«  Les Rapports presse-politique »      de Jacques Le Bohec

 

 

I ) Biographie de l’auteur :

 

            Jacques le Bohec est diplômé de Sciences-Po Bordeaux, et détient un doctorat en Science Politique. Il est maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Institut Polytechnique de Sévenans ( Université de Franche-Comté), et est aussi associé, en tant que chercheur en Science Politique, au Centre de Recherches Administratives et Politiques ( Université de Rennes I, IEP, UPRESA CNRS 984).

            Il a rédigé trois ouvrages traitant de la presse et de ses liens avec le monde politique;

* Le "rôle démocratique" de la presse locale à travers l'étude des relations entre élus municipaux et localiers, Thèse pour le doctorat en science politique, s/dir. Erik Neveu, Université Rennes I, 1994, 970 p.

*Les rapports presse-politique. Mise au point d'une typologie "idéale", Paris, L'Harmattan, 1997, 254 p. (Coll. Logiques sociales).

*Les mythes professionnels des journalistes. État des lieux en France, Paris, L’Harmattan, (coll. Communication et civilisation), 2000, 396 p.

            Ainsi que de nombreux articles et des contributions à divers ouvrages collectifs traitant entre autre de l’influence de la presse sur le politique, des grands hommes politiques, du vote front national ou de l’analyse de la photo de presse, etc.

 

II ) Synthèse de l’ouvrage :

 

Introduction:

 

L’introduction de l’ouvrage de Jacques le Bohec est un élément à part de son œuvre et en même temps elle permet d’appréhender tout le reste du livre comme le désire l’auteur. L’introduction s’intitule « Comment peut-on être sociologue ? », et définit le cadre dans lequel se situera le travail de Le Bohec, c'est-à-dire comment celui-ci appréhende son sujet d’étude et les différents acteurs qui constituent les rapports presse- pouvoir.

En raison de la subjectivité supposée du sujet par les scientifiques il apparaît que pour le sociologue, il est très difficile d’aborder une approche en tant qu’analyse précise. Le Bohec insiste sur la nécessité d’éviter les « jugements de valeur » et autre lieu commun admis par le « bon sens » pour obtenir une grille d’analyse objective des rapports presse pouvoir. Ainsi l’ensemble de l’ouvrage porte la volonté forte d’éviter un quelconque apogée ou dénonciation d’un type d’agents mis en cause que ce soit les hommes politiques ou les journalistes. En effet les travaux sur les rapports presse- pouvoir mettent souvent en place une sorte de diabolisation du système médiatique, jugé manipulateur par exemple.

 Cette analyse vise aussi à démystifier les relations entre le pouvoir politique et le quatrième pouvoir qu’est la presse, prise ici dans son sens large, c’est à dire qu’est étudié non seulement la presse écrite mais aussi la télévision ou la radio. D’après l’auteur, il existe un refus du point de vue scientifique sur le sujet qu’il désire aborder, en raison d’un jargon peu compris par le public et d’une demande de prise de position forte du coté des journalistes qui par exemple jugent très mal la dévalorisation de leur travail en devenant de simples objets d’étude. L’étude vise à créer une grille d’analyse sociologique des rapports presse politique susceptible de fournir « ( …) une explication pertinente du réel grâce à des connaissances accumulées et à des hypothèses corroborées empiriquement. ».

Ce type de travaux porterait donc un risque de démission intellectuelle des chercheurs qui  a l’instar des problèmes des débuts de la science politique, comporte les mêmes difficultés de détachement des autres disciplines scientifiques. Il est aussi pris en compte les spécificités du monde des médias, que Le Bohec juge « anti-intellectuel » et dans lequel les propos doivent être simplifiés afin de rentrer dans les délais et l’attente (présumée) du public.Le sociologue serait ainsi difficilement accepté par les journalistes qui n’apprécient pas que l’on minimise leur position.

Pour ce qui est de la problématique du travail mené dans cet ouvrage, Le Bohec la définit par la volonté de comprendre l’enjeu d’un rapport de forces plus ou moins équilibré entre un rédacteur et sa source d’information politique afin de mettre en place une grille d’analyse sociologique permettant de répondre à diverses questions sur les rapports presse-pouvoir.

Enfin le dernier paragraphe de l’Introduction annonce le plan de l’ouvrage, qui se décompose en trois grandes parties ; la première exprimant le cadre dans lequel la grille d’analyse sera crée et les différents acteurs en faisant partie. La seconde partie est la mise en place de la typologie idéale des rôles démocratiques de la presse, et enfin la dernière partie, en utilisant l’idéal type conçu précédemment, exposera les conditions nécessaires à la comparaison des rapports presse-politique.

 

      Partie I : Les obstacles à la connaissance des rapports presse-politique.

 

Ici la ligne conductrice de la première partie du livre, elle-même divisée en six chapitres est l’explication du cadre d’action du sociologue, des différents enjeux et acteurs présents dans le traitement du sujet et enfin les concepts clés clarifiés. Ainsi on arrive à cadrer la construction de l’idéal type de la manière sinon la plus objective au moins la plus claire dans l’exposé de ses principes et variables. Cette étude se fait par le biais de l’étude des différents obstacles a la compréhension des rapports presse-pouvoir, en effet, chaque chapitre tend à clarifier un concept par la démonstration d’un obstacle évident à la compréhension du sujet qui est disséqué par l’auteur a l’aide de définitions sociologiques de certains auteurs (exemples théoriques) et d’exemples tirés du monde tangible du travail journalistique(empirisme).

Cette partie passe alors en revue différents obstacles qui selon l’auteur gênent à la compréhension des relations entre le pouvoir politique et le monde des médias ; comme le fait que les réelles relations des journalistes et de leurs sources politiques sont préservées du grand public alors que l’on sait que ces deux acteurs se connaissent car évoluant dans une situation d’interdépendance et donc que les interviews sont parfois organisées a l’avance (choix des sujets abordés) par exemple. Jacques le Bohec a analysé à l’aide de nombreux extraits d’émissions, de coupures de presse et de témoignages de politiciens et de reporters, plusieurs variables- obstacles comme les préjugés sur les rapports presse-pouvoir, l’analogie entre les termes de propagande et de communication politique même dans nos sociétés démocratiques, les différentes façon d’appréhender la notion de pouvoir … Le Bohec réfute aussi les différents points de vue de comparaison que sont le statocentrisme et le média centrisme, selon lui insuffisants. Enfin si l’on revient au chapitre 4 « les usages essentialistes du pouvoir » on peut noter la présence d’une définition du pouvoir d’un agent sur un autre proche de la définition de la domination chez Weber (présent dans l’ouvrage aussi par la démarche méthodologique de l’auteur qui réfute une homogénéisation des acteurs d’un même groupe pour expliquer leurs actions ou de la démarche de création de l’idéal type) dans l’étude du type de légitimité accordé aux journalistes.

 

     Partie II : La question du « Rôle Démocratique » de la presse écrite et audiovisuelle.

 

La seconde partie du livre est  composée de cinq chapitre dans lesquels Le Bohec commence par exprimer la définition qu’il pense être la meilleure en ce qui concerne le rôle démocratique des médias, puis sur cette base qui sert de cadre, il va légitimer l’intérêt d’utiliser une approche idéal typologique pour comprendre les rapports presse-pouvoir. Enfin les deux avant derniers chapitres exposent les idéaux types respectivement du rôle démocratique de la presse et des rapports entres la presse et le pouvoir politique.

L’introduction de cette seconde partie permet à Le Bohec de revendiquer l’application d’un idéal type à son objet d’étude comme provenant de la même démarche méthodologique appliquée par Max Weber par exemple dans sa typologie de la domination et étant utilisé afin d’éviter la confusion.

 

            Dans le premier chapitre, il remet en cause le principe de consubstantialité de la démocratie et de la presse, voyant plutôt une évolution parallèle de processus sociaux ayant aboutit à l’existence au même moment de la démocratie et de la presse. Ce fait serait alors issue de changements structurels de la société. Le Bohec analyse alors avec de nombreux exemples comme la controverse médiatique après le suicide de P.Bérégovoy, en partie reproché à la presse (à l’époque « Le canard enchaîné »). Le chapitre suivant tend à démontrer l’intérêt de l’approche de l’idéal type, qui permettra de mettre en évidence cinq définitions de la démocratie et de construire un protocole d’observation empirique. L’idéal type de Le Bohec sera un idéal pur, c’est à dire n’existant pas dans la réalité mais permettant une meilleure compréhension du fait réel. Le Bohec distingue donc cinq définitions type de démocratie, les démocraties au sens de Participation, de Compétition, de Représentation, de Réglementation et de Limitation. Puis il intègre ces définitions dans un tableau incluant les correspondances en idéaux type des rôles démocratiques de la presse ; c’est à dire, la presse comme Forum-agora, comme Organe de parti, comme Service public, comme Expression libre et enfin comme Contre-pouvoir.

 

                             (page 135 chap. 10)

 

Chacun de ces idéaux est définit par le type de rapports qu’entretiennent les acteurs par la façon dont ces derniers se conduisent et pourquoi.

            Enfin le chapitre onze , le dernier de la partie, montre les enjeux des représentations sociales de la presse et les différents déterminants de l’utilisation des idéals type.

 

                     Partie III : La plus ou moins grande séparation des rôles selon la configuration de jeu.

           

            Cette dernière partie, sur la base typologique précédente expose les conditions pour comparer les différents rapports presse politique. A travers la démonstration de la  croissance de la division du travail social, l’auteur tend à démontrer qu’on peut même en intégrant les spécificités de chaque société (la conjoncture nationale et internationale, l’époque etc.) créer une grille d’analyse générale. Le chapitre douze met en évidence la division du travail social comme une « jauge apte à rendre compte de la diversité des configurations de jeu sans pour autant renoncer à comprendre les différentes sociétés. ».

Ainsi il est possible d’établir une hypothèse générale. Dans le chapitre suivant les différents idéal-types sont confrontés a des niveaux de division social du travail différents, ce qui permet la mise en place d’un nouveau tableau récapitulatif déterminant de nouvelles configurations.

 

                               (page 179 chap.13 )

 

            Les chapitres quatorze et quinze visent à analyser les rapports presse politique dans le temps et dans l’espace, toujours à l’aide du niveau de DST (division sociale de travail) et d’exemples, historiques   ( scandale du Watergate) ou spatiaux (l’idéal occidental de la presse). Le chapitre seize vient compléter l’évolution de la presse et de ses rapports avec le pouvoir politique par l’étude de l’effacement des frontières journalistiques. En effet, l’aspect commercial des entreprises de presse permet de rapprocher  les communautés journalistiques du monde entier. Et l’analyse des rapports dans le monde entre les journalistes et le pouvoir, parfois violents, laisse penser que l’on ne peut pas effectuer une distinction nette entre les dictatures te les démocraties.

            Le dernier chapitre « Les rapports presse-politique lors des crises politiques » est une description des conséquences des tensions et crises politiques sur le rapport entre le journalistes et les hommes politiques. Ainsi, lors de ces crises Le Bohec observe que les tensions entre différends bords politiques sont amenuisés car tous sont unis contre la crise et que les rapports presse politiques se différencient par une circulation moindre des informations , de moindres sources d’information ou encore d’une perte de l’objectivité. Dans des  Situations exceptionnelles le rôle de la presse est différent et n’est plus celui de contre pouvoir.

           

            En fin dans une apostille, Le Bohec ajoute à son ouvrage une dernière précision, pour lui, cet ouvrage doit permettre une réflexion plus claire du lecteur sur le sujet abordé et met en garde, comme dans l’introduction , contre la mauvaise utilisation qui pourrait être faite de son travail. Par exemple, une interprétation reprise ou erronée des idéals type qui les feraient entrer dans un débat public forcément subjectif. L’objectif principal de l’ouvrage reste de dissiper les malentendus sur l’objet étudié et afi d’expliquer certains faits socio-politique de façon scientifique.