Fiche de lecture d’économie :

La France peut se ressaisir Patrick Artus

 

 

Le chômage, l’inflation et les délocalisations ont durant les années 1990 accentués le pessimisme économique qui règne depuis le premier choc pétrolier de 1973. Cette morosité a été cristallisé en France par l’ouvrage Les trente piteuses de Nicolas Baverez par opposition aux « trente glorieuses » de Jean Fourastié.

Cet essai de Patrick Artus et Marie-Paule Virard se veut être une réaction face à ce pessimisme et ne se borne pas au constat. Les auteurs proposent à la France des solutions afin qu’elle puisse se ressaisir.

Les auteurs vont s'attacher à décrire le fait qu'il faut favoriser la croissance, encourager industrie, améliorer notre productivité collective, réforme des services publics, de moderniser sans démagogie l'État-providence, mieux maîtriser les dépenses d'argent public, résister à la mondialisation en étant aussi créatif que nos concurrents pour inventer des produits différenciés et mener une politique économique intensive.

Chapitre 1 : Faire plus de croissance, c'est possible

Les secrets de la productivité américaine

Dans cette première partie, les auteurs insistent sur le différentiel de croissance entre la France les États-Unis. Ils expliquent ce décalage en premier lieu par les écarts de productivité. En effet en France, les lois Aubry ont d'une certaine façon diminué le temps de travail alors que celui-ci n'a cessé d'augmenter aux États-Unis ; en outre le taux d'activité des 55-64 ans est beaucoup plus élevé aux États-Unis qu'en France (39 % en France contre 60 % aux États-Unis) ce qui implique que bien que la productivité par tête soit plus élevée en France qu'aux États-Unis, les États-Unis. Toute productivité plus important que la France.

L’une des autres causes qui expliquent ce décalage est l'effort d'investissement considérable des États-Unis dans le secteur des nouvelles technologies. En effet les États-Unis n'ont cessé d'investir dans ce secteur depuis les années 90 alors que les Européens n'y investissaient que par à coups que quand la demande est au rendez-vous.

 

Il n’y a que 18 entreprises française parmi les 300 champions mondiaux de la R&D

En effet ce manque d'innovation se fait cruellement ressentir sur la croissance européenne. Les auteurs constatent sur les 300 champions mondiaux de la recherche-développement seulement 18 entreprises françaises y figurent. Ils ajoutent que l'un des handicaps majeurs de la France est son incapacité structurelle à pérenniser les sociétés de haute technologie.

En outre, ce manque d'investissements en RD a des conséquences fâcheuses sur la désindustrialisation en France. Les investissements en RD étant moins nombreux, la diffusion est donc moindre et donc le secteur secondaire se déverse non pas dans le secteur sophistiqué comme en Grande-Bretagne aux États-Unis mais dans les secteurs fragiles et peu productifs à long terme comme le tourisme, la distribution où  selon les auteurs « la productivité et les qualifications restent faibles ».

 

La France dépense 8 000 dollars par an pour chacun de ses étudiants, l’Amérique 21 000 dollars

Les auteurs insistent également sur les investissements insuffisants de l'État français en ce qui concerne l'enseignement supérieur. En effet les États-Unis dépensent 21 000 $ par étudiant par an alors que la France en dépense à peine 8 000 $. Ce qui a pour conséquence d'accentuer un peu plus la « fracture technologique » entre la France et les États-Unis.

 

La France est, avec l’Italie, le plus réglementé des grands pays industrialisés

Enfin pour terminer sur ce point, les auteurs insistent sur le faîte que la France est un des grands pays industrialisés les plus réglementés du point de vue des lourdeurs administratives, du point de vue de marché de l'emploi, du point de vue du poids de l'État, du droit de faillite, les licenciements etc.

Pour résumer, les écarts de productivité entre les deux pays s'expliquent par :

-- l'importance du développement des N.T.I.C

-- la déformation de la structure sectorielle de l'économie, très variable.

-- le contexte général (poids de l'État, politique publique économique etc.)

 

Chapitre 2 : Faire de la mondialisation une chance

 

La concurrence des pays émergents entrés dans l'Union Européenne en mai 2004 cause de nombreuses délocalisations : les politiques salariales des pays industrialisés sont plus difficiles à tenir et il leur faut être plus compétitif pour compenser. Arthus préconise le mariage des biens et services, adopter une attitude protectionniste vis-à-vis des produits innovants exposés à la concurrence. Il croit en un cycle vertueux où les secteurs à forte concurrence doperont l’investissement l’emploi. Cependant la concurrence est la même dans le haut de gamme : sur le long terme, les pays émergents envisageront de passer de la faible valeur ajoutée à la haute valeur ajoutée. L’économie américaine s’en est bien tirée car elle a su investir dans les nouvelles technologies de l’informatique et de la communication et entraîner une diversification d’activités vers des secteurs protégés.

 

Quatre modèles européens

L'Allemagne s'est spécialisée dans les biens d'équipement et d’automobile, la France dans la construction automobile, l'Espagne et la Grande-Bretagne n'ont choisi aucun secteur dans lequel ils auraient pu se spécialiser et accusent des déficits sur tous les produits. La stratégie espagnole n’a pas été efficace sur le long terme : au début, la croissance, la création d’emplois, un excédent budgétaire historique, la hausse du niveau de vie ont donné l’illusion d’un pays-modèle. Mais l’Espagne connaît une croissance négative de sa productivité, là où l’Allemagne et la Grande-Bretagne s’en sont mieux sortis.

L’économiste envisage deux situations : à court terme, le repli sur des secteurs peu sophistiqués peut favoriser la croissance et l’emploi ; à long terme, ces emplois crées ont une productivité faible, contrairement à ceux générés par la spécialisation. L’absence de spécialisation internationale entraîne à long terme un appauvrissement du pays, une baisse de la croissance et une aggravation des déficits extérieurs. Le modèle britannique est lui aussi fragile : il risque d’être plus dépendant en importation de produits manufacturés puisqu’il  a choisi les services. Les modèles allemands et français sont en crise : leurs coûts salariaux sont un obstacle à  la compétitivité, ce qui les rend particulièrement sensibles à la concurrence des pays émergents.

 

La concurrence des pays émergents

Le problème est épineux pour l’Allemagne et la France en particulier, car la compétitivité dépend avant tout des coûts salariaux. Les salaires n’ont pas progressés plus vite que la productivité. De plus, la croissance de la production de nouvelles technologies est plus rapide en Asie qu'en Europe. Les pays développés doivent donc investir davantage, faire de plus en plus dans le haut de gamme mais surtout baisser leurs coûts salariaux. Arthus suggère aussi des alliances industrielles et commerciales mutuellement profitables les concurrents.

 

Choisir la spécification industrielle plutôt que l’économie de services.

Les emplois de services ont une productivité faible, ils réduisent le capital humain et nuisent donc à la croissance potentielle. L’économie de services condamne le pays à un déficit extérieur chronique, faute de production de bien manufacturés. Deux thèses s’affrontent à propos de la désindustrialisation : faire du protectionnisme envers les industries locales et se spécialiser vers des produits différenciés. Cependant la protection des industries locales ne semble pas efficace. Protéger des industries qui fabriquent des produits identiques à ceux des pays émergeant est sans doute une perte de temps. La seule solution semble être la suivante : il faut adapter l'outil industriel à la nouvelle spécialisation internationale du travail. Il faut cependant éviter l’industrie totale (Allemagne) ou uniquement les services (Grande-Bretagne). La France doit éviter de tomber dans la dépendance industrielle, et doit marier industrie haut de gamme et développement de services protégés. Il faut ajouter à cela une stratégie de différenciation des produits, comme au Japon et en Allemagne.

 

L’exemple japonais.

Le  Japon est le seul pays développé à s'être intégré avec succès dans le processus de spécialisations internationales avec le reste de l'Asie et avec la Chine en particulier. Dans beaucoup de domaines il n'a  pas autant de lacunes que la zone euro. Le niveau d'éducation est ailleurs plus élevé au Japon qu'en Europe. Enfin, l'effort d'investissements directs des firmes japonaises et proches de celui des firmes américaines et bien supérieur à celui des firmes européennes. L'exemple du Japon montre que la montée en puissance des pays émergents n'est pas forcément une menace pour les pays développés mais est peut-être  un moyen de relancer la croissance de leurs économies. La France doit adapter son économie à l’implantation de grands groupes. En effet, la lutte qu'est la mondialisation ne se joue pas uniquement sur le terrain des salaires. L'économie française a encore ses chances dans la mondialisation.

 

Chapitre 3 : Politique économique : un nouveau rôle pour l’Etat

 

La zone euro est prisonnière d’un système de contraintes limitant l’action des pouvoirs publics. Artus et Virard proposent diverses solutions pour pallier à ces faiblesses de l’action publique nationale.

 

Inventer un « nouveau keynésianisme »

La crise des années 1980 a discrédité le keynésianisme, phénomène renforcé par l’arrivée de Thatcher et Reagan au pouvoir et par la crise japonaise des années 1990. Mais à partir de la mi-2000, l’explosion de la bulle Internet, les attentats du 11 septembre et l’affaire Enron ont remis en cause le libéralisme dominant, entraînant un possible retour du keynésianisme. Mais aux Etats-Unis, malgré un effondrement brutal de la demande, les gains de productivité sont restés élevés, la profitabilité des entreprises a vite remonté et la croissance potentielle est installée à 3,5%. Il leur faut néanmoins soutenir l’activité, et ce, grâce à une politique classique keynésienne : les dépenses publiques, civiles et militaire augmentent tandis que les impôts diminuent.

 

Investir massivement dans les nouvelles technologies

Le problème est différent en Europe : la récession de 2001-2003 a été déclenchée par le recul du commerce mondial et des exportations, suivi de la baisse des dépenses des entreprises devant restaurer leur profitabilité et se désendetter. On a donc constaté la baisse des exportations, des investissements, des stocks et de l’emploi. De plus, la zone euro est confrontée à un problème structurel d’insuffisance de l’offre, entraînant la faiblesse de la croissance potentielle. Pour pallier à ces faiblesses, la zone euro requiert une politique pertinente et efficace susceptible d’avoir des effets positifs à moyen terme sur la croissance et l’emploi : la « two handed approach ». Il faut ainsi développer le secteur des nouvelles technologies, en le soutenant grâce à des contrats publics, ce qui permet aux entreprises de se développer et investir davantage.

 

Investir sur l’éducation supérieure, là où se joue la  bataille de la connaissance

Dans les pays industrialisés, la croissance ne peut venir que de l’éducation. Une hausse des dépenses d’enseignement supérieur augmenterait le capital humain, la qualification de la population active et la croissance potentielle. L’enjeu est même de promouvoir le supérieur du supérieur, là où se joue la bataille de la connaissance, la base des futurs avantages comparatifs.

 

Favoriser à moyen terme l’emploi des plus de 55 ans

Il faut anticiper la pénurie d’offre due à l’augmentation du nombre de retraité afin de ne pas entrer dans un processus d’appauvrissement collectif. Pour pallier à ce processus, Artus et Virard préconisent la mise en place d’un système d’impôt négatif (supplément de revenus en cas de retour sur le marché du travail afin de remotiver les chômeurs), une baisse de la taxation du travail (accroissement du revenu net lié à un surcroît d’activité), ainsi qu’un ciblage de la baisse des charges sociales des employeurs et salariés en faveur des plus de 55 ans.

Aider les « entreprenants » à émerger et à prospérer

Les « entreprenants » sont à la source de la création de richesse, il faut donc les aider à émerger et à prospérer grâce à un cadre adapté et efficace, propice à l’innovation et aux gains de productivité. Les auteurs s’appuient ainsi sur la déréglementation. En effet, la déréglementation du marché des biens accroît la concurrence, fait disparaître les rentes d’oligopoles et satisfait davantage les consommateurs ; elle facilite aussi la création d’entreprises, l’entrée de nouvelles entreprises sur le marché et stimule donc le progrès technique. Et la déréglementation du marché du travail réduit les coûts de licenciement, limite les sureffectifs, rend plus efficace l’allocation du travail entre les secteurs, évite les rentes de monopole des syndicats et réduit ainsi le chômage structurel.

Depuis quelques années, la France s’est sensiblement déréglementée, consacrant ainsi l’installation d’une société du travail à deux vitesses. Ce dualisme décourage notamment la formation des salariés et constitue ainsi une entrave aux innovations. Si l’on s’en tient à la théorie, la flexibilité devrait se traduire par une accélération des flux entre emploi et chômage et donc par une amplification des cycles et une réduction de la durée du chômage. Malgré cela, la déréglementation du marché du travail n’est pas la seule condition d’une baisse significative du nombre chômeur si on regarde par exemple le cas de la France.

 

Favoriser la concurrence et faire disparaître les rentes d’oligopoles

Les rentes d’oligopoles sont nombreuses en France et les pouvoirs publics ne s’empressent pas de les faire disparaître. L’Etat estime en effet que ce soutien indirect à certaines entreprises leur évite de licencier et protège ainsi l’emploi. Il compromet en réalité la croissance de long terme car ces entreprises n’ont aucune raison d’investir dans la productivité. En effet, l’accroissement de la concurrence réduit les rentes d’oligopole et favorise le remplacement des entreprises inefficaces par d’autres plus efficaces. Il augmente certes le risque des salariés de voir les entreprises durcir leurs positions dans les négociations sur le marché du travail et imposer ainsi un turnover accru, mais il permet aussi l’augmentation de la production d’ensemble et donc la hausse des salaires, des investissements et la baisse du chômage.

 

Chapitre 4 : Augmenter le pouvoir d'achat des Français

Pour les auteurs, les réformes structurelles doivent s'accompagner d’une hausse de la consommation des ménages. Or, en France, la demande des ménages n'est pas éblouissante, car le taux d'épargne est trop élevé (par rapport avec les États-Unis). Les auteurs se demandent alors si notre retenue face à l'endettement n'est pas excessive au point de peser sur la consommation. Pour cela, ils décrivent dans ce chapitre, quels sont les moyens de stimuler la dépense des ménages.

 

Trop d'épargne nuit à la croissance

Les taux d'épargne américains et européens sont très différents (respectivement 4 et 15 % en moyenne). Les Français épargnent plus que les Américains ne s'endettent... Et pourtant, la décennie 90 aux États-Unis a été marquée à la fois par une baisse constante du taux d'épargne et par une explosion de l'endettement. Conclusion : le taux d'endettement élevé des ménages américains fait incontestablement courir un risque au système en cas de remontée rapide des taux d'intérêt. Mais, pour les auteurs, « il n'est pas absurde de soutenir que les ménages européens ont trop au cours aux crédits, parce que le système bancaire ne joue pas bien son rôle ». Cela explique le frein de la croissance.

Dans les deux cas, il y a une baisse lente mais régulière de la part des salaires dans le revenu disponible. Cependant, quand en France cette érosion s'accompagne d'un effritement de la consommation des ménages, ce n'est pas le cas aux États-Unis car la consommation des revenus du capital est considérée comme une source normale consommable alors qu'en France on consomme revenus du travail mais on thésaurise celui du capital. Lorsqu'en Europe ont réduit la part des salaires dans le revenu national, ont réduit aussi presque mécaniquement la demande intérieure.

 

Stopper la déformation du partage du revenu en faveur du capital

Compte tenu de ses effets sur la consommation, la déformation du partage de la valeur ajoutée au profit des entreprises n'est pas forcément une bonne chose en France, car elle contribue à la faiblesse de la demande sans pour autant stimuler les investissements. Ces observations vont plutôt dans le sens d'une hausse de la part des salaires susceptible de stimuler la demande des ménages. Cette masse salariale doit-elle provenir surtout des salaires ou de l'emploi ? En matière d'emploi, les performances des pays européens sont hétérogènes.

 

Associés créations d'emplois et modération salariale pour les « insiders »

Pour aborder cette réflexion les auteurs se demandent en quoi la production a-t-elle été partagé entre productivité par tête et emploi. En France, les créations d'emplois sont faibles car on privilégie le revenu des actifs, la hausse des salaires. On débouche paradoxalement sur une baisse de la part des salariés dans le revenu global. Donc, les auteurs défendent à la fois la hausse de la part des salaires (clé de la consommation en France) en même temps que la création d'emplois associés une modération salariale des insiders.

 

Le champ de la politique économique est immense ce qui montre à quel point l'économie a besoin de l'État : pour financer la recherche et l'éducation supérieure, pour susciter l'émergence de pôle d'innovation, pour offrir un cadre stimulant aux entreprises. Pour cela, l'État doit avoir les moyens d'agir. Il faut donc entamer une réforme profonde de l'État.

 

Chapitre 5 : Réformer l’Etat, une priorité

 

Pour les auteurs, il y a une double urgence à entamer une réforme de l’Etat. En effet l’équilibre des finances publiques est menacé d’une part par la concurrence des politiques fiscales et sociales des différents pays européens (faute de coordination entre eux), et d’autre part par les coûts provoqués par la demande croissante de services publics, en raison du veillisement de la population. Plus les déficits publics augmentent, plus la dette enfle. L’endettement de la France pourrait même touché la barre des 65% du PIB en 2005. Il s’agit pour les auteurs d’une tendance insoutenable sur le long terme.

 

Les méfaits de la concurrence fiscale dans l’Union européenne élargie

On peut faire le constat des écarts qui existent entre les taux de cotisations sociales ou le niveau de protection sociale entre les pays (retraites publiques, dépenses de santé…).  La coordination des politiques fiscales semble impossible car la combinaison optimale des politiques économiques dépend en grande partie de la taille des pays. Cette absence de coordination profite donc à beaucoup d’Etats membres comme le Royaume-Uni ou les PECO où la pression fiscale est plus faible qu’en France ou en Allemagne, ce qui attire les investissements étrangers.

 

Des dépenses publiques explosives

Le vieillissement de la population dans l’ensemble des pays européens va entraîner à la fois une hausse des dépenses de retraites, et une hausse des dépenses de santé qui, on le sait, tendent à augmenter avec l’âge.

Cette hausse des dépenses publiques dans ces deux « domaines » pose un problème pour le développemnt économique de l’Europe dans les années à venir. En effet, d’autres secteurs nécessitent d’importants financements comme les nouvelles technologies, l’Armée, ou encore la prévention des nouveaux risques (climatiques, épidémiques, alimentaires, terroristes…).

Le coût représenté par ces « nouvelles dépenses publiques » lié à une baisse des impôts ne peut conduire qu’à une explosion des déficits publics. En effet, si les dépenses publiques représentaient 47% du PIB en 1980, elles en représentent aujourd’hui 54,7%. Les auteurs expliquent en partie ce phénomène par le poids de la masse salariale et celui du montant des retraites versées aux salariés des administrations publiques.

C’est pour cette raison que Patrick Artus préconise la réforme de l’Etat pour éviter une faillite des comptes publics liée aux deux contraintes fortes du futur : nouvelles dépenses publiques nécessaires et concurrence fiscale.

Il propose trois grandes options : réduire les dépenses publiques dans des domaines où la demande est forte (santé, retraite, chômage). Par ailleurs, la réforme du marché du travail prévoit elle aussi une réduction forte de la générosité de l’Etat. Deuxièmement, procéder à un choix plus sélectif en laissant progresser les dépenses prioritaires (éducation…) tout en réduisant le coût d’autres domaines (retraites, allocations…). Enfin, augmenter les coûts de productivité de l’Etat en réduisant les coûts des services publics tout en en conservant la qualité.

 

Santé : les limites d’une logique de rationnement

Il semble que les dépenses de santé vont exploser avec le vieillissement de la population. Il convient de souligner que ce phénomène n’a pas que des effets néfastes. En effet, on doit penser aux emplois qualifiés créés dans le domaine de la santé et aux impacts sur la recherche et le développement.

La privatisation de l’assurance maladie n’améliorera pas le niveau de vie des ménages. En effet, ces derniers, au lieu de cotiser via les prélèvements obligatoires, cotiseront à des mutuelles et assurances privés ce qui aura le même impact sur le niveau de consommation des ménages. Par ailleurs, il fait remarquer que ce système appliqué aux Etats-Unis, n’empêche nullement la hausse des coûts de santé et n’améliore pas la qualité des soins.

Il ne s’agit pas de renoncer aux méthodes traditionnelles mais d’envisager les techniques habituelles des assurances : les bonus malus. Patrick Artus propose de moduler les cotisation suivant la consommation individuelle de santé, afin d’inciter les plus « gros consommateurs » à limiter certaines dépenses « abusives » (sauf dans le cas de traitements lourds et longs). Un autre risque serait de voir les assurances « choisir » leurs clients suivant le risque potentiel de maladie chez chaque individu.

 

Introduire les gains de productivité dans l’Etat

Le grand chantier est la productivité des services publics. Citant le Canada et la Suède comme deux exemples de réussite, les auteurs suggèrent donc de profiter du départ en retraite des baby-boomers pour réduire les effectifs. Plus que la réduction des effectifs, il faut redéfinir les missions, redéployer les effectifs, créer des mécanismes incitatifs pour réduire les coûts des administrations publiques. Ce chapitre s'appuie surtout sur des exemples, dont celui de la Suède développé en conclusion.

 

Les Suédois ont ouvert la voie

La structure de l’administration suédoise a été complètement redéfinie. 99% des fonctionnaires travaillent désormais dans des agences au fonctionnement semi-autonome vis-à-vis des ministères. Ces derniers se contentent de définir des objectifs. Chaque agence établit alors le budget nécessaire à la réalisation de sa tâche. Chaque agence est responsable de tout dépassement de budget; elle est aussi responsable du recrutement de ses fonctionnaires, les négociations salariales ont lieu au niveau de chaque agence et les rémunérations sont liés à la performance. Ainsi, l’  souligne que les suédois ont réduit le coût des administrations publiques de 30%, tout en préservant la qualité de leurs services (santé, éducation…).

 

            Conclusion :

 

                Comme les auteurs l’ont affirmé plusieurs fois, l'État ne doit pas être réformé de manière ultralibérale. La France a besoin au contraire besoin d'un État efficace et volontariste. De plus, il est absurde de penser que la mondialisation rime forcément de régression sociale. Cependant, les dépenses de santé doivent être diminuées et l'État doit se redonner des marges de manoeuvre pour financer les universités et la recherche. Les hommes politiques doivent penser la réforme non pas comme une contrainte mais comme un espace de conquête.