LE PROBLEME GEOPOLITIQUE AU MOYEN-ORIENT

 

 

 

I. Le Moyen-Orient contemporain :

 

La construction territoriale du Moyen-Orient contemporain résulte, d'une part, de l'effondrement de l'Empire ottoman au lendemain de la Première Guerre mondiale, et, d'autre part, de l'accession à l'indépendance de territoires encore colonisés à l'issue du second. Elle juxtapose de vieux Etats-nations, comme l'Egypte et l'Iran, et de jeunes pays dont les frontières résultent de compromis entre les ambitions rivales des anciennes puissances dominantes (Grande-Bretagne, France).

Ces frontières, quoiqu'elles fussent tracées de manière souvent arbitraire, sont aujourd'hui globalement acceptées et reconnues par l'ensemble des Etats arabes. Mais, la création de l'Etat d'Israël (par la résolution de l'ONU du 29 novembre 1947), provoquant l'exode d'un grand nombre de Palestiniens vers les Etats limitrophes, puis la questions des territoires occupés par Israël à la suite de la guerre des Six-Jours (1967) continuent d'alimenter dans la région un foyer de tensions ininterrompues depuis 1948.

II. Les problèmes géopolitiques au Moyen-Orient :

 

Le Moyen-Orient, où les minorités religieuses restent nombreuses, est une terre massivement musulmane, sunnite à 75 %. La région occupe une position remarquable, à l'intersection des ensembles géolinguistiques sémitiques, altaïques et indo-européens. Mais, alors que le fait minoritaire est d'origine ethnolinguistique dans le monde turco-iranien, il est plutôt lié à la religion dans le Moyen-Orient arabe.   

Islam et minorités religieuses         
Les sunnites, qui sont en quelque sorte les «orthodoxes» de l'islam, fondent leur pratique religieuse sur le Coran et la sunna («tradition du Prophète»). Les chiites, qui forment un groupe hétérodoxe, contestent les conditions dans lesquelles fut assurée la succession de Mahomet. Soutenant que celle-ci doit revenir à un membre de la famille du Prophète, ils choisissent Ali, gendre et neveu de ce dernier, comme imam - dépositaire du sens caché des versets coraniques - et se séparent de la umma («communauté des croyants»).

La lignée des imams ne s'est pas maintenue jusqu'à nos jours: le dernier imam, mystérieusement disparu, a été «occulté» et ne reviendra qu'à la «fin des temps». Les chiites, environ 60 millions, se sont divisés selon la lignée des imams dont ils reconnaissent l'autorité. Les plus nombreux sont les duodécimains, ou imâmites, qui reconnaissent une suite de douze imams. Ils sont majoritaires en Iran, où le chiisme duodécimain est religion d'Etat, et en Iraq.

Au sud et au nord-est du Liban, à Bahreïn et en Afghanistan, ils constituent de fortes minorités. Une autre minorité est constituée par les ismaéliens, des chiites qui ne reconnaissent que sept imams, le dernier étant Ismail. Soumis à l'autorité spirituelle de l'Agha Khan, ils sont disséminés à travers le Moyen-Orient, mais sont surtout présents en Inde. Les zaydites, qui arrêtent à cinq le nombre d'imams légitimes, constituent une importante communauté dans le nord du Yémen, où ils représentent 55 % de la population. Issus du chiisme, les Alaouites (Syrie) ainsi que les Druzes (Syrie, Liban, Israël) sont à la base de sectes syncrétiques pseudo-islamiques.  

Les chrétiens moyen-orientaux sont émiettés en différentes Eglises, dont la multiplication remonte souvent aux querelles théologiques des premiers siècles du christianisme. Les coptes d'Egypte constituent de loin le groupe le plus nombreux: avec environ 7 millions de baptisés, ils représentent 8 à 10 % de la population de leur pays. Les Etats du Levant abritent un très grand nombre de communautés chrétiennes: maronite catholique (Liban), grecque orthodoxe (Liban, Syrie, Turquie), catholique de rite grec, dite melkite (Liban, Syrie, Egypte, Turquie), arménienne (Iran, Liban, Turquie), assyro-chaldéenne (Iran, Iraq, Syrie). On recense aussi de nombreux chrétiens au sein de la diaspora palestinienne. Pas moins de onze Eglises - six catholiques et cinq orthodoxes -, chacune sous la juridiction d'un patriarche, sont implantées dans la région. Mais il est difficile d'évaluer avec précision l'effectif des chrétiens, les Etats ayant tendance à minimiser leur nombre et les communautés concernées à le grossir; on peut tout de même estimer le nombre de catholiques à 3 millions (pour 10 millions de chrétiens orthodoxes). Il existe enfin de petits groupes religieux ne pouvant être rattachés aux trois grandes religions du Livre: zoroastriens et bahaïs en Iran, yazidis en Iraq. Les minorités religieuses non musulmanes se multiplient avant tout dans les pays du Croissant fertile et en Egypte (7 millions de chrétiens coptes), l'Arabie péninsulaire et le monde turco-iranien restant des contrées massivement musulmanes.  

Une forte diversité linguistique      
Seul critère pertinent de distinction entre les ethnies, la langue vient compléter la diversité du peuplement. L'arabe, qui compte 130 millions de locuteurs moyen-orientaux, est la plus répandue des langues sémitiques et jouit d'un statut privilégié dans la mesure où il est la langue de la révélation coranique. C'est en arabe que, partout dans le monde musulman, on psalmodie le Coran (le Prophète est arabe). A l'intérieur de l'aire sémitique subsiste l'araméen, sous la forme du syriaque, encore en usage dans quelques communautés syriennes, libanaises et irakiennes.  

L'hébreu, langue officielle de l'Etat d'Israël, est également une langue sémitique. Les langues turques, qui appartiennent à l'aire altaïque, sont largement représentées. Le turc de Turquie, la plus utilisée, est la seule langue du Moyen-Orient à être dotée d'un alphabet latin. Les autres langues turques sont celles de minorités, comme les Azéris (nombreux en Iran), les Turkmènes (Afghanistan, Iran, Iraq) et les Ouzbeks (Afghanistan).

Sont également parlées les langues de minorités plus ou moins importantes, comme les Tcherkesses, qui sont dispersés en Turquie, et les populations des anciennes provinces de l'Empire ottoman pratiquant des langues caucasiennes.  

Les langues iraniennes, qui sont indo-européennes, comptent plus de 50 millions de locuteurs. La principale, le persan, majoritaire en Iran, est également pratiquée en Afghanistan. Le pachtou d'Afghanistan, le baloutchi des confins irano-afghans et le kurde - dont l'aire est écartelée entre la Turquie, l'Iran, l'Iraq et la Syrie - sont aussi des langues indo-européennes. Certaines minorités urbaines de Turquie parlent encore l'arménien et le grec.  

La diversité linguistique et religieuse du Moyen-Orient ne va pas sans répercussions géopolitiques: certains groupes minoritaires occupent des régions refuges, souvent des espaces montagneux, comme font les Kurdes et les Alaouites; le comportement démographique peut être très différencié d'une communauté à l'autre, notamment entre chrétiens et musulmans; la ségrégation ethnoconfessionnelle a longtemps été un principe d'organisation des quartiers des villes, et les oppositions culturelles, qui continuent de nourrir les divisions, sont à l'origine de nombreux conflits.        

L'Etat-nation et ses minorités          
La géographie ethnolinguistique se distingue clairement de la géographie contemporaine des Etats-nations. La diversité des situations conflictuelles est frappante. Une forte unité religieuse peut s'accompagner d'une réelle diversité ethnolinguistique. En Iran, où l'islam chiite est pratiqué par 90,5 % de la population, la diversité linguistique est, en revanche, très prononcée. Langue interethnique comprise par la majorité des Iraniens, le persan n'est langue maternelle que pour les habitants du plateau central, soit environ la moitié de la population.

Dans les régions périphériques subsistent de très importantes minorités linguistiques, qui, au plan religieux, sont sunnites pour la plupart: Turkmènes, Azéris, Kurdes, Lors, Baloutches, Arabes. De même, l'Afghanistan, pays sunnite à 74 %, est un «kaléidoscope» humain. Les Pachtous (environ 50 % de la population), qui ont constitué la base ethnique de l'Etat, prédominent au sud et à l'est, mais sont affaiblis par une émigration en partie définitive (3 millions d'entre eux ont rejoint le Pakistan dans les années 1980). Dans le nord du pays, la diversité est beaucoup plus marquée. Aux côtés des Tadjiks persanophones vivent des Ouzbeks, des Turkmènes et quelques Kirghiz de langue altaïque. Au nord-est de l'Hindou Kouch se concentrent les Nouristanis. Les Hazaras, chiites persanophones aux caractères mongoloïdes, peuplent les montagnes centrales.  

Certains Etats se caractérisent plutôt par leur forte cohérence linguistique et leur grande diversité religieuse. L'Egypte, arabophone, doit compter avec une importante minorité copte. Après avoir joué un rôle prépondérant sous l'occupation britannique, cette dernière se trouve actuellement marginalisée. Au Liban et en Syrie, la configuration est plus compliquée: les populations chiites, druzes et alaouites côtoient non seulement les musulmans sunnites mais aussi un très grand nombre de minorités chrétiennes. Pas moins de 17 groupes communautaires sont officiellement reconnus au Liban.  

A l'intérieur même des frontières nationales, la diversité peut être à la fois religieuse et linguistique. C'est en Iraq que la situation est le plus complexe: les Kurdes (19 % de la population) sont minoritaires au double point de vue ethnique (ils parlent une langue indo-européenne) et religieux (ils sont sunnites dans un pays majoritairement chiite). La population irakienne, toutes ethnies confondues, se partage en effet entre chiites (61,5 %), sunnites (34 %) et une petite minorité chrétienne (3,7 %).

La jeune République turque, à ses débuts, a dû faire face à de graves problèmes communautaires (échange des populations grecques et turques, question arménienne) auxquels se superpose, en outre, un clivage religieux: les alevis (environ 10 % de la population) se placent dans la mouvance chiite. Israël, enfin, n'est pas un Etat homogène. A côté de Druzes et de chrétiens, une très importante minorité musulmane (14,4 % de la population), majoritairement sunnite, vivait à l'intérieur des frontières de l'Etat juif en 1993.  

Mosaïque de minorités, le Moyen-Orient n'abrite pas de région, en dehors de quelques zones de montagne, où régnerait une véritable homogénéité ethnique ou religieuse se rattachant à des milieux naturels particuliers. Au fil des siècles, les minorités se sont très étroitement intriquées les unes aux autres, en milieu urbain comme dans le monde rural.  

III. La revendication Kurde :

 

Un des plus anciens peuples de l'Asie occidentale         
Les Kurdes, qui se considèrent comme les descendants des Mèdes, sont l'un des plus anciens peuples de l'Asie occidentale. Montagnards, musulmans sunnites, parlant une langue indo-européenne, ils vivent sur un territoire de quelque 400'000 Km
², aux confins de l'Iran, de l'Iraq, de la Turquie et, pour une faible part, de la Syrie. S'ils restent organisés en tribus, seule une petite partie de la population est nomade. La plupart sont des cultivateurs sédentaires; seuls quelques-uns sont éleveurs.

Dans les zones montagneuses, leurs activités et leur mode de vie restent traditionnels. Dans les plaines périphériques, en revanche, quelques grands propriétaires font appel à des métayers et à des ouvriers agricoles. La pression démographique a conduit au morcellement des propriétés, à l'exode rural, à une urbanisation accélérée.         

Opposition à l'Empire ottoman        
Au cours du XIX e  siècle, les Kurdes ont forgé leur conscience nationale dans leur opposition à l'Empire ottoman. Le traité de Sèvres (1920), qui reconnaissait leur identité et leur droit de fonder à terme leur propre Etat (le Kurdistan), est resté lettre morte après l'éphémère existence de la République de Mahabad (1945). Les révoltes, incessantes tout au long du XX e  siècle, ont fait plus de 1'500'000 victimes. Les Kurdes sont, en outre, politiquement divisés, et leurs rivalités sont exploitées par les pays dans lesquels ils résident. Les Etats utilisent cette minorité pour exercer des pressions sur leurs voisins; cependant, ils peuvent manifester une certaine solidarité quand il s'agit de mater toute velléité nationale et d'éviter une osmose trop complète entre les différentes parties du Kurdistan. De véritables «ethno-stratégies» sont mises en œuvre par les Etats concernés.   

Les Kurdes en Turquie, Iran et Syrie         
On estime qu'environ 6 millions de Kurdes vivent dans l'actuelle Turquie, où leur culture est bannie et où ils sont soumis à une politique d'assimilation, quand ils ne sont pas déportés. Ankara les perçoit comme des «Turcs montagnards». Beaucoup vivent encore en Turquie orientale, où leur situation économique et sociale s'est profondément altérée. L'exode rural s'est fortement accéléré: la moitié des Kurdes de Turquie sont devenus citadins. La migration les a conduits hors du Kurdistan: Istanbul, avec ses 800'000 Kurdes, est devenue la première ville kurde.  

Les Kurdes d'Iran (7 millions) et d'Iraq (4,5 millions) cherchent à faire reconnaître leur autonomie et entretiennent avec leur Etat de très difficiles rapports au cours desquels alternent affrontements violents et phases de répit. En Iraq, l'évolution de la société kurde est tout à fait comparable à celle constatée en Turquie. En 1974, un statut d'autonomie a été négocié mais n'a jamais été appliqué. Depuis cette date, le peuple kurde est soumis à une féroce répression.

Pour sa part, la Syrie ne reconnaissait aucun droit spécifique au million de Kurdes que ses frontières abritent.


La question kurde      
Importante communauté ethnique, les Kurdes restent dépourvus d'existence nationale malgré la continuité spatiale de leur territoire et une incontestable homogénéité culturelle. A la différence du problème palestinien, la question kurde n'a pas rencontré un grand écho sur la scène internationale. Les Parlements de plusieurs pays européens ont délaissé ce problème. Ce peuple, qui n'est pas en lutte contre des «puissances colonisatrices», ne bénéficie pas du soutien de l'ONU, organisme fermement attaché au principe de l'intangibilité des frontières des Etats nouvellement indépendants.  

 

IV. Israël et Palestine :

 

La population juive   
Dès le début du XX e siècle, et surtout au lendemain de la Première Guerre mondiale, s'organise, après la déclaration Balfour (1917), un mouvement de retour de la diaspora juive vers la Terre promise. Stimulée par l'idéologie sioniste, cette démarche visait à créer un Etat. Après la Seconde Guerre mondiale, la Palestine, alors sous mandat britannique, accueille un flot ininterrompu d'immigrants juifs venus d'Europe.

En 1922, la population juive représentait 11 % des habitants de la Palestine; en 1936, son nombre avait plus que doublé (28 %). Le peuplement juif prend de l'ampleur après 1945. En 1947, environ 700'000 juifs sont installés sur les terres arabes de Palestine. Même si certains ont procédé à des achats de terres, trois quarts d'entre eux sont citadins. A la fin du mandat britannique, on estime que la colonisation juive s'est appropriée 13 % des terres arables palestiniennes. L'hostilité des Arabes a été très vive (les Britanniques ont dû faire face à de nombreuses révoltes).          

Le partage des territoires     
Des plans de partage du territoire entre les communautés arabe et juive avaient été présenté sans succès dès 1932. En 1947, au terme du mandat britannique, l'ONU doit résoudre l'équation posée par la présence de deux peuples sur un seul territoire. L'organisation internationale propose un partage entre un Etat juif, où se maintiendrait une forte minorité arabe, et un Etat arabe - Jérusalem, qui abrite les Lieux saints des trois religions du Livre, bénéficiant d'un statut international. Mais cette solution est rejetée par les Palestiniens et les pays arabes de la région.

Les Britanniques quittent la Palestine, et les Juifs proclament l'Etat d'Israël le 14 mai 1948. Dès le lendemain, les armées des Etats arabes adjacents envahissent le nouvel Etat: c'est le début de la première guerre israélo-arabe. Les troupes arabes, mal équipées, mal entraînées, mal dirigées et peu coordonnées, sont défaites; des accords d'armistice sont signés en 1949. La victoire de l'Etat hébreu se traduit par des gains territoriaux: Israël occupe 77 % (20'700 Km²) des terres palestiniennes au lieu des 56 % prévus par le plan de partage de 1947. Les 23 % restants sont occupés ou annexés par les Etats voisins: la bande de Gaza revient à l'Egypte, la rive droite du Jourdain à la Transjordanie (aujourd'hui Jordanie).

Trois autres conflits suivront: 1956, 1967 (guerre des Six-Jours) et 1973 (guerre du Kippour). David Ben Gourion, Premier ministre de 1948 à 1953, puis de 1955 à 1963, engage l'Etat hébreu sur les voies du modernisme. En 1967, Israël procède à une nouvelle extension territoriale: occupation du Sinaï, de la bande de Gaza, de la Cisjordanie et des hauteurs du Golan. A la suite des accords de Camp David (1979), le Sinaï a été récupéré par l'Egypte en 1982. La déclaration de principes signée entre Israéliens et Palestiniens à Washington le 13 septembre 1993, par la reconnaissance mutuelle qu'elle implique, consacre le rapprochement entre les deux communautés et inaugure une lente phase de construction de deux Etats distincts.  

La création de l'Etat d'Israël et la conquête de nouveaux territoires ont été à l'origine du problème des réfugiés palestiniens, qui ont fui en grand nombre la domination israélienne pour trouver asile dans les pays voisins. En 1949, environ 700'000 Palestiniens ont quitté leur pays: 350'000 se sont installés en Transjordanie, 200'000 dans la bande de Gaza, entre 80 et 90'000 en Syrie et 70'000 au Liban. Bien qu'atténué, l'exode a continué les années suivantes. Israël, qui souhaitait acquérir des territoires et non contrôler des populations, ne l'a pas freiné. Les conquêtes territoriales de 1967 ont alimenté un nouveau flux de réfugiés: 450'000 Palestiniens ont quitté les territoires occupés (150'000 d'entre eux s'exilent une seconde fois).            

La déclaration de Washington         
Le 13 septembre 1993, quatorze ans après les accords de Camp David, quatre ans après la chute du mur de Berlin et deux ans après l'effondrement de l'URSS, la Maison-Blanche a été le théâtre de l'un des événements majeurs de l'histoire de la seconde moitié du XX e  siècle, à savoir la rencontre entre le président de l'OLP, Yasser Arafat, et le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, et son ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres. Aboutissant à la «déclaration de principe sur l'autonomie des Territoires occupés», qui prévoit un retrait progressif de l'armée israélienne, leur autonomie - et probablement à court terme celle de Jérusalem-Est -, elle est l'aboutissement des pourparlers engagés deux ans plus tôt à la Conférence de Madrid. La Déclaration implique la reconnaissance mutuelle de l'Etat juif et de l'OLP, et stipule l'abandon des actes terroristes par la centrale palestinienne. Pourtant, une grande partie de la droite israélienne (arrivée au pouvoir en mai 1996), a dénoncé l'abandon de facto d'Eretz Yisraël (littéralement, «terre d'Israël», soit la politique du «Grand Israël», de la Méditerranée au Jourdain), et les extrémistes palestiniens, tout particulièrement ceux du mouvement Hamas, s'opposent à ce rapprochement.  

V. Les rivalités Iran-Iraq :

 

La guerre entre l'Iraq et l'Iran (1980-1988) a considérablement envenimé la tension qui régnait sur les rives du Golfe. En toile de fond demeure l'antagonisme qui, au cours des siècles, voire des millénaires, n'a cessé d'opposer les peuples mésopotamiens à ceux des hauts plateaux iraniens.

Aujourd'hui, ces deux puissances régionales aspirent chacune à contrôler l'espace qui les unit. Un contentieux historique est souvent évoqué pour souligner l'opposition qu'a avivée l'arrivée au pouvoir du régime islamique à Téhéran (1979). Un litige frontalier a servi de prétexte au conflit. Le Chatt al-Arab (la «rivière des Arabes») et le Khuzestân (ou Khûzistân) sont l'objet de disputes et de convoitises depuis le XVIII e  siècle.

Issu de la confluence du Tigre et de l'Euphrate, ce fleuve, long de 204 Km, matérialise la frontière irako-iranienne sur 105 km. C'est une vieille frontière politique, historique et culturelle entre deux Empires (ottoman et perse), deux mondes (arabe et aryen), deux légitimités islamiques (sunnite et chiite). Le pétrole l'a récemment transformé en voie d'eau essentielle pour les échanges énergétiques internationaux. Abadan, sur la rive gauche, abrite l'une des plus vastes raffineries du monde. Bassora et Fao, sur la rive droite, sont devenus les poumons de l'économie irakienne. Le prolongement de la Mésopotamie sur la rive gauche (Arabistan pour Bagdad, Khuzestân pour Téhéran) est également un enjeu pour les deux pays. Dans cette plaine de 185'000 Km², jadis peuplée - bien que rattachée à l'Iran - par une majorité d'arabophones, se localise une bonne partie des gisements pétroliers iraniens.  

Le tracé de la frontière, le long de la voie d'eau, a fait, depuis la présence turque (milieu du XVI e  siècle), l'objet d'innombrables accords ou arrangements, d'abord entre l'Empire ottoman et la Perse, puis entre l'Iraq et l'Iran. Le dernier en date remonte à l'accord d'Alger (1975): le talweg du Chatt al-Arab est reconnu comme frontière par les deux parties. Mais, après de multiples incidents, l'accord est mis en cause par l'Iraq, dont l'armée envahit le territoire iranien le 22 septembre 1980. C'est le début d'un conflit meurtrier où se joue l'hégémonie sur le Golfe. En dépit des multiples intérêts des grandes puissances, il s'est maintenu dans un cadre régional.  

A l'issue du cessez-le-feu de 1988, établi sous les auspices des Nations unies, les deux adversaires sortent très affaiblis économiquement du conflit. Le potentiel économique de l'Iran est très atteint; nombreuses sont les infrastructures pétrolières détruites. L'Iraq, pays très endetté, conserve une impressionnante force de frappe militaire. Equipée par l'URSS et certains pays occidentaux, son armée, à la veille de la guerre du Golfe, était la plus importante d'une région sur laquelle Bagdad ne cache pas ses ambitions. L'invasion du Koweït, le 2 août 1990, visait à lui donner les moyens économiques de sa politique hégémonique: sous la férule de Saddam Hussein, Bagdad pensait pouvoir contrôler la production pétrolière d'un grand pays exportateur et accroître ses réserves. Le conflit, qui menace les intérêts de l'Occident, ne reste pas circonscrit dans son cadre régional. La riposte, soutenue par l'Arabie Saoudite, est conduite par les Etats-Unis, qui, à la tête d'une coalition de 29 pays, contraignent l'Iraq à évacuer le Koweït. Le cessez-le-feu est proclamé le 28 février 1991.

VI. La nouvelle donne géopolitique :

 

Au lendemain de la guerre du Golfe, l'échiquier politique et stratégique du Moyen-Orient est profondément transformé sans que, pour autant, les tracés frontaliers aient été modifiés. Les aspirations des peuples qui se sont manifestées après la défaite irakienne (les chiites au sud du pays, les Kurdes au nord) n'ont pas abouti à une remise en question territoriale: le conflit a davantage profité aux Etats qu'aux peuples.

La guerre du Golfe a mis en lumière deux données fondamentales et très probablement durables: la suprématie américaine dans la région et la division du monde arabe entre les pays qui ont soutenu l'Iraq et ceux qui ont rejoint les rangs de la coalition. On voit, par ailleurs, apparaître de nouveaux rapports de force régionaux. Malgré l'embargo qui l'a frappé, l'Iraq, considérablement affaibli et sans doute pour longtemps, nourrit toujours des ambitions dans le Golfe. L'Iran, sorti très affecté des huit années de la guerre qui l'a opposé à l'Iraq, a tiré parti de sa neutralité pendant la guerre du Golfe. La reconstruction du pays est entamée, et Téhéran, qui souhaite jouer son rôle de «gendarme du Golfe», conduit une politique active en Asie centrale et dans le Caucase.  

L'Arabie Saoudite a confirmé sa capacité à contrôler le marché pétrolier; pourtant, la faiblesse démographique et militaire du royaume apparaît au grand jour. Sa sécurité dépend plus que jamais de la protection américaine. Pour sa part, la Syrie a su tirer les plus grands bénéfices du conflit. En «échange» de son soutien à la coalition, elle a pu étendre sa domination sur le Liban, réalisant ainsi une partie de ses ambitions méditerranéennes, devenant une puissance régionale avec laquelle il faut compter.  

Pour Israël, la guerre du Golfe a démontré que les Territoires occupés ne constituent plus la «profondeur stratégique» vantée depuis 1967. Les Scud qui se sont abattus sur son territoire ont montré sa vulnérabilité.  
La déclaration de principes signée à Washington le 13 septembre 1993, qui prévoyait l'autoadministration palestinienne à Gaza et à Jéricho, connaît, depuis le retour de Yasser Arafat à Gaza en juillet 1994, une difficile mise en œuvre sur le terrain, du fait des attentats et des pressions des extrémistes de tous bords. La question de la constitution d'un Etat palestinien en Cisjordanie demeure ouverte, de même que la volonté israélienne d'échanger les Territoires occupés contre une paix durable, processus amorcé avec la signature le 26 octobre 1994, d'un traité de paix avec la Jordanie.