Biographie des auteurs :

 

Patrick Artus est Directeur de la recherche de CDC-Ixis, professeur à l’université  Paris I, et à l’école polytechnique. C’est un spécialiste de l’économie internationale et de la politique monétaire. Il a été entre autre Directeur des études de l’ENSAE (1982-1985) . Il a écrit une centaine d’articles et de nombreux ouvrages dont des recherches sur le chômage, l’épargne ou encore la macroéconomie.

Marie-Paule Virard est rédactrice en chef du mensuel économique Enjeux-Les Echos. Elle a aussi  participé à certaines  publications de réflexion sur l’économie.

 

Synthèse de l’ouvrage :

 

L’analyse de P.Artus et de M.P.Virard se base sur une démonstration de type constat-analyse-solutions possible, des divers problèmes abordés correspondants à la problématique tout en suivant une progression logique au fil des chapitres. L’introduction présente le problème abordé par les auteurs c’est à dire le positionnement économique de la France dans le monde globalisé que l’on connaît aujourd’hui. La question posée est : peut-on améliorer les capacités économiques de la France et comment faire face à divers éléments qui freinent sa croissance. Car les auteurs se basent sur le constat de la croissance faible de la France par rapport à d’autres pays pour débuter leur analyse. D’après eux, la faible croissance reflète des problèmes structurels dans le pays qui pourraient être changés, et parfois à l’aide de modèle de réussite d’autres pays. En effet cet ouvrage se base largement sur des chiffres réels et une analyse empirique du problème de la France parfois élargi à  l’ Europe sur certains éléments.

Le but de ce livre paraît donc être de comprendre les enjeux économiques aujourd’hui présent dans le pays de la façon la plus objective possible, en essayant de faire réfléchir les citoyens sur la problématique posée. On remarque alors que cet ouvrage se veut accessible à tous et n’use pas d’un langage incompréhensible pour les non initiés aux sciences économiques et sociales.

 

Le premier chapitre du livre se base sur la perspective de faire de la croissance un objectif très important si on veut faire évoluer la France. En effet, on s’interroge ici sur le retard pris par la France en matière de croissance par rapport aux USA. Quels sont les causes principales de ce problème ? La France et l’Europe sont, d’après les auteurs, très dépendantes des exportations à l’inverse des USA qui possèdent une bonne demande interne. Ainsi la croissance serait liée à la capacité de vendre aux autres pays et il serait donc bénéfique de vendre aux pays émergents, qui bénéficient d’une forte croissance de par leur essor. Le retour de la croissance se jouerait alors sur des investissements plus importants dans les nouvelles technologies, une main d’œuvre plus qualifiée et une réglementation moins stricte. Ici l’accent est mis sur le fait que plus de croissance engendrera de la productivité et permettra donc d’investir et de faire surgir du progrès technique dont l’essor pourra être assuré par l’Etat.

Aussi le but est d’utiliser la nouvelle mondialisation comme un vecteur de croissance durable.

La croissance potentielle est ainsi considérée comme un élément essentiel qui permet de mesurer la capacité économique d’un pays à long terme.

 

Le second chapitre se centre sur l’étude du phénomène de mondialisation et le fait que celui-ci doive être utilisé  par la France pour s’insérer dans les échanges économiques. Les auteurs démontrent que le risque face à la mondialisation de trop céder au protectionnisme en voyant arriver les vagues de délocalisations alors qu’il est possible d’y faire face grâce à une spécialisation du pays. Cette analyse fait référence aux théories des avantages absolus et comparatifs de Smith et Ricardo et à son adaptation par la division des processus productifs.

De plus pour faire face à la mondialisation toujours, on trouve ici deux scénarios possibles ;  le premier est qualifié de défensif et consiste à « déformer » la demande vers des biens et services peu concurrencés par les autres pays afin de stimuler l’emploi, le revenu et la consommation. Un second scénario est appelé offensif et s’appuie sur l’innovation technologique qui permet une diversification des produits et une baisse des prix. La France se trouve alors, lors de la comparaison de stratégies de divers pays européens dans une position intermédiaire. La deuxième question centrale de ce chapitre est le problème de la tertiarisation :  faut-il sacrifier l’industrie aux services ? La réponse donnée ici est non, car il paraît nécessaire de conserver une part d’industrie dans le pays afin de pouvoir assurer l’importation de produits et une balance commerciale équilibrée. La suite du chapitre avec l’exemple du Japon montre qu’il faut pouvoir  associer développement de l’industrie et des services et que la meilleure solution est d’adapter les théories des avantages absolus et comparatifs c’est à dire de vendre aux pays émergents les pays qu’ils ne produisent pas et de leur acheter ceux dans lesquels ils ne sont pas spécialisés.

 

            Le chapitre suivant s’attache au rôle de l’Etat dans le développement économique du pays. Les problèmes de l’économie française en particulier semblent être le déficit croissant, la dette de l’état et le niveau de l’impôt. Ici les auteurs analysent les problèmes en s’inspirant du « nouveau keynésianisme », modèle faisant la part belle aux mécanismes du marché. Il est donc conseillé de soutenir le secteur des nouvelles technologies par le biais de contrats publics, ce qui fait référence à la théorie de la croissance endogène. Les auteurs proposent trois approches adaptées à l’euro, une première basée sur l’investissement dans l’enseignement supérieur en comparaison avec les USA, une seconde qui prend plus en compte les contrats publics de l’Etat avec les entreprises usant des nouvelles technologies, et une troisième jouant sur un meilleur soutien de la consommation des ménages. Il faut aussi favoriser l’enseignement supérieur afin d’obtenir une main d’œuvre qualifiée et favoriser l ‘emploi des plus de 55 ans. Sur le problème de la réglementation la position des auteurs est alors  plus libérale, et se pose le problème de la flexibilité du travail qui se doit d’exister même si elle peut faire peser un risque inégalitaire sur les salariés. On peut ajouter que comme ces salariés sont aussi consommateurs, les variations des prix jouent aussi sur le pouvoir d’achat des actifs.

 

            Le chapitre quatre met l’accent sur le fait que le partage de la valeur ajoutée a clairement évolué en France depuis environ 20 ans en faveur du profit et donc au détriment des salaires. Pourtant les salaires permettent la consommation et ainsi aujourd’hui c’est l’épargne qui a pris le pas sur la consommation ce qui affaiblit au final le rendement des entreprises. Et on remarque aussi que la hausse des profits ne profite pas à l’investissement et donc ne permet pas de créer plus d ‘emplois. Alors comment stimuler les ménages ? Il faudrait réformer la part des bénéfices allouée aux salaires des employés, mais aussi viser à la modération salariale des employés déjà présents dans des entreprises pour éviter que les employeurs décident de ne plus embaucher.

            Enfin le dernier chapitre se penche sur la nécessité de réformer l’Etat. Les auteurs remarquent que la structure des finances publiques est inadaptée et que la concurrence fiscale au sein de l’Union Européenne même ne permet pas de faire remonter facilement  la France vers une situation d’équilibre. Pour remédier à cela, trois solutions sont évoquées : réduire les dépenses publiques, sélectionner les dépenses et accroître la productivité de l’Etat. Pour les auteurs la dernière solution semble la meilleure car il est difficile de réduire les dépenses dans certains secteurs comme est donné en exemple la santé. Ainsi on ne peut se résoudre ni à privatiser ni à réduire les dépenses dans un secteur d’avenir. Il faudrait ici rapprocher la logique de remboursement existante d’un système de bonus malus pour pénaliser les gros consommateurs qui n’ont pas de raison de l’être. La solution est donc d’améliorer la productivité des services publics. Avec les exemples de réussite de la Suède et du Canada, les deux auteurs mettent en avant le départ imminent des baby-boomers comme occasion de réduire les effectifs employés par l’Etat, et donc de redéfinir les objectifs des fonctionnaires afin de les rendre plus productifs. Cet objectif atteint, l’Etat pourra alors financer plus et plus intelligemment, en mettant l’accent sur l’aide aux entreprises, l’éducation ou encore la recherche développement.

           

            La courte conclusion reprend les points de l’analyse en l’agrémentant d’annexes utiles pour comprendre de manière empirique le raisonnement des auteurs. L’ouvrage se termine donc sur le besoin en France d’un Etat fort et volontaire, apte à réformer et agir, en évitant les régressions sociales et en faisant en sorte que les Français se rendent compte de l’effort à faire.

 

Critique de l’ouvrage : 

 

            Ce livre affiche clairement dés le départ une volonté de simplicité afin d’être compris et de permettre de réfléchir au plus grand nombre sur un sujet important. La thèse principale est appuyée par de nombreux exemples afin de rester claire. Cependant ce dernier élément permet aussi de dire que même si les directions sont données parfois les pistes ne sont pas assez fouillées dans certaines démonstrations. Par exemple sur le point de la modération salariale dans le chapitre 4 il n’est pas très évident que cette pratique pourra inciter à l’embauche. Aussi si l’on revient au début de l’analyse, la comparaison avec les USA est facile à faire mais ne prend pas en compte les spécificités européennes et françaises, en effet, par exemple la consommation américaine paraît peut-être adaptée à la volonté de faire marcher les entreprises, cela ne peut être calqué en France non seulement parce que les taux d’intérêts ne le permettent pas mais aussi parce que les Français se méfient plus des crédits que les Américains et, sur l’exemple de la recherche militaire, il est évident que les pays européens ne peuvent comme aux USA (l’Allemagne par exemple ou même la France ne serait-ce que parce que les conflits paraissent moins évidents et donc la nécessité de s’armer non plus) justifier de beaucoup investir dans ce secteur. Le fait que la France soit un pays plutôt assimilé au modèle rhénan permet aussi de comprendre qu’il risque d’être difficile de sacrifier certains services publics ou de reculer l’age de la retraite ou encore de réduire le nombre de fonctionnaires sans risquer le soulèvement social. On peut dire que même si cette approche se veut économique elle ne prend peut-être pas assez en compte le fait que les Français soient très attachés à leur Etat social.

           

De plus certaines analyses comme dans le premier chapitre, en parlant des délocalisations paraissent tenir des propos faciles (les délocalisations sont dangereuses, la mondialisation est une bataille) et populaires. Toutefois, le livre se veut abordable par tous, ce qui pourrait le justifier. Et en outre on y retrouve un certain nombre de bonnes idées qui ne basculent pas sur le modèle libéral et permettent de mélanger les atouts des modèles rhénans et anglo-saxons même si parfois on ressent une volonté de calquer le modèle anglo-saxon en France pour imiter la réussite des USA et de ses alliés ( le Japon). Mais le fait est que dans l’ensemble les propositions purement économiques pourraient être appliquées en France.Par exemple le fait de conserver une part de développement industriel tout en l’alliant aux services est une idée qui a fait ses preuves (Japon) et que l’on pourrait appliquer en France.