avec son club avec lequel il va d’ailleurs enchaîner de très bonnes performances. « Je continuais néanmoins à m’entraîner comme si de rien n’était. Il le fallait. La fin de saison approchait. J’étais en forme, je marquais souvent. A force j’allais attirer l’œil des recruteurs. » C’est d’ailleurs  ce qui arriva, puisqu’il rencontra successivement deux agents, un Brésilien et un Yougoslave, qui vont lui faire miroiter la possibilité de rejoindre de grands clubs de la Bundesliga (nom donné au championnat professionnel allemand). Boris va alors se retrouver ballotter d’un club à l’autre sans pour autant obtenir de propositions concrètes ni de contrat. Et ironie du sort, au moment où il s’apprêtait à signer un bon contrat dans le club du Tennis Borussia, des problèmes administratifs l’empêchèrent de rejoindre ce club et lui valurent même une suspension de la part de la Fédération Allemande de Football pour signature frauduleuse de contrat. Extrêmement déçu  par toutes ces désillusions connues en  Allemagne, Boris va se décider à rejoindre Paris où il a de la famille. Malgré son expérience malheureuse dans le milieu du football allemand, le jeune africain, va arriver en France plein d’espoirs et toujours confiant quant à son avenir. Cependant, il va connaître les mêmes déconvenues qu’en Allemagne puisqu’il va de nouveau se retrouver sous la coupe d’un agent véreux qui va le faire aller de club en club pour des séances de détections sans pour autant que cela débouche sur quelque chose de concret. Cet agent va lui promettre de rejoindre rapidement des clubs professionnels tels que Amiens, Guingamp ou Châteauroux. A chaque fois le même discours de la part de l’agent : « Ils ont adoré ton jeu mais ils ne peuvent pas t’engager car leur effectif est « archi-complet » cette saison. Tu pourras retenter ta chance en juillet prochain. » Boris va alors prendre réellement conscience de la précarité de sa situation et aussi du fait qu’il ne représente rien aux yeux des professionnels de ce milieu : « J’étais l’enjeu du troc, réduit à l’état de vulgaire marchandise, vendu à l’encan. » On voit donc que dans ce processus, le joueur est totalement déshumanisé, il n’existe plus en tant qu’être humain mais plutôt en tant qu’objet sur lequel il est possible de réaliser une plus-value.

Pendant tout ce temps passé à attendre, Boris va quand même essayer de continuer à « garder la forme » puisqu’il est sans club et donc privé de compétition. Il va courir tous les jours et s’entraînent souvent avec des amateurs. Cependant, cela ne remplace pas un vrai match et chaque jour qu’il passe à attendre un coup de fil de son agent, l’éloigne un peu plus de son rêve de devenir professionnel. Dans le même temps, Boris doit aussi penser à survivre, c’est à dire à gagner de l’argent car il ne touche que de faibles primes de match et doit payer un loyer élevé. C’est ainsi qu’il va exercer de nombreux petits boulots mal payés et harassants afin de ne pas avoir pour seule maison, comme bon nombre d’africains dans sa situation, une rame de métro.

Cette trajectoire, qui paraît si atypique, est en fait terriblement banale et pourrait être celle de bon nombre de jeunes africains. Le jeune Boris Ngouo a juste eu, dans son malheur, la « chance » que son histoire soit plus médiatisée que les autres. En effet, un article lui fut consacré dans le quotidien sportif « L’Equipe » en septembre 2003 et à partir de là le cas de Boris fut repris par d’autres médias tels la radio avec un passage à RMC et la télévision avec un passage à Canal+. C’est de là que lui est venue l’idée d’écrire ce livre où il « n’entend pas dénoncer ou régler des comptes mais éveiller les consciences ».

 

C. Mais peuvent-ils pour autant revenir au pays avec ce sentiment d’échec ?

 

Il est évident que durant toute cette période, toujours guidés par leurs illusions, ces jeunes n’émettent pas de protestations quant aux traitements qui leurs sont réservés. C’est la période de la découverte de l’Europe, de la première prise de contact avec le haut niveau. Ils sont si près du but qu’ils se disent qu’ils ne peuvent pas abandonner là car bientôt ils deviendront professionnels. C’est ainsi, comme on l’a vu avec le cas de Boris Ngouo, qu’ils ne voient pas d’inconvénients à être transférés ou prêtés d’un club à un autre, souvent dans des championnats de seconde zone ou dans des catégories amateurs. A chaque fois on leur dit qu’ils sont jeunes et qu’ils ont le temps de percer au plus haut niveau. Cependant, il arrive un jour où brusquement la dure réalité s’affiche devant leurs yeux. Ils prennent alors conscience qu’on les a dupés, exploités, depuis le premier jour et que leurs rêves de réussites n’étaient que chimères. C’est aussi ce qui est arrivé à Boris Ngouo, qui, comme on l’a vu précédemment, après avoir connu ce même désenchantement, s’est finalement engagé au Red Star, club de la région parisienne évoluant en division d’honneur, équivalent de la 6ème  division. 

C’est ainsi que de nombreux jeunes finissent par évoluer dans des clubs de seconde zone bien loin des clubs les plus prestigieux  qui les faisaient rêver auparavant.

Il est parfois difficile de tirer une croix sur ses rêves et ces joueurs vont donc tout de même, pour la plupart, persévérer en Europe. L’une des raisons principales de leur refus de renoncer à rentrer dans leur pays est la peur qu’ils éprouvent d’admettre leur échec devant les leurs. C’est donc un sentiment d’échec, de honte, qui remplace peu à peu l’euphorie du départ. Boris Ngouo dira d’ailleurs : « Lorsqu’un jeune part en Europe, toute la famille croit que l’objectif a été atteint : il deviendra un champion. ». De nombreuses fois dans le livre, il va faire état de cette pression exercée par l’entourage. A partir de là, on peut voir que le regard des proches est primordial pour ces jeunes. En effet, comme l’explique bien Boris,  les espoirs d’une vie meilleure que le jeune entretient, se répercutent aussi sur sa famille qui espèrent profiter de sa future réussite. C’est un phénomène courant dans les pays en voie de développement. On peut d’ailleurs comparer cela à ce qui se déroule avec le phénomène d’exode rural en Amérique du Sud ou en Afrique lorsque des jeunes hommes partaient tenter leur chance dans les villes, attirés par la promesse d’emplois bien payés et de gains rapides. Cependant, bien souvent, ces jeunes sont obligés d’accepter des emplois mal-payés et des logements précaires, mais ils ne rentrent pas pour autant dans leur village tout simplement par peur de faire état de leur échec. La situation est donc la même, toute proportion gardée bien sur, avec ces jeunes Africains. Un retour au pays leur paraît inenvisageable, même s’ils le souhaitent ardemment, car ils décevraient alors tous leurs proches qui ont souvent placé en eux les espoirs les plus fous. C’est ce que Boris Ngouo explique lorsqu’il écrit : « Pas question de retourner au pays la tête basse, envahi de honte. Je ne voulais même pas en entendre parler. Je l’aurais perçu commen une humiliation personnelle, un échec cuisant. Chez nous quand un jeune décide de faire du football et d’émigrer en Europe, ce n’est certainement pas pour finir smicard. » Il dira même, à la suite d’un entretien avec Bernard Lama ancien gardien de l’équipe de France de football qui l’a exhorté d’avoir assez de courage pour rentrer au Cameroun : « J’aurais du lui demander si lui, Bernard Lama, qui est né et a grandi en Guyane, aurait eu la force de rentrer parmi les siens s’il n’avait pas percé dans un centre de formation en métropole. Franchement, ça me surprendrait. » Cette peur de rentrer au pays est accentuée par la dette morale que les jeunes pensent avoir envers leur famille. En effet, comme on le voit dans le livre de Boris Ngouo, ce sont souvent les parents et les proches qui financent le départ du fils en Europe, cela signifie qu’ils doivent récolter une somme assez conséquente pour payer le billet d’avion. Après s’être « saignée aux quatre veines » pour leur fils, les proches attendent de lui qu’ils reviennent au pays les rembourser au centuple, ils pensent qu’ils ont réalisé un investissement très rentable qui leur permettra, quand ils ne pourront plus travailler, de couler des jours paisibles. A ce sujet, Boris Ngouo écrit d’ailleurs : « La pression familiale est incessante. C’est particulièrement vrai dans mon pays où le football est une fierté nationale. Pour favoriser l’exil de leur fils, beaucoup acceptent des conditions drastiques, y compris contracter des dettes dans les tontines locales. En retour les parents attendent d’être fiers du succès de leur enfant. Pour eux, si l’on échoue c’est qu’on l’a bien voulu. »

A partir de là, leur refus d’avouer l’échec de leur voyage en Europe est compréhensible. C’est pour cela qu’un grand nombre de ces jeunes vont rester en France et vont continuer à chercher le club qui les fera passer professionnel. Bien évidemment, cette opportunité ne se présentera jamais et ces jeunes devront se contenter de jouer dans des clubs de seconde zone dans des championnats peu réputés. Et ceux qui ne seront pas expulsés pour expiration de visa, continueront à vivre dans l’illégalité, en enchaînant les petits boulots précaires afin de subsister.


II. A qui profite cet esclavage moderne ?

 

 

L’histoire de Boris Ngouo que nous avons abordée précédemment n’est ni quelque chose d’exceptionnel ni un cas isolé mais elle est bien la preuve de l’existence d’un système organisé, planifié et rationnel. En novembre 1999, un rapport présenté au sénat italien chiffrait à 5282 le nombre de footballeurs non communautaires (n’étant pas originaires d’un pays de l’Union Européenne) âgés de moins de seize ans et employés clandestinement par des clubs amateurs. Le président de la Fédération Italienne de Football déclara à l’époque : « Nous sommes en train de vivre un phénomène indécent. Les jeunes sans-papiers qui demandent une licence ne restent qu’un temps sur les terrains de football. Quelques mois plus tard, ceux qui ont besoin de gagner leur vie commencent à travailler clandestinement et certains n’ont même pas un toit pour dormir » Toujours selon cet homme, il y aurait plus de 2200 licenciés étrangers de plus de 16 ans en Italie et 4800 âgés de six à quinze ans, la plupart venus d’Amérique du Sud et surtout d’Afrique. Ce phénomène, dramatique pour les jeunes, a permis la mise en place d’un véritable circuit, plus ou moins légal, de recrutement extrêmement rentable pour les différents intermédiaires qui sélectionnent et revendent les jeunes mais aussi pour les clubs européens. Nous allons donc voir qui sont les différents composants de ces circuits, le rôle qu’ils jouent ainsi que les bénéfices qu’ils peuvent espérer obtenir.

 

A.Les Agents de Joueurs

 

Les agents de joueurs sont les acteurs principaux de ce trafic et pour mieux comprendre leur rôle, nous devons étudier en détail leur statut, leur rémunération et leurs méthodes.

 

1.Fonction et statut des agents de joueurs

On peut dire, selon la définition proposée par un cabinet de management sportif (Sportgm), que l’agent de joueur est une personne qui, régulièrement et contre rémunération, propose des joueurs à un club ou assure la liaison entre deux clubs pour leur permettre de passer un contrat de transfert. Les joueurs et les clubs peuvent faire appel aux services d’un agent lors de négociations, pourvu que celui ci soit en possession d’une licence délivrée par la fédération nationale impliquée, en conformité avec les Règlements des Agents de Joueurs détenteurs d’une licence.

On retrouve une définition similaire sur le site de la Fédération Française de Football :  « L'agent sportif est une personne qui, à titre occasionnel ou habituel et contre rémunération, met en rapport les parties (joueurs et clubs) intéressées à la conclusion d'un contrat rémunéré de joueur de football. L'agent doit être titulaire d'une licence d'agent sportif. »

On voit donc que les agents de joueurs servent d’intermédiaire entre les joueurs et les clubs dans le cadre d’un transfert voulu par l’un ou l’autre des parties, pour une augmentation salariale ou tout simplement pour proposer les services d’un joueur à un club. Cette définition du statut de l’agent de joueur est équivalente au niveau de la Fédération Internationale de Football Association ( la FIFA) : L'agent de joueurs est une personne physique dont l'activité consiste, conformément aux dispositions suivantes, à mettre en rapport régulièrement et contre rémunération, un joueur et un club en vue de la conclusion d'un contrat de travail ou deux clubs en vue de la conclusion d'un contrat de transfert.

Cependant, dans ce règlement gouvernant l’activité des agents de joueurs de la FIFA, apparaissent des restrictions, des réglementations à l’exercice de cette profession. On y apprend donc que l’agent de joueurs doit être muni d’une licence ; licence dont l’obtention est strictement réglementée et ne peut être obtenue qu’après un examen portant sur des compétences juridiques pointues. De plus, une fois l’examen obtenu, il reste à passer une période probatoire de 3 ans à la fin de laquelle une commission décide si elle renouvelle ou non la licence. Si aucune faute n’a été commise durant ces 3 années alors la licence est délivrée définitivement, mais elle peut être retirée en cas de non-respect du règlement des agents de joueurs.

2. La rémunération des agents de joueurs

Le système de rémunération des agents est lui aussi codifié dans le règlement des agents de joueurs de la Fifa, dans l’article 12 :

1.      L'agent de joueurs doit être rémunéré exclusivement par son mandant pour les services rendus et en aucun cas par une tierce partie.

2.      La rémunération d'un agent de joueurs mandaté par un joueur sera calculée en fonction du salaire de base brut réalisé par le joueur aux termes du contrat de travail négocié par son agent (soit sans tenir compte de toutes prestations supplémentaires telles que voiture et logement de fonction, primes de matches, primes de réussite et autres avantages).

3.      L'agent de joueurs et le joueur s'entendent à l'avance sur le mode de rémunération, à savoir si le joueur rémunéreration son agent par un paiement unique au début de la période couverte par le contrat de travail négocié par l'agent pour le joueur ou par un décompte annuel à chaque fin d'année contractuelle.

4.      Si l'agent de joueurs et le joueur n'ont pas convenu de procéder à un paiement unique et que le contrat de travail négocié pour le joueur affiche une durée supérieure à la durée du contrat de médiation existant entre l'agent de joueurs et le joueur, l'agent de joueurs continue d'avoir droit à sa rémunération annuelle à expiration du contrat de médiation. Ce droit ne s'éteint qu'à expiration du contrat de travail ou dès que le joueur a signé un nouveau contrat de travail, n'ayant pas été négocié avec l'aide de ce même agent de joueurs.

  1. Si l'agent de joueurs et le joueur ne parviennent pas à s'entendre sur le montant de la rémunération ou si le contrat de médiation ne contient pas d'informations y relatives, l'agent de joueurs a droit au paiement d'une rémunération à hauteur de 5% du salaire de base au sens de l'alinéa 4 ci-dessus, que le joueur percevra aux termes du contrat de travail négocié pour lui par l'agent de joueurs.
  2. Tout agent de joueurs mandaté par un club doit être rémunéré par ce même club sous forme d'un paiement forfaitaire unique convenu préalablement.

 

Il y a donc aussi une très forte réglementation au niveau de la rémunération des agents sportifs. Il ne peut être rémunéré que par le parti, club ou joueur, qui a sollicité ses services, et ne peut, en aucun cas, bénéficier d’une rémunération annexe. Ces dispositions visent à limiter l’intérêt financier qu’un agent pourrait avoir dans le transfert d’un joueur et ainsi ne pas tomber dans des dérives mercantilistes.

On voit donc que l’accès à cette profession reste extrêmement réglementé par les instances nationales (FFF) et internationales (FIFA). De plus, la rémunération de ces intermédiaires est soumise à des règles strictes qui ne sauraient être enfreintes sans risque de sanctions financières et pénales pouvant aller jusqu’à la radiation. C’est ce que nous montre l’article 15 du règlement des agents de joueurs de la FIFA :

 

 

Article 15 :

1.                  Tout agent de joueurs qui abuse des droits qui lui sont conférés ou ne se conforme pas aux obligations que fixe le présent règlement est passible de sanctions.

2.                  Sont applicables les sanctions suivantes:

a) admonestation, blâme ou avertissement;

b) amende;

c) suspension de la licence;

d) retrait de la licence.

Les sanctions peuvent être cumulées.

Toutes ces dispositions sont renforcées par un code de déontologie figurant dans le règlement des agents de joueurs et qui doit être signé et donc accepté par le futur agent et par certaines dispositions gouvernementales, tel l’article  15-2 de la loi du 16 juillet 1984 dont l’un des objectifs était de moraliser le sport dans son ensemble, c’est à dire même les professions annexes tels que les agents de joueurs.

Cependant, malgré un système de réglementation qui semble extrêmement dur et étudié pour limiter tout risque de dérive ou de corruption, on peut dire que parmi les agents de joueur, gravitent des personnes sans licences, qui pratiquent dans l’illégalité et ne respectent donc pas le code de déontologie édicté par les instances internationales. Parallèlement aux sociétés d’agents de joueurs bien structurées, de nombreux intermédiaires agissent de manière informelle et illégale, puisqu’ils ne disposent pas de licences, en percevant le plus souvent un pourcentage sur le montant de la transaction réalisée, et sur le salaire du joueur transféré. Dans son livre « Terrain Miné : Football, la foire aux illusions », Boris Ngouo va nous éclairer sur le système de rémunération des agents : «  Sa rémunération se fait sous forme de commissions. Elle se situe à hauteur de 10% du salaire de base brut annuel réalisé par le joueur aux termes du contrat de travail. Ce barème s’applique d’autre part aux revenus du joueur du types primes, indemnités, merchandising, droit à l’image, droit Tv, publicité, etc…En cas de transfert, il prélève aussi 10% du montant de la transaction. » Ces conditions sont  donc très avantageuses pour les agents qui perçoivent souvent plus d’argent que le joueur lui-même notamment grâce à des commissions plus ou moins légales.

Les autorités du football prennent peu à peu conscience de l’impact négatif que peuvent avoir ces agents véreux sur le football et lors du dernier conseil d’administration de la Ligue, il a été question des redressements fiscaux dont ont fait l’objet certains clubs à l’occasion de transferts de joueurs (on parle ici essentiellement des gros clubs tels le PSG, l’OM ou Monaco). Le point le plus épineux : les rémunérations des agents et l’opacité coutumière en la matière. Le président de la Ligue, Frédéric Thiriez a expliqué qu’il fallait « faire la distinction entre les agents de joueurs et ceux mandatés par les clubs ». Devenues systématiques, ces pratiques doivent faire l’objet d’une réflexion « d’une commission compétente, celle des agents de joueurs, qui entamera une réflexion afin que les choses deviennent claires », a poursuivi le président. Comme nous l’avons vu précédemment dans l’étude du statut et des rémunérations des agents, le quotidien sportif L’Equipe rappelle que « légalement, un club ne peut pas rémunérer à la fois un agent qu’il a mandaté et un agent de joueurs. Or, la réalité est toute autre. » Lors d’un récent colloque sur le thème de la fiscalité du sport, Denis Broussolle, professeur à l’université de Bourgogne, a pointé les dérives des pratiques des clubs à propos de ces indemnités de transferts : « Contre toute logique, les clubs présentent cela comme une charge salariale à répartir sur plusieurs années ». Toujours est-il que, malgré les différentes réglementations officielles, le statut des intermédiaires reste trop flou. Les transferts de joueurs restent trop souvent l’occasion, pour les clubs et les agents, de réaliser des opérations financières fructueuses, en dépit de l’aspect purement sportif et éthique.

 

3.Leurs Méthodes et leurs Réseaux

Ces agents de joueurs sont rôdés au monde du football et donc connaissent toutes les ficelles du métier qui peuvent leur permettre de mettre la main sur des jeunes talents et d’en tirer un profit maximum.

  « La machine à rêve »

Ces hommes peu scrupuleux, s’appuient avant tout sur la machine à rêve qu’est le football. En effet, face à des jeunes africains qui ont grandi en vénérant leurs aînés ayant réussi dans les plus grands championnats européens, il suffit d’évoquer quelques noms de clubs prestigieux pour réussir à paraître quelqu’un d’important. C’est ce que Boris Ngouo nous montre dans son livre « Terrain Miné : football, la foire aux illusions » quand il écrit à propos d’un de ses agents : « Quand il m’a contacté, il m’a révélé que je lui avais tapé dans l’œil dès qu’il m’avait vu. Charismatique, éloquent, charmeur, il m’a tout de suite plu. Rien a voir avec Francis ou Keyser (ses anciens agents). Lui avait la classe, la vraie. Et puis il roulait en 4-4 Jeep Cherokee, le signe évident de la réussite. » On voit donc qu’il est très difficile, voire impossible, pour un jeune qui sort à peine de l’enfance de résister à la force de persuasion d’agent qui usent de tous les artifices pour convaincre les jeunes. On peut d’ailleurs avoir un aperçu de ces méthodes dans le livre précédemment cité :  « En attendant, il me sort son grand numéro. Polyglotte, il enchaîne les coups de fil en italien, en anglais et en allemand. A l’autre bout , des joueurs, des dirigeants de clubs ou d’autres agents associés, partout en Europe. Pour cela, il a du talent…En quittant son bureau, mes doutes se sont dissipés. Cet agent possède l’art, le don plutôt de me rassurer. Par la pratique assidue du milieu et une certaine dose de psychologie, il sait dire ce que les joueurs ont besoin d’entendre. »

Le trafic d’âge dans le football

- La pratique

Il s’agit de hausser la valeur marchande des joueurs africains en trafiquant leur passeport pour les rajeunir d’une ou plusieurs années. Certains agents rajeunissent donc l’âge des jeunes joueurs qu’ils ont enrôlé afin de doper artificiellement leur valeur sportive et économique. C’est une pratique très répandue sur le continent africain, facilitée par la corruption et les lacunes en matière de recensement à la naissance. Cette pratique est aussi tabou que juteuse pour les fraudeurs et pour certains clubs qui ferment les yeux sur ces méthodes. Il n’est donc pas rare en France, lorsqu’on joue au football dans les catégories –13 ans et –15ans ( qui sont les catégories où les différences d’âge sont les plus visibles), d’affronter des joueurs originaires d’Afrique mesurant 10 à 15 cm de plus que la moyenne sur le terrain ! Les fraudeurs se servent de cette méthode pour briller sur les pelouses et tenter de se faire recruter par un club professionnel qui pourrait les accueillir dans leur centre de formation.

Les agents de ces joueurs espèrent quant à eux placer leurs jeunes prodiges dans un des grands centres de formation européen, afin de pouvoir bénéficier d’une rétribution financière conséquente  au moment du transfert.

- Changer d’âge comme de chemise : les facilités administratives

La procédure à suivre pour falsifier les papiers d’identités sont extrêmement simples en Afrique grâce au laxisme des autorités qui non seulement ne tiennent pas à jour les registres d’Etat Civil mais aussi ne refusent que très rarement un petit supplément salarial, autrement dit « un pot de vin » .Les témoignages sont nombreux et illustrent bien la banalité de cette méthode dans certains pays : « Un jour, j’ai appris qu’une équipe recherchait un joueur de moins de 23 ans. Comme j’en ai 27, j’ai décidé de me faire des faux papiers », raconte Simon-Pierre, footballeur dans une équipe de deuxième division au Cameroun. « Je suis allé voir un officier d’Etat civil et lui ai expliqué que j’avais perdu ma carte nationale d’identité. Il m’en a refait une autre sur présentation d’autres pièces où figurait mon nom. Tant que le nom est le même, ils ne se posent pas de questions », poursuit le jeune homme.

« C’est très simple. Il n’y a qu’à se rendre sur n’importe quel marché avec une poignée de FCFA( la Fédération Camerounaise de Football) pour obtenir de faux papiers. Avec une photo d’identité un peu sombre ou de mauvaise qualité, il est facile de donner le change et de paraître plus jeune. Bien que la limite du « rajeunissement » n’excède pas quatre ans, par souci de crédibilité », commente un agent de football, basé en France.

Il est en effet reconnu  que les plus grands consommateurs de faux papiers sont les chercheurs de talents, autrement dit les agents de joueurs. Ces recruteurs, souvent non agréés par la Fédération internationale de football opèrent essentiellement en Afrique de l’Ouest. De l’avis de l’agent de football précédemment cité, ils ne sont ni plus ni moins que des « rabatteurs téléguidés par des Africains qui savent où trouver les footballeurs à potentiel ». On voit donc que s’est mis en place tout un réseau, toute une toile, de recrutement articulé par les agents et dont les ramifications sont composées d’habitants même de ces pays, ce qui permet de couvrir plus efficacement le territoire. Mbacké Seck, chargé de communication à la Fédération sénégalaise de football est d’ailleurs lucide quant à l’action de ces pseudo-recruteurs : « ces négriers du football viennent d’Europe pour repérer les jeunes talents et ont des acolytes africains au niveau local. Ensemble, ils ouvrent des écoles de formation non légales où parfois des anciens footballeurs dispensent un enseignement similaire à celui de leurs homologues légales. S’ils trouvent un joueur doué, ils falsifient ses papiers pour qu’il paraisse plus jeune ».

Ce système parfaitement huilé est parfaitement connu des autorités locales et des instances internationales mais peu d’actions concrètes sont réalisées pour contrer ce fléau. Cependant cette pratique de falsification des papiers n’est pas infaillible car la carrière des joueurs concernés est beaucoup plus courte. En somme, ils commencent à jouer et à être « vendables » très tôt, mais terminent leur carrière beaucoup plus tôt que les autres, au grand dam des clubs qui les ont recrutés. Car si l’âge peut être trafiqué, il n’en est pas de même avec l’horloge biologique des joueurs qui donne généralement des signes de fatigue à partir de l’age de 30 ans. Ainsi, de très grands joueurs évoluant ou ayant évolué en Europe ont pu bénéficier de cette fraude, on pense par exemple à Georges Weah, ballon d’or européen en 1995, ou plus proche de nous à Pascal Feindouno jeune joueur originaire de Guinée qui fut la révélation des  Girondins de Bordeaux à l’âge de 17 ans, mais combien en avait-il réellement ?

 

 En fin de compte, cette pratique aura enlevé la chance aux plus jeunes de se former suffisamment tôt pour exploiter leur potentiel. « Alors que ceux qui ont réduit leur âge participent aux compétitions juniors, ceux qui ont vraiment 14 ans par exemple, restent en dehors du circuit et leurs capacités se perdent parce qu’ils n’auront pas reçu l’enseignement à l’âge où ils sont le plus réceptifs. Sur le court terme, le trafic d’âge marche, mais sur le long terme les effets sont très négatifs », commente un formateur anonyme, qui précise que certaines personnes ont déjà essayé d’interpeller les instances internationales mais en vain.

En effet, la FIFA n’a pas encore trouvé de solution à ce problème, mais les tentatives tendent à se multiplier. « En août dernier, lors du championnat du monde des moins de 17 ans en Finlande, notre commission médicale a fait des tests sur des joueurs pour évaluer leur âge. La technique consistait à faire une IRM (images à résonance magnétique) sur le poignet du jeune. Mais nous n’en sommes que là. Et, même si nous restons vigilants à chaque rumeur de trafic d’âge, il n’y a aujourd’hui aucune façon fiable de vérifier l’âge véritable des footballeurs », explique-t-on à la Fédération Internationale de Football Association. Et Andreas Herren, porte-parole de la FIFA, de préciser qu’un travail de sensibilisation est mené à l’égard des fédérations africaines et des clubs. Le but étant de décourager la pratique et de pousser les équipes à ne recruter qu’auprès des agents agréés, ce qui leur permettrait de se tourner vers la justice si ces derniers ont abusé de leur confiance.

 La nouvelle réglementation de la FIFA, la prise de conscience timide de certains gouvernements et la progressive informatisation des Etats africains tendent à freiner l’afflux de jeunes joueurs vers les pays du Nord. Cependant, au–delà du rôle important joué par les agents, d’autres structures profitent pleinement de l’exploitation de ces jeunes africains et n’ont donc pas intérêt à aller contre le système de recrutement en vigueur actuellement.

B. Les autres acteurs de ce trafic

Le rôle des agents de joueurs est primordial cependant il serait réducteur de ne pas y associer d’autres personnes ou organismes, c’est ce que nous allons voir maintenant.

1.Rôle des clubs professionnels

On a donc vu que l'Afrique est actuellement sillonnée, maillée, par des agents de toutes sortes, agents officiels ou mercenaires, qui tentent de mettre la main sur les talents de demain. Certains travaillent pour leur compte mais d’autres se mettent directement sous la coupe de grands clubs et leurs servent d’émissaires dans ces pays d’Afrique. Le principe est simple, les clubs européens ont besoin de jeunes joueurs pour faire fonctionner leurs équipes, pour réaliser des plus-values lors des transferts. Les carrières étant de plus en plus courtes et les compétitions de plus en plus nombreuse, il faut sans cesse renouveler les effectifs ce qui implique de lourdes dépenses. Le choix d’aller chercher les jeunes footballeurs africains chez eux est alors aisé à expliquer. Comme nous l’avons expliqué précédemment, ces jeunes, qui baignent souvent dans le foot depuis leur plus jeune âge, et qui disposent de qualités physiques supérieures à la moyenne, sont près à rejoindre pour une bouchée de pain les clubs professionnels européens. C’est ainsi qu’au début des années 2000,surement grâce aux victoires de l’équipe nationale française, le nombre de jeunes étrangers mineurs engagés dans les clubs de l'élite française s'accroît subitement de façon exponentielle.

 

En effet, actuellement certains clubs professionnels dépassent de beaucoup le nombre autorisé de jeunes étrangers (à Toulouse 133 jeunes pour 35 autorisés, Caen 98 pour 24 autorisés),en les inscrivant sous des qualifications multiples (apprentis, aspirants, espoirs, stagiaires), ils justifient ainsi leur titre de séjour et se retrouvent en règle face à la loi. Ainsi il n'est pas rare que les clubs professionnels essaient 10 joueurs pour n'en retenir qu'un seul, les 9 autres, ne rentrant que rarement dans leur pays d'origine, mais s'orientant vers des clubs de division inférieure ou entrant dans l’immigration clandestine. On constate que, en 2003, 96 jeunes sur 108 pris sous des statuts divers dans des clubs professionnels français viennent des pays d'Afrique francophone (liens historiques, francophonie, difficultés économiques) mais aussi anglophone (Nigeria, Ghana) ou lusophone (Angola), et que l'Europe orientale reste marginale par rapport aux pays précédemment cités. L’Afrique de l’Ouest reste donc le principal pourvoyeur de jeunes talents pour les clubs européens et ces derniers n’hésitent plus à investir dans ces pays pour disposer d’antennes de recrutement locales. En effet  les clubs européens n’abandonneront pas du jour au lendemain le « marché du football africain », pour la bonne raison qu’ils y font d’excellentes « affaires ».

Nombre d’entre eux y investissent en centres de formation et autres partenariats avec des clubs locaux. En effet, ces dernières années, de nombreux clubs de football européens se sont implantés en Afrique à travers le rachat de clubs locaux ou la conclusion d’accords de partenariat. Par exemple, le Feyenoord Rotterdam a ouvert une centre de formation à Gomoa Fetteh, au Ghana, dans lequel il a investi 1.5 millions d’euros. L’Ajax d’Amsterdam, un autre club hollandais, est aussi présent au Ghana, où il possède deux centres de formation et collabore avec le club de première division d’Ashanti Goldfields. Ces deux clubs sont aussi actifs en Afrique du Sud. L’Ajax d’Amsterdam possédant 51% de l’équipe d’Ajax Cape Town, alors que Feyenoord a conclu un accord de partenariat avec Supersport United Johannesburg.

2.Les entraîneurs européens

Les entraîneurs européens ou présents en Afrique, ont souvent joué le rôle d’intermédiaire pour organiser la venue de footballeurs africains en Europe. Dans les années 1990, par exemple, l’ancien entraîneur de la sélection nationale du Nigeria, le Hollandais Clemens Westerhof, s’occupait du transfert de joueurs nigérians en Europe, ce qui lui a permis de créer une véritable filière entre le Nigeria et l’Europe du Nord. Ces entraîneurs se servent donc de leurs liens privilégiés, de leurs relations et de leurs prestiges pour servir, à un niveau moindre que les agents, d’intermédiaire entre les clubs européens et ces jeunes africains. Cette pratique est parfaitement légale et permet à certains entraîneurs vieillissants ou en manque de reconnaissance sportive en Europe de continuer à vivre grâce au football.

3.Les anciens joueurs africains

A l’instar des entraîneurs européens en Afrique, les joueurs africains ayant évolué en Europe font souvent valoir les relations tissées durant leur carrière pour organiser le transfert de jeunes talents vers l’Europe et ainsi encaisser de juteuses commissions. Par exemple, après avoir joué dans les décennies 1960 et 1970 en France, en Espagne, au Portugal et même aux Etats-Unis, la Malien Salif Keita, plus connu sous le surnom de « la Panthère Noire » du côté de Saint- Etienne, a crée, en revenant à Bamako, un centre de formations pour jeunes footballeurs en 1993, le Centre Salif Keita (CSK). Depuis, de nombreux joueurs formés au CSK ont intégré des équipes professionnelles européennes, permettant ainsi, à son fondateur d’assurer confortablement sa retraite sportive. C’est notamment le cas de Mahamadou Diarra, qui joue à l’Olympique Lyonnais, et de Seydou Keita, le fils spirituel de Salif Keita, qui évolue au Racing Club de Lens. Ces anciennes gloires du football africain disposent d’une aura très forte dans leurs pays et peuvent ainsi monter assez facilement des écoles de football dans leurs pays et y former des jeunes destinés à être vendu à des clubs européens.

4.Les Hommes d’affaires africains

La possibilité de réaliser des profits par le transfert de joueurs a poussé de nombreux hommes d’affaires africains à investir dans des centres de formation, sous prétexte de favoriser l’épanouissement de la jeunesse de son pays. Par exemple au Cameroun, deux entreprises de boissons, la Société anonyme des brasseries du Cameroun et l’Union camerounaise des brasseries (UCB) , possèdent des écoles de football. Le fils du propriétaire de l’UCB, Gilbert Kadji, a donné son nom à la Kadji Sport Académy (Ksa) de Douala, Quatre joueurs formés à la KSA (Samuel Ojong, Jean-Pierre Tcheutchoua, Armand Deumi et Hervé Tum) jouaient en Suisse lors de la saison 2003/04. Le plus intéressant est que tous y ont été transférés entre 1999 et 2001, lorsque Gilbert Kadji était aussi le propriétaire du FC Sion, club suisse. A la lumière de cette anecdote, on comprend donc mieux quels intérêts certains hommes d’affaires africains peuvent avoir à s’impliquer dans la « formation » de jeunes africains.

 

5.Les clubs exportateurs

 

L’aspect socio-économique précaire dans ces pays joue un grand rôle pour les clubs exportateurs de joueurs qui sont souvent confrontés à un manque de moyens évidents tant dans l’encadrement que dans le suivi des joueurs. La vente de joueurs vers des clubs européens reste le principal fond de commerce de ces clubs afin de subsister et de faire face à leurs besoins. Ces clubs sont souvent dirigés par des anciens joueurs professionnels, des entraîneurs européens ou parfois même des agents de joueurs. Etant donné la situation économique difficile en Afrique de l’Ouest, ces clubs ne s’attachent malheureusement qu’à former des joueurs afin de pouvoir les vendre, sans se soucier de l’équilibre de leurs apprentis. Cependant, tous les jeunes ne sont pas condamnés à sacrifier leur jeunesse dans ces usines à champion et dans la dernière partie de ce mémoire nous allons d’ailleurs  traiter d’une initiative particulière réalisée à Sally (Sénégal), qui vise à former des jeunes footballeurs tout en s’attachant à leur délivrer une éducation correcte.

 

 

 


III. Une lutte s’organise mais elle est freinée par l’ambiguïté de l’action des instances internationales

 

 

A.L’Institut Diambars : « Faire du foot passion, le moteur de l'éducation »

 

Malgré toutes les dérives étudiées précédemment, tout n’est pas aussi négatif, et certaines personnes tentent de venir en aide aux jeunes africains en leur proposant une formation équilibrée combinant sport et éducation.

 

1. Origine du projet

 

L’Institut Diambars est le fruit de la volonté commune de trois personnalités du football : l’ancien gardien international Bernard Lama, l’ancien joueur du FC Lens Jimmy Adjovi-Boco et le capitaine de l’équipe de France Patrick Vieira. Tous trois ont des liens très étroits avec le continent africain : Vieira est né au Sénégal ; Lama, originaire de Guyane, est très impliqué dans la cause africaine et Jimmy Adjovi-Boco est né au Bénin. A ces trois anciens joueurs de renom il convient d’associer l’homme d’affaire sénégalais Saer Seck qui a lui aussi grandement contribué à mettre sur pied ce projet. Leurs origines et leurs expériences communes dans le milieu du football les rendent plus sensible à la destinée de ces jeunes africains qui sont arrachés à leur continent pour garnir le portefeuille d’intermédiaires sans scrupules. Ils savent aussi que la plupart des clubs de football, des écoles de football ou des centres de formation existant en Afrique, ont seulement pour but de former de jeunes footballeurs qui pourront attirer l’attention des recruteurs des grands clubs européens.

 Ils ont donc créé au Sénégal un Institut de formation destiné aux jeunes âgés de 13 à 18 ans. La création de cet institut fut facilitée par le renom de ses fondateurs qui disposent d’un grand prestige, ce qui peut faciliter les démarches administratives, ainsi qu’un carnet d’adresse bien fourni, tant en France qu’en Afrique, susceptible d’apporter une contribution financière conséquente.
En France, Jimmy Adjovi Boco, qui a joué de nombreuses saisons au Racing Club de Lens, a présenté à la Région Nord-Pas de Calais le projet DIAMBARS. La Région a témoigné de son intérêt et a financé l'étude de faisabilité. Quelques mois plus tard, elle deviendra le premier partenaire de l'association, bientôt rejoint par le ministère de la coopération.

Au Sénégal, le Président A.Wade a témoigné également son intérêt au projet et mis à disposition un terrain de 15 hectares sur lequel s’est construit le premier Institut DIAMBARS.

 

2. Les objectifs

 

Il s'agit d'offrir les meilleures chances aux jeunes sportifs africains, en utilisant le football comme un outil de développement social, économique et culturel tout en veillant à garantir à ces jeunes une insertion professionnelle sécurisée. Le but premier de cet institut est de développer l’éducation en prenant pour fil conducteur le football. Le leitmotiv de cette Académie est d’ailleurs Faire du foot passion, le moteur de l'éducation..

Le but avoué des fondateurs est de former avant tout des hommes c’est à dire des jeunes qui ont reçu une éducation correcte et qui pourront faire quelque chose dans leur vie même s’ils ne deviennent pas footballeurs professionnels. Il s’agit de réussir le pari de former des joueurs performants et pérenniser la mise en place d’un centre de formation unique en Afrique n’est pas chose facile, mais les fondateurs du projet ont mis de nombreux atouts de leur côté, tant sur la plan qualitatif (qualité des infrastructures et de l’enseignement) que quantitatif (réseaux de donateurs importants).

 

 

 

3. Le financement du projet

 

Pour avoir mûri le projet pendant neuf ans, Saer Seck et Jimmy Adjovi-Boco, les co-fondateurs du centre de formation, savent qu’ils ne sont qu’à l’aube de leur réalisation. «Aujourd’hui, c’est d’abord un investissement humain. Pendant les quatre prochaines années, nous allons former ces jeunes. Au-delà de ces cinq ans, nous aurons certainement un retour financier. 10 à 15% de nos joueurs rejoindront sûrement des clubs professionnels», analyse Saer Seck. Eviter la  dépendance vis-à-vis des clubs professionnels européens reste donc le principal objectif des dirigeants de Diambar en matière financière. La solution trouvée par les dirigeants de l’Institut est la quête permanente de fonds propres, à travers la recherche d’investissements privés, de partenaires et de sponsors. A la tête de cette recherche de moyens financiers se trouve un ambassadeur de renom, Patrick Vieira. Le capitaine de l’équipe de France, originaire du Sénégal, a convaincu son équipementier, le géant allemand ADIDAS, d’habiller les jeunes du centre. «Récemment, nous avons reçu 8.000 tee-shirts et casquettes du sponsor de Patrick Vieira. Il met en avant Diambar, par rapport à toutes les entreprises dont il représente l’image», précise Saer Seck. Autre exemple, le voyage des jeunes et du staff hors du territoire sénégalais est pris en charge par une compagnie aérienne française, ce qui permet d’alléger considérablement les frais de déplacement lorsque ces jeunes partent se frotter à leurs homologues européens.

 

Au-delà de ces opérations ponctuelles – équipements sportifs, voyages-, se pose la question bien plus cruciale de la gestion quotidienne du centre de formation. Le centre dispose en effet d’un budget minimum de 150 millions de F.CFA (avec 1€ = 655.957 F.CFA) mais ce budget peut atteindre 250 millions de F.CFA.  « De l’alimentaire à l’entretien des locaux en passant par la masse salariale, nous devons tout prendre en charge», confie Saer Seck. En attendant le retour sur investissement, il faut récolter au jour le jour, des sommes très importantes. Ce sont, comme nous l’avons vu précédemment  des partenaires et des sponsors européens qui sont sollicités. Le ministère français de la jeunesse et des sports semblait très touché par l’initiative et  a promis un financement à hauteur de 250 millions de F.CFA. Face à cette aide très importante de la France, répond un certain attentisme de la part des sponsors locaux. «Les entreprises affichent une grande prudence face à ce genre de projet», explique Saer Seck.

Malgré la médiatisation du projet et le soutien de nombreuses personnalités du football, la construction de l’Institut Diambars n’est toujours pas achevée. En effet démarrés en novembre 2003, les bâtiments du centre de Diambars sont encore en travaux. Le grand complexe dont la surface atteint pratiquement 150 hectares, a déjà englouti 1milliard de F.CFA.

«Nous espérions inaugurer nos nouveaux bâtiments au début de l’année 2005. Seulement nos travaux ont accusé du retard, car la mobilisation des ressources financières prend du temps. Il nous faut encore réunir la somme d’1 milliard pour clôturer le chantier. On compte organiser différentes manifestations dont un «charity dinner» à Londres, pour réunir la somme manquante», poursuit Saer Seck. En attendant d’aménager dans leurs nouveaux locaux, les 48 pensionnaires de Diambar vivent dans une auberge, située à quelques minutes de marche de leur école.

Cependant le complexe, même inachevé, est d’une très grande qualité puisque les fondements principaux du complexe sont posés : locaux d’hébergement, locaux techniques, terrains d’entraînements. «Au mois de juin est prévu l’inauguration officielle du site», lance Monsieur Fall, coordonnateur pédagogique de Diambars. Ce qu’il est important de souligner, c’est que tout ceux qui ont adhéré au projet sont dans la même mouvance. Bref, l’objectif est le même pour tous: réussir le pari de former des joueurs performants et pérenniser la mise en place d’un centre de formation unique en Afrique.

 

 

 

4. Un cadre propice à l’épanouissement des jeunes

 

Ces jeunes ne sont pas uniquement baigné dans le monde du football puisqu’ils disposent de structures éducatives très complètes. Leur emploi du temps en est d’ailleurs la plus parfaire illustration puisqu’il se décompose ainsi : 70% consacré à l’éducation et 30% consacré au football.

 

Le programme éducatif de l’Institut est d’ailleurs très original puisqu’il s’efforce de s’adapter avant tout aux besoins et aux attentes des jeunes en matière scolaire. Ainsi les jeunes qui intègrent le centre en ayant jamais ou peu fréquenté l’école se concentreront sur les apprentissages de base : lecture, écriture, mathématiques. Les élèves qui auront déjà acquis ces bases  là, pourront avoir accès à un enseignement plus pointu et plus varié : informatique, histoire langues étrangères. De plus, les élèves évoluent dans les meilleures conditions pour apprendre et progresser puisqu’ils ne son qu’une demi-douzaine par classe ce qui permet aux professeurs de personnaliser leur enseignement  afin de mieux répondre aux attentes des élèves, et aux élèves de ne pas se disperser.

Pour être plus précis, la durée de l'enseignement est de 6 heures chaque jour (lundi, mardi, jeudi et vendredi) sur les matières générales... Le mercredi sera le jour des contrôles et de l'étude pour les devoirs avec le soutien d'un surveillant enseignant. Le samedi sera dédié au cours plus collectifs (instruction civique, informatique, ouverture sur le monde, expression française et anglaise…).

 

 

Même si, contrairement à d’autres centres, l’éducation des jeunes est le pilier de la formation dispensée à Diambars, la passion du football reste un élément fondamental. Dans ce secteur aussi, l’institut se détache radicalement de ces « usines à champions » qui « consomment » une quantité énorme de joueurs dans le but de récolter quelques dividendes lors du transfert.

Le recrutement de l’Institut Diambars est très sélectif puisque de nombreuses sessions de recrutement ont été effectuées  dans toutes les régions du Sénégal avec plus de 12.500 jeunes qui ont effectué des tests.  « Nous estimons avoir retenu les meilleurs» souligne Saer Seck. Doté d’un effectif de 32 élèves (nés en 1989 et 1990) pour sa première année, le centre Diambars a ouvert ses portes à 16 nouveaux jeunes (nés en 1991) pour l’année 2004-2005. Le nombre peut paraître réduit «Mais sur cinq ans, durée de la formation, nous devons nous investir sur chacun des gamins. C’est à la fois du temps, du suivi et beaucoup de moyens, d’où le nombre limité de places», poursuit Saer Seck.

On voit donc que le projet reste très réaliste puisqu’il s’inscrit dans la durée et qu’il met réellement  les jeunes au centre de la formation grâce à un suivi  très personnalisé.

Ce suivi est primordial puisque la plupart des jeunes arrivent au centre de formation avec beaucoup de carences : alimentaires, médicales et physiques. «Avant mon arrivée au centre, j’étais malade. Ici, on m’a soigné. A présent, je mange bien et je me sens bien», explique l’ancien mendiant, Aly Souleymane Ly. Les dures réalités du football n’échappent donc pas au staff du centre de formation. «Lors de notre première tournée en Europe, nous avons sillonné la France, l’Espagne et la Norvège. Nous avons joué une trentaine de matches, soldés seulement par deux défaites. Mais nous avons pu constater qu’au niveau morphologique, les jeunes Européens étaient mieux bâtis que nous», rappelle Saer Seck. En effet, malgré leur talent, la plupart des pensionnaires sont issus d’origine modeste, voire très pauvre. «Il nous a paru nécessaire de mettre en place une équipe médicale compétente, pour suivre pas à pas nos jeunes», argue Monsieur Seck.

 

Face au risque d’embourgeoisement qu’encourent ses 48 pensionnaires, Saer Seck reste convaincu que seules les meilleures conditions permettront de former de bons joueurs. Le président de Diambars, dans une euphorie mesurée, nourrit l’espoir de former des futurs champions, capables de rivaliser avec les jeunes Brésiliens ou les jeunes Français. Pour atteindre ses objectifs, l’équipe dirigeante de Diambar mise sur deux règles d’or: discipline et rigueur. Entraînements quotidiens tous les matins de 7H à 9H. «Au début, c’était dur. Je n’étais pas habitué à me réveiller si tôt, à manger de nouveaux plats», se souvient Makhtar Mbow, jeune Diambasr de 15 ans. Et pourtant, il ne manque de constater ses progrès. «Avant, j’étais bon en jonglage, mais depuis un an, je me suis beaucoup amélioré sur le plan physique». Amener ces jeunes à travailler et à progresser, tel est le rôle des six coordonnateurs sportifs présents à Diambars. Répartis en trois binômes, ils sont chargés d’accompagner les trois promotions 89-90-91. Devant leurs ordinateurs, Salam Lâam et Moussa Kamara, responsables sportifs de la catégorie 89, élaborent les programmes des semaines à venir.

 

 

 

«Dans notre travail, l’aspect pédagogique est très important. Nous avons un planning annuel, réparti sur différents cycles. Les jours de la semaine sont ponctués par les entraînements et les week-ends par des matches. Nous leur faisons travailler les aspects physiques, tactiques et techniques, mais aussi le mental. L’enfant doit s’adapter au collectif», explique Salam Lâam. Et les entraîneurs de souligner leur satisfaction à travailler avec des jeunes très motivés. «Les gamins sont passionnés et attentifs. Quand nous voulons les sanctionner pour actes d’indiscipline, il nous suffit de les priver d’une séance d’entraînement. Pour eux, c’est un vrai calvaire», poursuit le coordonnateur sportif de la catégorie 89. Les cinq premières années seront déterminantes. Jeunes élèves d’un côté et équipes dirigeantes de l’autre (sportive, médicale, administrative) ont la charge de faire de Diambars un centre de formation d’excellence.

 

 

B. Joueurs sans frontières ou les dérives du « foot-business ».

 

Malgré des initiatives courageuses tel que le projet étudié précédemment, la lutte contre cet esclavage moderne reste anecdotique puisque les instances officielles du football y participent  involontairement en déréglementant à l’excès le système de transfert notamment en ce qui concerne la nationalité du joueur.

 

1. L’arrêt Bosman

 

Tout commence en 1995. Avant cette date, selon le règlement de l’Uefa, impossible pour une équipe d’aligner en même temps plus de trois joueurs communautaires et deux non communautaires. Le problème, c’est qu’une telle organisation s’avère contraire à l’article 39 (48 à l’époque) du Traité de Rome sur la libre circulation des travailleurs entre les Etats membres. Considérant le sportif professionnel comme un travailleur, la cour de Justice des Communautés européennes publie alors en décembre 1995 une jurisprudence qui met fin à ce type de quotas discriminatoires : l’arrêt Bosman (du nom du footballeur belge qui a porté son affaire devant la Cour. Il convient de  revenir sur cet événement.

 

A vrai dire, cela a commencé par un détail. Presque rien, si ce n’est une « mauvaise histoire belge » (Pour reprendre les propos d’un haut dirigeant français de l’époque). Le 15 Décembre 1995, la cour de Justice européenne de Luxembourg rend un arrêt favorable à Jean-marc Bosman, joueur belge de première division, qui se plaignait du blocage de son transfert par son club. Les juges vont condamner la réglementation de l’UEFA comme entravant les principes de libre circulation à l’intérieur de l’espace communautaire. Depuis la fin des années 1980, en effet, la norme sportive n’autorisait les équipes à intégrer dans leur effectif que trois joueurs appartenant à des pays de l’Union Européenne plus deux joueurs extra-communautaires. Auparavant, ce n’était que deux ou trois non-nationaux au total. L’arrêt Bosman a ouvert la voie à une libéralisation totale du marché du travail dans le football. Désormais, les clubs peuvent recruter autant de footballeurs européens qu’ils le souhaitent. La décision des juges ne concernait que les joueurs originaires de l’union européenne, le nombre d’extra communautaires étant toujours limité à trois par équipe pour les compétitions internationales entre clubs. Par cette décision, l’Union européenne entend notamment rappeler au monde sportif, et notamment à l’Uefa, que leur fonctionnement est soumis au droit communautaire. A partir de cette date, le marché d’une marchandise pas comme les autres - le sportif - se trouve donc totalement libéralisé à l’échelle de l’UE.

Cependant, il restait tout de même une restriction, celle du nombre de joueurs extra communautaires qui restait fixé à 3 par équipes.

Depuis la législation s’est un peu assouplie puisque ce nombre fut peu de temps après porté à 5 joueurs extra communautaires. Dans les faits, les clubs ont tenté de contourner cette ultime réglementation en engageant des procédures de double nationalité ou en inventant de lointaines ascendances nationales à leurs joueurs. L’exemple le plus frappant est celui du joueur Deco qui évolue actuellement au FC Barcelone. En effet, ce joueur né au Brésil, de parents brésiliens et qui a grandi au Brésil, a réussi à intégrer récemment l’équipe nationale du Portugal en faisant valoir des origines brésiliennes lointaines. Cependant, les joueurs venant d’Afrique sont mois souvent l’objet de ces trucages administratifs car il est plus aisé de trouver une ascendance italienne ou portugaise pour un joueur sud-américain que pour un africain. Cependant, l’arrêt Bosman a tout de même eu des conséquences pour les joueurs africains puisqu’il a permis de libérer des places qui étaient souvent réservés aux joueurs européens et a entraîné l’internationalisation des effectifs.

On pensait qu’avec, l’arrêt Bosman, le monde du football avait totalement basculé dans l’ère de la mondialisation, mais ce n’était qu’un début !

 

 

2. L’arrêt Malaja : un arrêt Bosman « puissance 10 »

 

Sept ans après l'arrêt Bosman, qui a libéralisé le marché des transferts, interdisant que la pratique des quotas de joueurs étrangers s'applique aux ressortissants de pays membres de l'Union européenne, une décision du Conseil d'Etat datant du 30 décembre 2002 libéralise encore un peu plus le monde du sport. L'arrêt Malaja, du nom d'une basketteuse polonaise empêchée, il y a quatre ans, de jouer avec le club de Strasbourg au motif que celui-ci comptait déjà dans ses rangs deux «extra-communautaires» étend les conséquences de l'arrêt Bosman à vingt-quatre pays supplémentaires. Avec cet arrêt rien n'interdit plus désormais à un club de foot français «d'aligner trois Turcs, deux Bulgares, quatre Roumains et deux Moldaves, ou quatre Ukrainiens, trois Marocains et quatre Tchèques », triomphent les avocats de Lilia Malaja, maîtres Serge et Michel Pautot. Cet arrêt va bouleverser profondément le sport professionnel européen». Et notamment le football français. Michel Pautot explique d’ailleurs : «  Sa jurisprudence, explique Michel Pautot citant des cas qu'il a eus à traiter, peut s'appliquer à une joueuse ukrainienne de badminton qu'un club français veut aligner, ou à un joueur slovène de water-polo. Tous les sports, tous les pays européens.Certains assurent que l'arrêt n'est applicable qu'en France. C'est faux. Il l'est dans toute l'Union.»

L’arrêt Malaja a donc complètement bouleversé la donne en matière de transfert de joueurs. En effet, le mouvement d’internationalisation des effectifs amorcé par l’arrêt Bosman se retrouve décuplé par les possibilités que laissent entrevoir l’arrêt Malaja. Les clubs n’ont pratiquement plus de limites en ce qui concerne la nationalité des joueurs qu’ils engagent. C’est ainsi que dernièrement, l’équipe anglaise d’Arsenal entraînée par le français Arsène Wenger, a débuté un match de championnat anglais avec aucun ressortissant britannique dans ses rangs.

▪ Les pays concernés par l’arrêt Malaja 

l’Union européenne a signé des accords avec des pays tiers qui interdisent la discrimination en raison de la nationalité en ce qui concerne les conditions de travail.

Ces accords concernent plusieurs zones géographiques distinctes :

- Tout d’abord ceux ayant signé des accords de coopération ou d'association avec l'Union européenne.

Outre avec la Turquie, l’Union Européenne a conclu des accords européens d’association avec certains pays d’Europe de l’Est, à partir du début des années 1990 : la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie, la République Slovaque, la République Tchèque, la Roumanie, la Lituanie, l’Estonie, la Lettonie et la Slovénie.

L’Union européenne a signé des accords de coopération avec les pays du Maghreb et des pays issus de l’ex-URSS : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Ukraine, la Fédération de Russie, la Moldavie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Biélorussie, la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan.

- Les pays impliqués dans l’accord de Cotonou signé le 23 Juin 2000 entre l’Union Européenne et les pays Afrique – Caraïbes – Pacifique.

Ces états sont  : Afrique du Sud, Angola, Antigua et Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap Vert, République Centrafricaine, Comores, Congo, République démocratique du Congo, Iles Cook, Côte d'Ivoire, Djibouti, Dominique, République Dominicaine, Erythrée, Ethiopie, Fidji, Gabon, Gambie, Ghana, Grenade, Guinée, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Guyane, Haïti, Jamaïque, Kenya, Kiribati, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Iles Marshall, Mauritanie, Ile Maurice, Micronésie, Mozambique, Namibie, Nauru, Niger, Nigeria, Niue, Ouganda, Palau, Papouasie-Nouvelle Guinée, Rwanda, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte Lucie, Saint Vincent et Grenadines, Samoa, Sao Tomé e Principe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Iles Salomon, Soudan, Surinam, Swaziland, Tanzanie, Tchad, Togo, Tonga, Trinité et Tobago, Tuvalu, Vanuatu, Zambie, Zimbabwe.

On voit donc que les instances internationales (FIFA et Union Européenne) tiennent un discours assez contradictoire puisqu’elles condamnent unanimement le trafic actuel touchant les jeunes footballeurs africains mais dans la même temps elles favorisent, ou plutôt ne s’opposent pas, à la libéralisation excessive du football. En effet, en permettant aux grands championnats européens d’aligner toujours plus de joueurs étrangers, elles cautionnent implicitement l’afflux de milliers de jeunes étrangers. Ce phénomène semble à présent irréversible, notamment avec l’élargissement de l’Union Européenne et le phénomène omniprésent de mondialisation, et empêche la mise en place d’une lutte légale et à grande échelle de ce trafic.