«  Le joueur d’échecs »      de Stefan Zweig

 

I ) Biographie de l’auteur :

 

            Stefan Zweig est né le 28 novembre 1881 à Vienne. Fils d’un riche industriel israélite, il put mener ses études en toute liberté et parcourir le monde. Il s’est intéressé à la littérature, mais aussi à la philosophie et à l’histoire. Zweig débuta en créant des poèmes, écrivit des pièces de théâtre dont il était passionné, puis des nouvelles et romans. Romancier et biographe, il a été aussi traducteur de Verlaine, Rimbaud, Baudelaire et Verhaeren. Pacifiste, il se lie avec Romain Rolland en 1917, puis avec G.Duhamel et Ch.Vildrac. Il abandonne l’Autriche en 1934 pour s’installer à Londres. Bien que devenu citoyen anglais, il quitte son pays d’adoption « trop insulaire » et se réfugie au Brésil en 1941. Zweig voit alors répandues sur l’Europe les ténèbres épaisses qu’il appréhendait tant.

L’inquiétude morale le ronge et ébranlé par l’échec de son idéal de paix et la victoire du fascisme, il se suicide avec sa femme le 22 février 1942.

 

II ) Le joueur d’échecs :

 

            « Le joueur d’échecs » est une nouvelle écrite par Zweig en 1941 dans sa retraite de Petropolis, sur les hauteurs de Rio de Janeiro au Brésil, le dernier pays où vécu l’auteur. C’est le dernier récit  que l’auteur  a écrit avant sa mort en 1942. Il a d’ailleurs été publié à titre posthume en 1943 par son éditeur réfugié à Stockholm et n’est paru en Allemagne qu’en 1957.

           

            Le texte présenté est une nouvelle et ne comporte pas de chapitre. La première partie présentée sera un résumé du texte puis la seconde exposera une analyse critique du récit de Stefan Zweig.

 

A) Résumé du texte :

 

            « Le joueur d’échecs » débute par  une discussion, sur le paquebot reliant  New York à Buenos Aires, entre le narrateur, qui est le personnage principal (que l’on pourrait comparer à Zweig lui-même grand voyageur ) et un ami sur le pont promenade du bateau. Ce dernier lui explique  alors la présence de journalistes à bord par le fait que le champion du monde d’échecs, Mirko Czentovic va effectuer la traversée avec eux. Le narrateur se souvient alors du champion et des éléments caractérisant sa carrière, avec son ami, ils retracent celle-ci à l’aide d’anecdotes. Ainsi Czentovic était devenu, un an plus tôt et soudainement l’égal de grands maîtres des échecs. Pourtant selon les rumeurs, celui-ci ne brillait pas par son intelligence ou sa culture dans les autres domaines. Puis le narrateur relate la vie du champion, fils d’un modeste batelier slave et recueilli par le curé du village à la mort de son père. Mauvais élève à l’école, pourtant de bonne volonté, à quatorze ans Czentovic n’était intéressé par rien. Cependant, un soir d’hiver, le jeune garçon  ayant assisté au début d’une partie d’échecs entre le curé et le maréchal des logis, fut invité à terminer la partie par ce dernier, le curé ayant été appelé par un paysan. Bien que le maréchal pensait ne rien pouvoir tirer du garçon, celui-ci gagna la partie rapidement, puis la suivante. Le curé stupéfait, après avoir lui aussi été battu envoya le garçon face à des adversaires plus sérieux  dans le village, puis dans le pays  et le jeune homme se montra imbattable. Ainsi il fut conduit à Vienne, pour apprendre auprès d’un maître à parfaire son jeu, et en six mois il avait assimilé tous les secrets de la technique même si son manque d’imagination l’empêchait de jouer une partie dans l’abstrait, sans échiquier. Le jeune prodige remporta tous les prix avant d’atteindre l’âge d’un homme même si en dehors du jeu il restait un être rustre, de réputation cupide, peu intelligent et pourtant empli de vanité.

 

 

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            La curiosité du narrateur se porte alors sur ce joueur qui expose à son ami la volonté de passer son séjour à bord à observer Czentovic, les «monomaniaques » l’intéressant au plus haut point. Mais pendant les premiers jours du voyage, le narrateur ne peut approcher le champion, ce dernier ne se laissant pas aborder facilement. Le narrateur s’interroge alors sur les grands joueurs d’échecs en général et leur nature : sont-ils des génies ou bien des fous ? Puis il cherche à mettre en œuvre un stratagème pour attirer le champion du monde à lui. Le narrateur se considère comme un joueur d’échecs modeste. Il décide alors de s’installer avec sa femme qui ne joue pas mieux que lui (selon sa propre opinion) devant un échiquier installé au fumoir. Plusieurs promeneurs s’arrêtent en effet dont un écossais fortuné, nommé MacConnor. Celui-ci demande à jouer contre le narrrateur et perd plusieurs fois. Le  troisième jour, Czentovic ne fait que jeter un coup d’œil à une partie jouée par le narrateur et MacConnor. Ce dernier, informé du statut de champion de Mirko se trouve tout à coup très excité à l’idée de disputer une partie avec le joueur slave. Il décide de demander cette faveur à Czentovic.A la grande surprise du narrateur, MacConnor est si motivé qu’il a accepté de payer pour pouvoir jouer contre le champion. Ils préparent donc la partie en invitant les amateurs d’échecs à venir participer à l’événement le lendemain. La partie est une partie d’échecs avec plusieurs adversaires contre le champion en simultané, qui se termina rapidement à la faveur de Czentovic. Le narrateur est frappé plus par le dédain du gagnant que par le fait que six hommes n’aient pu en battre un seul. MacConnor demande alors une revanche et la partie se révèle plus positive pour les joueurs « moyens ».

 

            C’est alors qu’apparaît dans  l’histoire un nouveau protagoniste  qui s’exclame pour empêcher MacConnor de jouer un coup évident. Cet homme, remarqué auparavant par le narrateur par son teint étrange, donne alors de précieux conseil à l’équipe pour avancer dans la partie jusqu’à un match nul. Le petit groupe, poussé par l’enthousiasme propose une troisième partie entre le champion et l’inconnu mais celui-ci décline l’offre, prétextant n’avoir pas joué aux échecs depuis vingt-cinq ans et disparaît rapidement. L’orgueil de Czentovic et la curiosité (qui est cet inconnu?) poussent  le groupe à vouloir absolument faire jouer l’homme contre le champion. Puisqu’on leur apprend que l’homme est originaire d’Autriche, c’est le narrateur qui est envoyé auprès de lui, étant de la même nationalité. Le narrateur est frappé par le physique marqué de l’homme. Il lui explique la requête du petit groupe, et lorsque le Dr.B. apprend que l’homme qu’il a presque battu est un champion il paraît très troublé et accepte le défi, tout en appuyant le fait qu’il n’ait que très peu joué aux échecs dans sa vie. Le narrateur essaye alors de comprendre comment il peut connaître aussi bien ce jeu, et s’ensuit alors le récit de la vie de l’homme.

           

            Monsieur B., comme l’appelle le narrateur, appartenait à une riche famille viennoise d’avocats qui se bornaient à protéger les biens des membres de la famille royale et de la congrégation religieuse, cela en toute discrétion. Mais avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, ils firent passer certains biens dans d’autres pays pour les protéger des saisies et cela, plus le fait qu’ils  étaient au courant de certaines informations secrètes, les rendaient hors la loi. Aussi,  la présence d’un espion dans leur cabinet précipita l’arrestation  de monsieur B. par les officiers de la gestapo. Ces derniers espérant pouvoir lui soutirer des renseignements ou de l’argent ne l’envoyèrent pas dans un camp mais l’enfermèrent dans une chambre particulière de l’hôtel Métropole où la gestapo avait établi son quartier général. Les nazis y pratiquaient une torture particulière, l’isolement complet avec pour but de détruire psychologiquement le prisonnier. L’homme décrit sa chambre, possédant un  confort sommaire mais suffisant  et surtout aucune ouverture sur l’extérieur, la porte restant toujours verrouillée. Il ne pouvait plus voir le temps passé dans sa cellule puisqu’on lui avait pris sa montre, il ne pouvait ni lire ni écrire, même la mort n’était plus une alternative puisqu’il n’avait pas les moyens de se la donner. Le gardien avait pour ordre de ne pas lui adresser la parole. Pendant quinze jours  ses pensées étaient ressassées jusqu’à lui faire mal. Puis commençèrent les interrogatoires, violents de par leurs enjeux par rapport à monsieur B., il ne savait ni ce qu’il pouvait dire ni ce qu’il devait taire car il ne pouvait deviner les informations détenues ou non par les nazis. Pourtant le pire pour lui était de revenir dans sa chambre, au « néant », où il ne pouvait que ressasser les réponses données lors de l’interrogatoire.

            Pour s’occuper, il  avait essayé de réciter des choses apprises dans le passé ou bien de faire des calculs mais dans cet environnement, il n’y arrivait pas. Il passa quatre mois dans ces conditions. Puis se produisit un événement inattendu ; le 27 juillet, date qu’il put lire sur un calendrier en attendant l’interrogatoire, il parvint à dérober un livre du manteau d’un officier.

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            Mais il se trouve que cet ouvrage qu’il espérait être un roman ardu et long à lire n’est qu’un simple manuel de 150 parties d’échecs de grands maîtres. Après réflexion cet ouvrage se révéla être salvateur pour monsieur B., seul divertissement possible. Il parvint rapidement à reconstituer un échiquier et des pièces à l’aide de morceaux de mie de pain et du quadrillage de son drap de lit. Disposant d’un temps illimité il commença à rejouer les différentes parties du livre et, au bout de quinze jours il pouvait se représenter une partie sans échiquier tangible, dans l’abstrait. Cette activité lui permettait enfin de remplir ses journés  et d’apprendre des techniques de jeu qui l’aidèrent sur un autre plan. En effet lors des interrogatoires il possédait une meilleure défense contre les menaces feintes et les questions détournées de ses  bourreaux. Mais au bout de trois mois, ayant épuisé toutes les parties du manuel, il se retrouva devant le néant. Et lui vint l’idée d’être son propre adversaire.

           

            Mais comment un seul cerveau pourrait tenir le rôle de deux joueurs, l’intérêt des échecs résidant dans le fait que l’on ne connaît pas le coup prévu par l’autre ? C’est en essayant pendant des semaines  de jouer seul une partie d’échecs que vint la crise : le dédoublement psychologique induit par cette situation fit basculer monsieur B. dans la folie et il sombra dans la schizophrénie, car lorsqu’une part de lui-même perdait l’autre était poussée à rejouer par violent un esprit de revanche. Le jeu le poursuivait même en rêve. Il en vint à agresser le gardien qui, l’ayant entendu hurler contre lui-même était entré dans sa cellule. Il s’était alors jeté contre le gardien puis, comme on essayait de le maintenir, il s’était blessé lui-même en se jetant contre la fenêtre du couloir. Il fut alors envoyé à l’hôpital et recouvrit l’usage complet de ses sens, et il y rencontra un médecin ami de son oncle qui lui conseilla de ne plus s’approcher d’un échiquier et, comprenant sa situation  réussit à le faire libérer.

           

            Monsieur B. dut ensuite quitter son pays et il se retrouva sur ce paquebot. Aussi, explique t-il au narrateur, lorsqu’il vit la partie disputée par l’équipe de MacConnor et Czentovic, sa curiosité de voir jouer une vraie partie d’échecs avec deux joueurs bien distincts opposés l’emporta et il s’impliqua tout de suite dans la partie. Il explique alors sa décision de jouer contre le champion par le fait qu’il aimerait savoir s’il est vraiment capable de jouer contre un adversaire réel. Puis il ajoute qu’il ne tient à disputer qu’une seule partie, par peur de sombrer dans la folie.

           

            Le jour suivant se déroule le match tant attendu, et le contraste entre les deux joueurs annonce une partie mémorable. Czentovic reste figé dans une attitude concentrée alors que monsieur B. conserve un air dégagé. Les deux joueurs combinaient leurs coups plusieurs tours à l’avance, ne permettant pas aux spectateurs de réellement parvenir à suivre la partie en cours. La lenteur de réflexion du champion du monde énerve monsieur B. qui redécouvre le plaisir du jeu. Et ce dernier gagna la première partie avec une facilité déconcertante. Issue extraordinaire, un inconnu ayant battu la célébrité des échecs. Cet échec réveille en Czentovic un esprit de revanche, il demande une seconde partie et,  monsieur B., bien qu’ayant assuré ne vouloir jouer qu’une seule partie, accepte. Cette fois la partie devient une véritable bataille psychologique et, Czentovic, ayant perçu les faiblesses de son adversaire, il utilisait sa lenteur pour affaiblir son adversaire. L’autrichien, retombant dans sa folie, retrouve différents symptômes des crises qui le minait pendant sa captivité, une soif perpétuelle, un état d’excitation dangereux. Czentovic exagérant la lenteur de ses coups, monsieur B., sombrant de plus en plus dans l’absurde, le narrateur intervient afin de lui rappeler ses excès passés. Monsieur B. s’excuse alors auprés du champion et se promet de ne plus jouer aux échecs. C’est Czentovic qui a le mot de la fin, daignant admettre que son adversaire était « très remarquablement doué » pour un dilettante.

 

B) Analyse du texte:

 

    Introduction:

            Cette nouvelle de Zweig a été rédigée lors de sa retraite au Brésil en 1941, soit en plein milieu de la seconde guere mondiale. L’auteur s’est suicidé avant de voir le fascisme disparaître d’Europe. C’est donc une œuvre pleine de sens dans le contexte de l’époque sur ce que Zweig percevait comme le fait que « l’Europe, s’est détruite elle-même » (citation contenue dans le mot d’adieu de Zweig lors de son suicide). On peut aussi constater que c’est la première fois que l’écrivain se réfère directement à l’histoire contemporaine. 

                                                  

 

 

 

            On remarque surtout que le rôle du narrateur, cet autrichien en voyage et spectateur du récit d’une Europe et de citoyens violentés par le nazisme, s’adapte parfaitement à la position de Zweig lui-même, ne percevant la seconde guerre mondiale et ses conséquences que depuis sa retraite. Pourtant Zweig n’était pas seulement spectateur, c’était un pacifiste engagé mais peut être découragé par une vision extérieure et  alarmiste de la montée du fascisme.

 

            Zweig a été confronté à plusieurs désastres, il avait déjà assisté à la 1ère guerre mondiale qui lui avait inspiré  « Jérémie » en 1916 et lui déclencha une violente répulsion de la guerre.

Ainsi, lorsque la seconde guerre mondiale éclate, il ne peut qu’être révolté par ce retour sous une forme bien pire, celle du nazisme, de la guerre en Europe. Il faut aussi souligner que Zweig a subi le nazisme sous diverses formes ; dés 1933 on brûlait les livres du « juif » Zweig en autodafé. Puis celui-ci s’exile en 1934 en Angleterre, on peut penser que c’est devant l’imminence d’une guerre et la montée de l’antisémitisme. En 1938, il parcourt l’Amérique du Nord, le Brésil, la France, et l’Autriche ; (son pays natal) où sa mère se meurt, tourmentée par les nazis.

 

 

            Enfin après s’être installé au Brésil, il se suicide avec sa femme, laissant un mot d’adieu dans lequel on peut sentir tout le pessimisme qu’il avait dans sa vision de la situation européenne :

 

          « (…) De jour en jour, j’ai appris à l’aimer davantage (le Brésil) et nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon language a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même. (…) »

 

            Cette partie de son mot d’adieu montre bien le désarroi de Zweig lié à la montée du fascisme en Europe. Son « language » disparu peut être le pacifisme qu’il défendait ou même le signe de la non-liberté d’expression  régnant dans les pays occupés par le nazisme. L’Europe qui s’est « détruite elle-même » le symbole d’une guerre qui pour Zweig ne peut plus avoir d’issue favorable, et dont le fascisme ressort vainqueur. Sort que d’une certaine façon partage le héros du livre, monsieur B., peut être la personnification d’une Europe blessée jusqu’à sombrer dans la folie et qui ne peut guérir des tortures du nazisme.

 

   1) Analyse

 

            Dans une analyse linéaire on pourrait retenir que Zweig développe son histoire dans une structure assez complexe puisque dès le début de la nouvelle on est plongé dans le premier récit de la vie du champion du monde d’échecs Mirko Czentovic et l’évolution de sa rapide carrière puis on bascule sur un nouveau personnage, le Docteur B. Pendant la longue explication de l’autrichien quant à son intérêt pour les échecs, le premier héros est un peu oublié, jusqu’à l’évocation  de la pratique aussi  monomaniaque des échecs du deuxième protagoniste principal de l’histoire. Le lien qui unit ces deux récits n’apparaît que tardivement dans l’intrigue, procédé qui permet à Zweig de conserver un suspense assez important sur une grande partie de sa nouvelle. Ici l’intérêt du récit est nourri de la curiosité du lecteur de percer le mystère de la réussite aux échecs de ces deux protagonistes. Zweig manifeste, au travers du questionnement du narrateur sur la capacité d’un être humain à concentrer son activité mentale sur les 64 cases d’un échiquier, sa propre curiosité face aux secrets et aux mystères humains. Après tout Czentovic ne peut-il pas être considéré comme inhumain ? Ce type de génie  paradoxal ( ici le slave ne montre que peu d’intelligence en dehors des échecs), existe dans la réalité. Par exemple, certains individus de faible intelligence, sont toutefois capables d’effectuer de mentalement des calculs surhumains. On a dans cette nouvelle la confrontation entre deux types d’intelligence qui pourtant se rejoignent dans la pratique des échecs. Peut-on alors suggérer qu’il existe une prédisposition aux échecs, peut être biologique comme il y en aurait pour les mathématiques ? La vraie question serait alors : y a t-il une distinction entre la logique et l’intelligence ?

 

 

 

 

 

 

            « Le joueur d’échecs » met  donc en lumière plusieurs thèmes importants. Parmi ceux-ci on remarque une question sur la folie qui serait formulée ainsi : La folie vient-elle de l’extérieur ou de l’intérieur ? En effet, si on examine le cas de monsieur B. on peut se demander si ce sont les nazis qui l’ont rendu fou ou bien si c’est son esprit qui s’est créé une folie dans la solitude. On peut aussi se demander si les circonstances de cette crise ne sont pas un simple déclencheur de la schizophrénie de l’autrichien: autant de questions soulevées auxquelles il est difficile de répondre.

            Dans des thématiques plus évidentes, Zweig évoque bien sur le sadisme des nazis qui ont inventé des tortures destructrices aussi bien physiques que psychologiques, mais aussi l’horreur de l’isolement social que subit  le docteur B., presque heureux de subir les interrogatoires pendant lesquels il est en mauvaise posture mais où il a au moins l’impression d’exister, car étant au contact d’autres hommes. Est abordée aussi la fièvre du jeu dans la personne de MacConnor prêt à dépenser énormément d’argent pour voir le champion vaincu par  « son  joueur ».

 

            Si on regarde de plus prés le texte en lui-même, on peut alors voir dans le narrateur une représentation de Zweig,, dans le personnage de monsieur B. une Europe torturée et dans Czentovic, le froid champion une représentation du nazisme. Car le personnage du slave surdoué réagit au jeu de façon déshumanisée et sadique en utilisant sa lenteur pour déstabiliser son adversaire. On remarque aussi que ce personnage est dénué d’intelligence à l’inverse de l’ancien avocat. On perçoit bien lors de leur affrontement la différence entre une stratégie froide et mécanique qui pourrait être apparentée à celle de l’Allemangne nazie ( à l’instar de la blitz krieg ; stratégie déshumanisée et efficace) et la stratégie de monsieur B. basée sur la réflexion et des attitudes plus humaines. A ce titre, on retrouve le pessimisme de Zweig car la victoire de Czentovic, c’est la victoire du fascisme sur les valeurs auxquelles Stefan Zweig lui-même croyait. Cette analyse souligne le défaitisme de Zweig que lui-même défendait comme une de ses valeurs et qui est peut être la cause de son suicide, car sa vision fausse d’une Europe définitivement battue par l’Allemagne nazie l’a probablement précipité encore plus vite dans le désespoir que les évènements eux-mêmes.

 

  

 

Conclusion : 

 

            Cette dernière nouvelle de Zweig écrite peu avant son suicide montre bien son analyse personnelle de la chute des valeurs qu’il défendait et de l’Europe qu’il aimait. En effet, on peut percevoir dans les tortures subies par le  Docteur B. celles  infligées  par le régime nazi au peuple européen lors de la seconde guerre mondiale et dans la partie d’échecs, la confrontation entre le nazisme et l’humanisme auquel croyait l’auteur. De plus, la dimension psychologique du récit montre la fascination de Zweig, très intéressé par les travaux de Freud, pour les secrets du psychisme humain.