VOYAGES A MOTOCYCLETTE

- NOTAS DE VIAJES -

Ernesto CHE GUEVARA

 

« Qu’importe où nous surprendra la mort, pourvu que notre cri de guerre soit entendu »

Ernesto Che Guevara

Biographie :

 


Ernesto Guevara, né le 14 juillet 1928 à Rosario da Fe en Argentine, est issu d'une famille de la petite-bourgeoise argentine. Adolescent, il partage son temps entre le sport et la lecture, passion héritée de sa mère. Âgé de vingt ans, il entame des études de médecine. Quittant rapidement les bancs de l'université pour travailler dans une léproserie, le jeune médecin ne tient pas en place. Entre 1951 et 1953, il parcourt à deux reprises l'Amérique latine. Rencontrant une multitude de civilisations, le jeune médecin observe la misère et la tristesse. Lors de ses voyages, il se politise, et s'attache notamment aux idées révolutionnaires et marxistes.

En 1955, Ernesto Guevara rejoint la résistance mexicaine, opposée à  la


dictature américaine. Il y rencontre son ami Fidel Castro en 1956, les deux hommes débarquent, en compagnie de quatre-vingt hommes sur l'île de Cuba. La révolution est engagée. En janvier 1959, Cuba est libéré du joug américain, le Che est né. Guevara occupe les postes les plus importants du nouveau gouvernement, il est le penseur du groupe. A la surprise générale, il abandonne ses fonctions en octobre 1965. Il souhaite amener le socialisme dans le monde, et briser l'imposante tutelle américaine. Annoncé disparu, mort ou en Afrique, le Che a finalement repris les armes en Bolivie. Sa lutte est sans issue, en 1967 son destin est scellé. Capturé dans la forêt, interrogé, il ne répond à aucune question. Le 9 octobre 1967, sur ordre du président bolivien Barientos, le Che est exécuté d’une rafale de mitraillette. Symbole de la révolution cubaine et de l'anti-impérialisme, le Che est une figure emblématique de l'histoire du XXème siècle.

 

Tu es venu pour glorifier les larmes...

Non pour les sécher…

Tu es venu pour ouvrir les blessures...

Non pour les fermer…

Tu es venu pour allumer les brasiers…

Non pour les éteindre…

Tu es venu dire :

Que coulent les pleurs,

Le sang,

Et le feu…

Comme l’eau…

León FELIPE

(Poème que portait sur lui le Che quand il fût capturé)


 

Alberto Granado Jiménez est né à Cordoba, en Argentine, en 1922. Sa participation active aux mouvements politiques contre la dictature de Perón lui vaut un passage en prison en 1943. Il obtient son diplôme de médecin en 1948 et se consacre à la recherche scientifique. Après le succès de la Révolution, il rejoint son ami Che Guevara à Cuba. Il réside encore aujourd’hui à La Havane.

 

Le livre :

 

                Cet ouvrage est le carnet de route du jeune Ernesto dans son périple en Amérique du Sud avec son ami Alberto.

 

Les idées politiques du jeune Ernesto commencent à se former :

 

«  Il appartenait en effet à ce type d’homme particulier, que chaque race produit de temps en temps, chez qui l’autorité sans limites est un désir inconscient. Un désir qui peut aller jusqu’à rendre naturelles toutes les épreuves qu’il endure pour l’atteindre. » Ernesto dit cette phrase au cours de réflexion sur ce que doit être un leader politique. C’est dans cette phrase qu’on voit le destin du Che se dessinait. En effet, c’est ce que Guevara deviendra, un homme animé par l’espoir d’un monde meilleur et articulé par une volonté d’acier, inébranlable.

Ernesto et Alberto rencontrent un couple de communistes qui leurs racontent leurs mésaventures. Pour Ernesto, ils sont une « vive représentation du prolétariat de n’importe quelle partie du monde ». Il réalise alors que le communisme est en fait le désir naturel d’obtenir quelque chose de mieux et une protestation contre la faim. C’est pour cela que Guevara aimera cette doctrine, et qu’il la portera jusqu’à son dernier soupir.

Les deux jeunes hommes se rendent compte que le pays qu’ils viennent de quitter – l’Argentine – est en fait un pays démocratique, où les individus sont libres et où la justice prédomine. C’est ce qu’ils remarquent durant leur passage au Pérou, où la situation des Indiens et des Noirs est déplorable. Pour avoir une bonne éducation et bénéficier d’autres services, il faut avoir une ‘goutte’ de sang espagnol, consécutif à un viol ou non. De plus, les autorités les volent impunément, et les insultes continuellement. Les deux amis s’insurgent souvent contre ces mauvais traitements, mais malheureusement, même les Indiens et les Noirs semblent s’y résigner.

 

 

-          Face à une vieille femme très malade, qui souffre énormément, il se sent complètement impuissant en tant que médecin. Surtout en pensant que cette femme au bord de la mort avait due travailler jusqu’à la veille de son hospitalisation pour pouvoir vivre, toujours en gardant la tête haute face à l’existence. Car lorsqu’on est pauvre, ne pas travailler c’est subir la rancœur de sa famille, et c’est là qu’on se rend compte de « la profonde tragédie vécue par le prolétariat du monde entier ».

-          réflexion sur le climat politique tendu au Chili, il a écrit ça avant les élections, il avait vu juste !

-          Importance de la parole

-          Ernesto se rend compte de la générosité du peuple péruvien, c’est une émotion de le quitter. De plus, Alberto et lui pensent que division de l’Amérique en nationalités incertaines et illusoires est complètement fictive. Pour eux, ils forment une seule race métisse qui présente des similitudes ethnographiques notables. Ils veulent une Amérique unie !

 

Le voyage du Condottiere – Ramón Chao

 

                Ce passage a été écrit à partir des récits d’Alberto, fidèle compagnon d’Ernesto. Cette partie a tendance à démystifier la figure emblématique du Che. En effet, Ernesto part dans cette aventure pour chercher de nouveaux horizons, et pas pour « connaître à fond les besoins des peuples pauvres » comme l’a dit son père. On en apprend plus sur cette beat generation, où les jeunes avaient une réelle soif d’aventure, et ne semblaient pas se retrouver dans ce monde qu’ils ne comprenaient plus, qu’ils n’arrivaient pas à expliquer. On explique dans cette partie que Ernesto aurait pu devenir écrivain, car il avait un réel style littéraire. Aussi, la passion d’Ernesto pour la politique s’est faite que très tard, on voit d’ailleurs son intérêt se développer lors de ce voyage, mais il ne semblait pas intéressé tant que ça par la politique avant. Un illuminé l’aidera à voir que le pouvoir qu’il va aider à créer, il va le détester, qu’il ne va pas aider les gens en apportant ce pouvoir sur  terre, ce « feu ». Il mourra en Bolivie, là où il assiste pour la première fois à une insurrection, un mouvement révolutionnaire :

 « Il n’est pas indifférent de relever que le commandant Guevara, spectateur presque fortuit de cette expérience, revint rendre le dernier soupir dans le pays qui, le premier, lui avait fait respirer une odeur de révolution, poudre et sueur mêlées »  Régis Debray

               

 

Critique :

 

               

 

Extrait :

 

«  Le visage de l’homme disparaissait dans l’ombre, il n’en émergeait, comme des étincelles, que ses yeux et la blancheur des quatre dents de devant. Je ne sais toujours pas si c’est l’atmosphère que dégageait cet individu ou sa personnalité qui m’ont préparé à recevoir la révélation, mais je sais que ces arguments, je les avais souvent entendus avancer par plusieurs personnes sans qu’ils m’aient jamais impressionnées. En fait, c’était quelqu’un d’intéressant que notre interlocuteur. Tout jeune, il avait fui un pays d’Europe pour échapper au couteau dogmatique, il avait goûté à la peur (l’une des rares expériences qui font apprécier la vie), et puis, roulant sa bosse de pays en pays, accumulant toutes sortes d’aventures, il avait atterri dans cette région éloignée où il attendait patiemment l’heure du grand évènement.

                Après les quelques banalités d’usage et les lieux communs par lesquels chacun définit sa position, au moment même où la discussion languissait et où nous étions sur le point de nous séparer, il laissa tomber, avec son rire d’enfant espiègle qui l’accompagnait toujours et accentuait la disparité de ses quatre incisives antérieures, la phrase suivante : « L’avenir appartient au peuple qui, pas à pas ou d’un seul coup, va conquérir le pouvoir, ici et partout sur la terre.»

                « L’ennui, c’est qu’il doit se civiliser, et cela ne peut se faire qu’après avoir pris le pouvoir, pas avant. Il ne se civilisera qu’en reconnaissant le prix de ses propres erreurs, qui seront très graves et coûteront beaucoup de vies innocentes. Peut-être d’ailleurs qu’elles ne seront pas si innocentes que cela, car elles auront commis l’énorme péché contra natura qui consiste à manquer de capacité d’adaptation. Toutes ces victimes, tous ces inadaptés, vous et moi par exemple, mourront en maudissant le pouvoir qu’ils ont contribué à établir au prix de sacrifices parfois immenses. Car la révolution, sous sa forme impersonnelle, leur ôtera la vie et se servira de leur souvenir comme exemple et comme instrument de domestication de la jeunesse montante.

                Mon péché est plus grave, car moi, le plus subtil ou le plus expérimenté, appelez-ça comme vous voulez, je mourrai en sachant que mon sacrifice obéit à l’obstination d’une civilisation pourrie qui s’écroule. Je saurai également, sans que le cours de l’Histoire ou l’impression personnelle que vous aurez de moi ne change pour autant, je saurai que vous allez mourir le poing tendu et la mâchoire serrée, parfaite illustrations de la haine et du combat, car vous n’êtes pas un symbole ou quelque chose d’inanimé que l’on prend pour exemple, vous êtes un membre authentique d la société qui s’écroule : l’esprit de la ruche parle par votre bouche et agit à travers vos actes. Vous êtes aussi utiles que moi, mais vous ignorez l’utilité de votre apport à la société qui vous sacrifie. »

                J’ai vu ses dents et la grimace espiègle avec laquelle il devançait l’Histoire, j’ai senti sa poignée de main et, comme un murmure lointain, son protocolaire au revoir. La nuit, repliée au contact de ses paroles, m’enserrait à nouveau, me confondait avec elle. Mais malgré ses paroles, je savais maintenant… je savais qu’au moment où le grand esprit directeur porterait l’énorme coup qui diviserait l’humanité en à peine deux factions antagonistes, je serai du côté du peuple. Et je sais, car je le vois gravé dans la nuit, que moi, l’éclectique disséqueur de doctrines et le psychanalyste de dogmes, hurlant comme un possédé, je prendrai d’assaut les barricades ou les tranchées, je teindrait mon arme dans le sang et, fou furieux, j’égorgerai tous les vaincus qui tomberont entre mes mains. Et comme si une immense fatigue réprimait ma récente exaltation, je me vois tomber, immolé à l’authentique révolution qui standardise les volontés, en prononçant le mea culpa édifiant. Je sens déjà mes narines dilatées, savourant l’âcre odeur de la poudre et du sang, de la mort ennemie. Je raidis déjà mon corps, prêt à la bataille et je prépare mon être comme une enceinte sacrée pour qu’y résonne, avec de nouvelles vibrations et de nouveaux espoirs, le hurlement bestial du prolétariat triomphant. »