Crime et Châtiment

de Fédor Dostoïevski.

 

RESUME DE L’HISTOIRE

Crime et Châtiment est un roman extrêmement axé sur la psychologie où l’on suit le cheminement psychologique de Raskolnikov, le personnage central de ce roman. Depuis qu’il est sans le sou, ce jeune étudiant russe ne peut plus assister à ses cours. Ce rêveur se considère littéralement hors du commun et désire tester sa liberté et ses limites en faisant quelque chose de mal, de moralement incorrect. Pour le bien de l’humanité, il se donne ainsi le droit d’enlever la vie à quelqu’un de répugnant, pour selon lui faire de la Terre un endroit meilleur.


Mais tous ces projets n’étaient que paroles en l’air jusqu’à ce qu’il reçoive une lettre de sa mère l’informant que sa sœur allait se marier avec un homme riche aux valeurs saines et pures. Doutant que sa mère soit sincère quant à la pureté de l’âme du futur époux, il perçoit que sa sœur épousera un homme exécrable mais riche et ce dans le seul but de lui venir en aide, lui son frère, car cet homme haut placé pourra l’aider avec ses problèmes financiers. Pour empêcher ce mariage, Raskolnikov mettra son projet en branle et décidera de tuer la vieille usurière pour s’emparer de sa fortune et pouvoir vivre aisément sans l’aide du vile fiancé. Mais l’affaire ne se passe pas comme prévu et il est contraint d’assassiner aussi la sœur de l’usurière, une innocente jeune femme.


La crise de conscience que vit le personnage principal suite à cet événement lui fait réaliser que la liberté qu’il recherchait est perdue et, dernière leçon d’humilité, il réalise qu’il n’est pas si supérieur aux autres humains. Raskolnikov fait alors la connaissance de Sonia, une jeune prostituée qui vient en aide financière à sa famille. Touché par son dévouement, il décide de confesser son crime et est condamné à être déporter en Sibérie.

 

THEMES ABORDES

Les thèmes abordés dans cet ouvrage sont multiples, par soucis de synthèse auquel nous contraint l’exercice de la fiche de lecture, nous n’en développerons que deux : l’argumentation d’un crime et la folie.

 

1-L’argumentation d’un crime.

    Peut-on expliquer le meurtre de Dostoïevski? Le roman pose à un certain moment la question de la manière la plus brûlante et échoue à la résoudre. La scène essentielle de ce point de vue, est celle où Raskolnikov tente de répondre aux interrogations de Sonia, à qui il vient d’avouer son crime. Il lui faut répondre à la question « Mais comment, comment un homme comme vous a-t-il pu se décider…mais enfin pourquoi ? »

Dans les pages qui suivent et jusqu’à la fin du chapitre on voit reparaître, réunies toutes les motivations qui ont pu être invoquées dans différents monologues intérieurs du criminel.

Or le roman ne fait que les détruire par l’intermédiaire de Sonia qui pour chaque motivation répond  « non ce n’est pas ça ». En effet Sonia se dit que si quelqu’un tue pour voler il ne va pas ensuite faire la charité, ensuite si quelqu’un tue pour voler, il s’intéresse au produit de son larcin. Or Raskolnikov a donné la bourse à la famille Marmaladov sans regarder ce qu’elle contenait.  Ce qui amène Sonia à penser que le jeune homme est fou.

Ce ne sont donc ni la misère ni la faim qui servent à Dostoïevski pour justifier le meurtre de son personnage, mais seulement peut-être la folie.

La discussion est alors ponctuée par une phrase de Raskolnikov qui peut servir d’explication provisoire « Si la faim seule m’avait poussé à commettre cet assassinat, (…) je serai maintenant heureux…sache le bien ! »  On serait tenté de comprendre que selon Dostoïevski le bonheur d’un individu ne tient pas le moins du monde à sa vertu, à ses codes moraux, mais à la possibilité qu’il aurait de fournir de lui-même une image cohérente et claire. 

Un autre argument qui pourrait justifier le crime survient un plus tard « Oui je voulais devenir un Napoléon, voila pourquoi j’ai tué ». Après la misère on pourrait évoquer le souhait de commencer une belle carrière. Or Napoléon fait partie de ces hommes qui ont commencé une carrière  brillante en commettant un forfait. Une maxime machiavélique est alors sous-entendue : si l’on veut réussir dans la vie il faut commencer par agir sans scrupules.

Une dernière explication est mise en avant quand Raskolnikov s’écrit « Je voulais tout oublier et recommencer ma vie, et surtout Sonia, mettre fin à ces soliloques. » Le meurtre devait donc mettre terme à l’obsession qu’il avait créée, alors qu’il n’existait qu’en idée, à l’obsession qu’il entretenait, justement parce qu’il n’avait pas été réalisé. Il suffisait donc de l’accomplir pour être enfin débarrassé de ce que cette envie pouvait avoir de maladif. Pourtant au milieu de ces explications survient une affirmation « J’ai simplement tué pour moi pour moi seul… » Peut on alors parler d’acte gratuit ? Il est vrai que le texte a écarté toutes les explications qui pourraient paraître un peu près compréhensibles. Dostoïevski nous promène au milieu de toutes ces explications et pourtant les détruit toutes au fur et à mesure. Au-delà de tous ces discours psychologiques il nous fait ressentir quelque chose de plus frustre et plus primaire, presque inavouable : l’envie de tuer sans motivations.

Dostoïevski entraîne son lecteur dans les dédales du cerveau humain, le confond dans les raisons qui peuvent ou qui ne peuvent  pas faire d’un homme un assassin, quel est le pas à ne pas franchir.              

    Toutefois, et c’est ce qui met encore plus mal à l’aise, aucune raison n’est véritablement invoquée. Car si même un brillant étudiant peut devenir un meurtrier il semble donc que le pas à franchir soit insignifiant.

 

 

2- La folie.  

Si  nous avons abordés plus haut l’argumentation d’un crime, la folie quant à elle en constitue peut-être la justification.

« Raskolnikov  est un névrosé » écrivait Nabokov, les personnages du roman s’interrogent eux aussi à l’image de Sonia : « Ne serait-il pas fou ? », et la récurrence du thème de la folie méritent que l’on consacre une partie de notre étude à ce sujet.

 

 

Conclusion : 



                De tout ce qui a été écrit jusqu’à présent, jamais il n’y a eu de style d’écriture plus complexe, plus inusité et plus innovateur que celui de Dostoïevski. Globalement, il analyse avec une profondeur incomparable les complexités de la psychologie humaine et ses récits constituent une œuvre incontournable de la pensée moderne.


                Cette analyse est une innovation grandiose et elle caractérise le style de Dostoïevski, qui l’intègre dans ses romans dès le début de sa carrière littéraire. Il tient cette connaissance du genre humain de ses quatre années passées au bagne en Sibérie où il pu apprendre à comprendre ce qui se passait dans la tête des meurtriers qu’il côtoyait journellement. Le génie de Dostoïevski le pousse à décrire ces réactions irrationnelles de l’âme humaine et il ira même jusqu’à analyser les rêves et les visions d’un homme qui sombre dans la démence et dans l’inconscient.

    Dans Crime et Châtiment, par exemple, l’auteur analyse le rêve du personnage principal. Celui-ci se revoit enfant marchant avec son père dans un cimetière qui aboutit à un bar où des gens totalement ivres battent à mort un vieux cheval qui avait trimé dur toute sa vie. La vue de cette scène trouble le jeune enfant qui court pour tenter de s’interposer, mais le cheval meurt avant qu’il n’ait pu faire quoi que ce soit. Son père l’éloigne des ivrognes alors qu’il lance des cris de rage à travers ses sanglots. Ce rêve est significatif pour le héros, Raskolnikov, car il y voit un lien avec le meurtre qu’il planifiait de commettre. Ce type d’analyse est typique de Dostoïevski, car il est le premier à avoir si magiquement agencé littérature et psychologie.


                Dostoïevski développe certes d’autres thèmes importants dans ses romans et ceux-ci sont tous aussi caractéristiques du style dostoïevskien mais moins innovateurs, par conséquent plus marginaux. Parmi ces thèmes on retrouve la question omniprésente de la responsabilité de l’homme envers Dieu, question à laquelle l’auteur ne donne pas de réponse. Cet aspect mystique de la vie de Dostoïevski l’a hanté toute sa vie et il aborde le sujet dans maints récits connus. Le thème de la souffrance, de l’expiation des péchés et du bien contre le mal occupent également une énorme place dans les romans de l’auteur russe, spécialement dans Crime et Châtiment. Enfin dans chacun de ses livres, Dostoïevski témoigne de sa compassion envers les opprimés et les victimes de cruelles circonstances.