HISTOIRE DE LA JORDANIE

 

 

 

Située au nord-est de la péninsule arabique, la Jordanie (91'840 Km²) est en majeure partie occupée par le désert. Elle est limitée à l'est et au sud par l'Arabie saoudite, au nord-est par l'Irak, au nord par la Syrie et à l'ouest par Israël.    

De tous les Etats issus du démembrement de l'Empire ottoman, la Jordanie est celui dont la construction apparaît la plus artificielle et dont la consistance territoriale a été la plus changeante.              
 
La Transjordanie  
En septembre 1922, la Transjordanie (à l'est du Jourdain) est placée sous mandat britannique et confiée à l'émir Abdullah, l'un des fils de l'émir Husayn de La Mecque. La création de cette nouvelle entité territoriale comble les vœux de la Grande-Bretagne qui, en la confiant à un Hachémite, pense honorer la promesse faite pendant la guerre à l'émir Husayn de créer un royaume arabe en échange de son alliance contre Istanbul. Ce nouveau territoire prolonge la domination britannique de l'isthme entre le golfe Persique et la Méditerranée.

Par ailleurs, la Transjordanie est un territoire tampon entre la Syrie sous tutelle française et la péninsule Arabique où s'affirme la puissance des Saoudiens. La frontière nord-ouest, qui suit en partie le cours du Yarmouk, correspond à la limite entre les régions placées sous mandat français et celles qui sont placées sous mandat britannique. Les autres délimitations restent longtemps imprécises. Le débouché sur la mer Rouge à Aqaba n'est acquis qu'en 1925; cette fenêtre maritime de la Jordanie sera portée de 6 à 25 Km grâce à un arrangement plus tardif (1965) avec Riyad. Avec l'Irak, la frontière n'est fixée qu'en 1932.

L'annexion de la Cisjordanie     
Quant aux frontières occidentales, elles ont fluctué avec les multiples péripéties du conflit israélo-arabe. En 1949, après les accords d'armistice consécutifs à la première guerre israélo-arabe, la Transjordanie annexe la Cisjordanie (la Samarie et une partie de la Judée), qui était tenue par la Légion arabe.

Le royaume devient alors la Jordanie. Le gain de territoire est faible, mais potentiellement important: 5878 Km² de bonnes terres bénéficiant d'un climat méditerranéen s'ajoutent aux 88'000 Km² steppiques ou désertiques de la Transjordanie. Le peuplement du royaume est profondément transformé. On y comptait alors quelque 375'000 Bédouins, en majeure partie sédentarisés; l'annexion de la Cisjordanie gonfle considérablement les effectifs: aux 460'000 Cisjordaniens s'ajoutent 350'000 réfugiés palestiniens.

La Jordanie passe en quelques mois de 375'000 à 1'200'000 h. Si une partie de la bourgeoisie palestinienne contribue au dynamisme et à la prospérité du nouvel Etat, la masse des réfugiés s'entasse dans les camps et les bidonvilles à la périphérie des villes, notamment de la capitale Amman. Une active politique d'assimilation est conduite, visant à intégrer les Palestiniens, qui obtiennent automatiquement la nationalité jordanienne. Les oppositions entre Bédouins et Palestiniens restent vives toutefois; elles seront exacerbées après la guerre de 1967.            

Le recentrage vers l'est    
La guerre des Six-Jours a des conséquences catastrophiques pour la Jordanie. Le royaume se trouve amputé de la Cisjordanie où, sur 5,7 % du territoire jordanien, se concentraient à l'époque 47 % de la population, 48 % des établissements industriels, l'essentiel de la production agricole.

L'annexion israélienne entraîne également la perte des Lieux saints, un pôle touristique exceptionnel et une importante source de devises pour l'économie. La Jordanie orientale doit alors faire face à un nouvel afflux de réfugiés palestiniens (environ 300'000) et le royaume, dans ses nouvelles limites, connaît une croissance démographique spectaculaire: 1,4 millions d'habitants en 1968, 4,4 millions en 1997.

Cependant, la position d'Amman à l'égard de la Cisjordanie occupée a beaucoup évolué: la Jordanie prend acte de la naissance d'un pouvoir palestinien et, en juillet 1988, les Jordaniens annoncent la «rupture des liens légaux et administratifs» avec ce territoire annexé en 1949. Le royaume a durablement pour frontière occidentale le Jourdain, et son assise territoriale est réduite à la partie orientale de la vallée et aux plateaux steppiques et désertiques de l'Est.

En 1994, la Jordanie signe un traité de paix avec Israël. En 1999, la mort du roi Hussein, entérine l'arrivée au pouvoir de son successeur désigné, le prince Abdallah. Après avoir désigné à son tour son demi-frère Hamza, prince héritier du trône hachémite et nommé Abdel Raouf Rawabdeh à la direction du gouvernement, le roi Abdallah, qui s'est engagé à poursuivre la politique mise en œuvre par son défunt père, doit faire face à une situation complexe dominée par le blocage du processus de paix israélo-palestinien et par la crise économique qui sévit dans le pays.

Par ailleurs, un litige l'oppose à Israël, qui remet en question les accords commerciaux liant les deux pays pour la fourniture d'eau. Le gouvernement israélien a en effet invoqué le faible niveau des pluies et la demande importante, pour envisager la réduction de 60 % de l'approvisionnement de la Jordanie.

A la fin du premier semestre 2000, Abdallah II accepte la démission du Premier ministre Abdel Raouf Rawabdeh, dont le gouvernement, vivement critiqué par une majorité des députés est également accusé de népotisme, de corruption et d'abus de fonds publics. Il désigne Ali Abu Ragheb pour former le nouveau cabinet et mener à bien les réformes nécessaires au redressement économique du pays.

HISTOIRE DE LA PALESTINE

 

 

 


 

La Palestine est située à l'extrémité orientale de la Méditerranée. La Palestine a reçu son nom des Grecs puis des Romains, d'après celui des Philistins, peuple de la mer venu de Crète, qui sont maîtres de la côte fertile au XII e siècle av. J.-C.

Ses frontières ont beaucoup varié au cours des siècles. Parfois, elles se confondent au nord avec le fleuve libanais Litani - l'antique Leontès -, englobent les villes de Gaza et de Beersheba au sud, et vont de la Méditerranée, à l'ouest, jusqu'au Jourdain et à la mer Morte, à l'est. Au cours du mandat britannique (1922-1948), la Palestine coïncide approximativement avec le territoire défini en 1917 par la Déclaration Balfour comme « foyer national juif ». Aujourd'hui, cette région est bordée au sud-ouest par la péninsule du Sinaï, à l'ouest par la Méditerranée, au nord par le Liban et la Syrie et à l'est par le Jourdain, la mer Morte et la vallée de l'Araba.    

Bien que sa superficie (26'000 m²) ne dépasse pas celle du département de la Normandie, aucune région au monde n'a joué un rôle aussi important dans l'histoire de l'humanité, ni engendré des conflits aussi sanglants. Berceau de deux grandes religions, le judaïsme et le christianisme, la Palestine est aussi une terre sacrée pour l'islam.


Lié depuis l'Antiquité à la religion de peuples aussi divers, ce territoire ne pouvait que devenir l'objet de convoitise et de conflit. Par ailleurs, la Palestine offre une terre fertile entre la mer et le désert, et constitue le passage obligé des marchands, des armées et des voyageurs entre la vallée du Nil, la Mésopotamie et l'Asie mineure. Cette position stratégique explique que les tribus nomades, les cités rivales, les empires et les puissances coloniales en aient souvent fait leur champ de bataille. A l'époque contemporaine, après avoir été lié pendant un certain temps à l'antagonisme des Etats-Unis et de l'URSS lors de la guerre froide, le conflit s'est cristallisé sur les intérêts divergents des Juifs et des Arabes. La Palestine représente donc beaucoup plus pour le monde que la valeur effective de ses maigres ressources.

I.                  L’Etat d’Israël et le problème Palestinien :

 

L'Etat d'Israël           
Le 14 mai 1948, alors que les derniers soldats britanniques quittent le territoire, David Ben Gourion proclame la création de l'Etat d'Israël dans le cadre des frontières délimitées par les Nations unies. Le nouvel Etat est immédiatement reconnu par de nombreux Etats, dont la France, les Etats-Unis et l'URSS. Dès le lendemain, il est menacé de tous côtés par les armées de la Ligue arabe.  

Au cours des neuf mois qui suivent, les forces arabes ne parviennent à occuper que les territoires qui n'ont jamais été sous contrôle juif, à une seule exception près : la légion de Transjordanie investit Jérusalem. Les Nations unies délèguent sur les lieux un médiateur, le prince Bernadotte de Suède, pour tenter de mettre un terme aux hostilités. Mais il est assassiné le 17 septembre 1948, sans doute par le groupe Stern. L'Américain Ralph Bunch lui succède dans son entreprise et parvient à obtenir un accord d'armistice en février 1949. L'accord donne à Israël un territoire légèrement plus étendu que celui que prévoyait le découpage de l'ONU. L'Egypte conserve la bande de Gaza et le el-Auja sur le Néguev. Quant à la Transjordanie, rebaptisée Jordanie, elle annexe la majeure partie de la Samarie et de la Judée, sur la rive droite du Jourdain. Jérusalem reste coupée en deux. Le territoire arabe sous contrôle de l'ONU est désormais partagé entre Israël et la Jordanie.          

Le problème palestinien    
L'une des conséquences de la naissance d'Israël et de la guerre qui s'ensuivit fut l'exode d'un grand nombre d'Arabes, les uns chassés par les hostilités ou par les extrémistes des deux bords, les autres craignant pour leur sécurité dans un état juif. Si une petite partie de ces réfugiés gagne les pays arabes environnants, la majorité d'entre eux est relogée dans des camps - notamment en Syrie, en Jordanie et dans la bande de Gaza.

La Charte nationale palestinienne (extrait)Le sort des réfugiés est au centre du drame palestinien, et de l'hostilité permanente qui oppose Israël à ses voisins arabes. Leurs porte-parole, organisés en divers groupes sous l'égide de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) réclament pour ces réfugiés le droit de regagner leur terre natale et la création d'un Etat palestinien. Une étape majeure de ce processus est intervenue le 10 septembre 1993, lorsque Yasser Arafat, dirigeant de l'OLP, et Yitzhak Rabin, premier ministre d'Israël, ont signé des lettres de reconnaissance mutuelle, par lesquelles Israël reconnaît l'OLP comme le représentant du peuple palestinien. Trois jours plus tard, un premier accord prévoyant de former un gouvernement palestinien provisoire pour contrôler la ville de Jéricho, sur la rive ouest du Jourdain, et la bande de Gaza est signé. Au terme d'un traité signé le 4 mai 1994, les Palestiniens bénéficient d'une forme limitée d'autonomie, et les Israéliens s'engagent à retirer leurs forces armées de la bande de Gaza et de Jéricho.       
 Après les accords conclus à Taba et signés à Washington le 28 septembre 1995, l'armée israélienne évacue les principales villes de Cisjordanie, à l'exception d'une partie d'Hébron, qui fait l'objet d'un statut particulier, et de Jérusalem-Est dont le statut n'a pas été abordé. Un Conseil palestinien de l'autonomie, présidé par Yasser Arafat, a été élu au suffrage universel en 1996.  

Les négociations sur le statut définitif des territoires occupés devaient débuter au printemps 1996. Elles devaient aussi régler le sort de Jérusalem, des réfugiés et des colonies israéliennes de Cisjordanie et de Gaza. Mais l'assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en novembre 1995, puis la défaite électorale de Shimon Peres face au leader de la droite Benyamin Netanyahu, en mai 1996, ont considérablement ralenti le déroulement du processus de paix. Celui-ci, après la reprise des implantations juives à Jérusalem-Est et des attentats des islamistes du Hamas, en juillet-août 1997, paraît bloqué.  

Le 4 septembre 1999, Yasser Arafat signe à Charm el-Cheikh (Egypte) un nouvel accord avec le Premier ministre israélien, Ehud Barak, sur la mise en œuvre des accords déjà conclus à Wye River, en 1998. Selon les termes de ces accords, 11 % de territoires supplémentaires doivent être restitués aux Palestiniens, opération leur permettant de contrôler 42  % de la Cisjordanie, avant le 20 janvier 2000, dans les frontières d'avant 1967, non compris Jérusalem-Est.

Outre l'autorisation d'Israël pour entreprendre la construction du port de Gaza, l'Autorité palestinienne obtient également l'ouverture de passages protégés et placés sous sa juridiction entre Gaza et les territoires de Cisjordanie, ainsi que la libération de trois cent cinquante partisans détenus en Israël. Soutenu par une partie de la communauté internationale et par le pape Jean-Paul II, avec qui il a signé, le 15 février 2000, un accord historique de coopération, en vertu duquel le Vatican s'engage à s'opposer à toute action unilatérale d'Israël à Jérusalem, le chef de l'Autorité palestinienne s'emploie alors à accélérer les discussions pour un règlement de paix définitif, une date butoir ayant été fixée au 20 septembre 2000.

Toutefois, en mai, les nouvelles négociations engagées avec Israël à Stockholm pour la mise en œuvre du processus de paix sont brutalement interrompues à la suite des émeutes qui ont éclaté à Gaza et en Cisjordanie lors de la commémoration de la naqba (exil des Palestiniens consécutif à la création de l'Etat d'Israël en 1948). Par ailleurs, le maintien en détention de près de 1600 Palestiniens demeure l'un des principaux obstacles à la paix.

La spirale de la violence ne s'arrête pas. Après l'échec des accords d'Oslo, le plan de "Initiative de Genève" (décembre 2003) permettra t'il de réconcilier les parties et d'ouvrir une nouvelle période de paix entre les israéliens et le palestiniens ?

II.              Les principales dates de l’histoire palestinienne

2 novembre 1917 : Le secrétaire britannique au Foreign Office Arthur Balfour promet solennellement aux dirigeants sionistes un «Foyer national juif» en Palestine.

 

1936-1939 : Révolte arabe contre le mandat britannique. Elle est écrasée par les Britanniques qui décident de limiter l'immigration juive et promettent la création d'un Etat palestinien.

 

29 novembre 1947 : Les Nations unies décrètent la partition de la Palestine en deux Etats, un Juif et un Arabe, à l'expiration du mandat britannique le 15 mai 1948 (résolution 181). Le monde arabe rejette cette décision.

 

14 mai 1948 : Proclamation de l'Etat d'Israël. Les armées arabes entrent en guerre contre le nouvel Etat. A la fin de la guerre le 13 janvier 1949, 700’000 réfugiés palestiniens s'installent en Cisjordanie, à Gaza ou dans les pays arabes.

 

28 mai 1964 : Après la création au Caire de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), son instance suprême, le Conseil national palestinien (CNP), tient sa première réunion à Jérusalem-est et adopte une charte prônant la lutte armée contre l'Etat juif.

 

Juin 1967 : Guerre des Six jours, à l'issue de laquelle Israël occupe Jérusalem-est, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

 

4 février 1969 : Yasser Arafat est élu président du Comité exécutif de l'OLP.

 

16-22 septembre 1970 : Les tensions entre l'OLP et la Jordanie débouchent sur de sanglants affrontements en Jordanie. Ce «Septembre noir» fait plus de 3000 morts. L'OLP se replie au Liban.

 

22 novembre 1974 : Yasser Arafat est reçu aux Nations unies à New York, où il apparaît avec un rameau d'olivier et un pistolet. L'OLP obtient un siège d'observateur à l'ONU.

 

Juin 1982 : Les forces israéliennes envahissent le Liban jusqu'à Beyrouth et contraignent l'OLP à se replier à Tunis.

 

9 décembre 1987 : Début de la première Intifada, qui va durer six ans.

 

13 septembre 1993 : Après plusieurs mois de négociations secrètes à Oslo, Israël et l'OLP se reconnaissent mutuellement et signent une Déclaration de Principes lançant l'autonomie palestinienne.

 

1er juillet 1994 : Arafat retourne en terre palestinienne et crée à Gaza l'Autorité palestinienne, gouvernement autonome qui applique sa juridiction sur les zones évacuées par Israël.

 

20 janvier 1996 : Après l'évacuation par Israël des principales villes de Cisjordanie, Arafat est élu président de l'Autorité palestinienne. Un conseil législatif de 88 membres est élu le même jour.

 

23 octobre 1998 : Accords de Wye Plantation (Etats-Unis) qui prévoient un retrait israélien en trois phases de 13% de la Cisjordanie. Seule la première phase a été réalisée.

 

5 septembre 1999 : Le premier ministre israélien Ehud Barak et Yasser Arafat signent à Charm el-Cheikh (Egypte), une version renégociée des accords de Wye Plantation.

 

11/25 juillet 2000 : A Camp David (USA), MM. Arafat et Barak négocient sans parvenir à un accord.

 

28 septembre : Début de la 2e Intifada après la visite d'Ariel Sharon (chef du Likoud) sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem.

 

3 décembre 2001 : Raids israéliens sur Gaza. Arafat est confiné dans son QG de Ramallah.

 

29 mars 2002 : Opération «Rempart», la plus grande offensive israélienne en Cisjordanie depuis 1967.

 

16 juin : Lancement de la construction d'une barrière de séparation le long de la ligne de démarcation séparant Israël de la Cisjordanie, afin d'empêcher, selon Israël, les infiltrations de kamikazes.

 

14 février 2003 : Cédant aux pressions internationales, Yasser Arafat accepte la nomination d'un Premier ministre.

 

30 avril : Lancement de la «feuille de route», plan de paix international devant conduire d'ici à 2005 à la création d'un Etat palestinien.

 

11 septembre : Israël prend la décision de principe de se «débarrasser» d'Arafat.

 

1er décembre : Lancement de l'Initiative de Genève, plan de paix informel élaboré par des personnalités israéliennes et palestiniennes.

 

18 décembre : Le Premier ministre israélien Ariel Sharon dévoile son «plan de séparation» des Palestiniens, menaçant de mettre en oeuvre des « mesures unilatérales ».

 

22 mars 2004 : Liquidation par Israël du leader du Hamas, cheikh Ahmad Yassine. Son successeur, Abdelaziz al-Rantissi, est assassiné le 17 avril.

 

26 octobre : Le Parlement israélien entérine le plan de retrait de la bande de Gaza censé mettre fin en 2005 à 37 ans de colonisation juive de ce territoire.

 

11 novembre 2004 : mort de Yasser Arafat à l’hôpital militaire de Percy en France. Il est enterré à Ramallah.

 

HISTOIRE DE LA SYRIE

 

 

 

Etat du Croissant fertile, la République arabe syrienne (185'180 Km²), est limitée à l'ouest par la Méditerranée, au sud-ouest par le Liban et Israël, au sud par la Jordanie, à l'est par l'Iraq et au nord par la Turquie.

Voie de passage majeure depuis la plus haute Antiquité, la Syrie commande les routes qui, par la vallée de l'Euphrate ou à travers le désert, conduisent vers l'Iraq et les pays du Golfe. Issu du dépeçage de l'Empire ottoman au lendemain de la Première Guerre mondiale, le tracé frontalier, artificiel, suit la voie ferrée du Taurus (limite avec la Turquie), la frontière jordanienne étant une simple ligne sectionnant les terrains de parcours d'anciennes tribus nomades.

La Syrie antique      
Cadre naturel dans lequel s'épanouit la civilisation mésopotamienne aux IV e et III e millénaires av. J.-C., la vallée de l'Euphrate vit la naissance des premières civilisations urbaines et constructions étatiques par des populations maîtrisant l'écriture.  

Les vestiges de Mari apportent la preuve que la Syrie du II e millénaire fut un carrefour politique, économique et culturel renommé, et donc aussi convoité. Morcelée et divisée en une multitude de petites principautés soumises aux alliances conclues avec de puissants voisins, la Syrie va subir plusieurs dominations: Phéniciens et Araméens, Egyptiens, Assyriens, Chaldéens et Perses laissent à des degrés divers leur empreinte.

Alexandre le Grand, victorieux des Perses (331 av. J.-C.), soumet la Syrie et encourage l'hellénisation, fondant notamment de nombreuses cités. Antioche devient la capitale de cette Syrie mésopotamienne; Damas et Tadmor (Palmyre, la «ville des palmiers»), à l'intérieur, s'imposent comme de grands centres. Séleucos (général d'Alexandre, futur Séleucos Ier Nikatôr), fonde dans la vallée de l'Oronte un Etat qui a Antioche pour capitale (le royaume de Syrie) et qui, par étapes successives, s'étendra de la Méditerranée à l'Inde.  

En 64 av. J.-C., Rome soumet la Syrie, qui, partagée en cinq provinces, devient une riche contrée agricole. Le blé et l'olivier assurent l'extension du commerce en direction de la Méditerranée. Les villes, soumises à l'influence romaine, ne cessent de se développer. Jouant un rôle dans l'évolution de l'Empire romain, la Syrie fournit une dynastie d'empereurs, dont Septime Sévère, Caracalla et Philippe l'Arabe. A Palmyre, Zénobie fonde un éphémère empire syrien (257-272), dont Aurélien viendra facilement à bout. Mais Rome contient de plus en plus difficilement l'assaut de ses voisins. Les Perses menacent à plusieurs reprises la Syrie, qui, à partir de 395, est englobée dans l'Empire d'Orient et tombe sous la férule de Constantinople. La faiblesse de l'administration byzantine, uniquement préoccupée de lever l'impôt, et les atermoiements des empereurs facilitent la conquête arabe.            

La Syrie arabe         
Affaiblis par les luttes qui les opposent, Byzantins et Perses ne peuvent résister à l'expansion arabe. Damas tombe en 635. La victoire du Yarmouk (636) sur les troupes d'Héraclius Ier permet aux Arabes de s'assurer le contrôle de la Syrie. La dynastie omeyyade (661-750), fondée par Moawiyya, exerce son rayonnement depuis Damas, sa capitale. La marine du calife s'empare des îles de la Méditerranée orientale (Chypre, Crète, Rhodes), tandis que les troupes terrestres viennent camper sous les murs de Constantinople. L'administration est réorganisée, les sciences se développent, les mosquées et les palais se multiplient.

Pourtant, les Omeyyades tombent sous les coups des Abbassides, qui font de Bagdad la capitale de leur nouvel Empire (750-1258), dont la Syrie devient une simple province. Le pays connaît une période troublée au moment où l'Empire commence à se démembrer.

A partir du XI e  siècle, les croisades modifient les structures territoriales. Le «royaume latin» créé par les croisés est une fédération de quatre Etats féodaux qui ne purent jamais dominer l'intérieur du pays, Damas et Homs restant des citadelles musulmanes. D'importantes colonies marchandes établies sur le littoral assurent la circulation des produits venus d'Asie vers l'Europe.

Après que Salah al-Din (Saladin) eut écrasé les Francs en 1187, la Syrie devient une province de l'Egypte des Mamelouks. L'Orient arabe est ensuite menacé à plusieurs reprises par les envahisseurs mongols, surtout par Tamerlan (mise à sac d'Alep et de Damas en 1400-1401).

La Syrie ottomane   
Après avoir pris Constantinople, les Ottomans défont les Mamelouks en 1516, annexent la Syrie à leur nouvel empire et la divisent en trois puis en quatre pachaliks (Damas, Tripoli, Alep et Saïda). Toutefois, la domination turque se fait principalement sentir dans les villes, les émirs locaux exerçant partout ailleurs leur propre pouvoir. Méhémet-Ali profite un temps de la faiblesse de la Sublime Porte pour contrôler le pays (1832-1840). L'arrivée des Jeunes-Turcs au pouvoir n'améliore pas la situation. Leurs tentatives d'assimilation renforcent au contraire le sentiment national.

La Première Guerre mondiale donne à de nombreux Syriens l'occasion de s'opposer à la tutelle ottomane. Alliés des Allemands, les Turcs, vaincus par les Anglais et les armées arabes de l'émir Fayçal, sont définitivement chassés de Syrie en octobre 1918.   

Le mandat français (1920-1941)    
Les nationalistes souhaitent rassembler autour de Damas les terres arabes autrefois placées sous contrôle ottoman. L'émir Fayçal se rend en Europe pour revendiquer une complète indépendance arabe.

Un congrès national syrien, réuni à Damas en mars 1920, proclame l'indépendance de la «Grande Syrie». En avril, la conférence de San Remo confirme les accords Sykes-Picot et donne à la France mandat sur le Liban et la Syrie: c'est l'effondrement du grand projet arabe. Les troupes françaises, après avoir défait les chérifiens, entrent à Damas en juillet 1920. La déception est immense parmi les nationalistes damascènes, lesquels n'admettront jamais la création du Liban.

La France, qui se donne pour mission de remettre en état le pays et de le conduire vers l'indépendance, se heurte à leur hostilité. En 1925 éclate la révolte du djebel Druze, qui sera très durement réprimée. L'ordre rétabli, l'affrontement avec les nationalistes se situe sur le plan politique. L'arrivée au pouvoir du Front populaire en 1936 suscite des espoirs. Mais le traité franco-syrien prévoyant l'indépendance de la Syrie dans un délai de trois ans, approuvé par le Parlement syrien, ne sera jamais soumis à la ratification du Parlement français.

A la veille de l a Seconde Guerre mondiale, la France accepte de céder à la Turquie le sandjak d'Alexandrette, provoquant à nouveau le mécontentement des Syriens. Proclamés en septembre 1941, la fin du mandat et l'indépendance interviennent effectivement à l'issue de la Seconde Guerre mondiale.

La Syrie indépendante       
Dans un premier temps, les hommes politiques qui ont contribué à négocier l'indépendance se révèlent peu aptes à conduire les affaires. De 1949 à 1954, le pays connaît une succession de coups d'Etat militaires, tandis que s'accomplissent des progrès en faveur de l'édification d'un Etat unitaire et que, sur le plan extérieur, le pays souligne son indépendance en refusant l'aide américaine.

Le retour des militaires dans leurs casernes ouvre la voie à un régime parlementaire, conformément à la Constitution de 1950. Mais la vie politique reste heurtée: des tendances pro-irakiennes et pro-égyptiennes s'affrontent, et le parti Baas, socialiste arabe, étend son influence. Sur le plan extérieur, l'hostilité à l'égard des Etats-Unis se confirme, tandis que se dessine un rapprochement avec l'URSS. L'influence égyptienne grandit et, en 1958, l'union syro-égyptienne aboutit à la création de la République arabe unie (RAU), dissoute en 1961. Le fonctionnement d'un Etat unitaire semble difficile.

En 1961, un coup d'Etat fomenté par des officiers, avec l'appui de la bourgeoisie conservatrice, y met un terme. A compter de 1963, le parti Baas accède au pouvoir et élimine la tendance pronassérienne. Les tentatives de rapprochement avec l'Iraq, où domine également le parti Baas, n'aboutissent pas. En 1964, une nouvelle constitution fait de la Syrie une république démocratique et socialiste, partie intégrante de la nation arabe. Les luttes et rivalités internes sont très vives à l'intérieur du parti.

En 1970, le général Hafez al-Assad, un alaouite appuyé par l'armée, prend en main la destinée de la Syrie. Sur le plan extérieur, sa politique est marquée par son contrôle du Liban et le problème du Golan, occupé par Israël depuis 1967. Le 11 mars 1999, le général al-Assad, dont le parti, le Front national progressiste, avait remporté largement en novembre 1998 les élections organisées pour désigner les 250 représentants du Conseil du peuple, est reconduit à la tête de l'Etat.

Seul candidat à se présenter, sa réélection a lieu dans un climat de morosité économique, marquée par une croissance insuffisamment élevée (2 % en 1998) pour compenser la forte expansion démographique, par la chute du prix du pétrole - dont les recettes assurent près de 70 % de la valeur des exportations et 40 % du budget de l'Etat -, et par la frilosité des investisseurs étrangers, rebutés par l'archaïsme du système étatique et juridique.

En mars 2000, Hafez al-Assad nomme Mohammad Moustapha Miro à la direction du gouvernement, en remplacement de Mahmoud al-Zou'Bi, Premier ministre depuis treize ans. Le choix du gouverneur d'Alep, présenté comme un réformateur, pour diriger une équipe largement remaniée, semble indiquer une volonté d'ouvrir davantage à la modernité un pays touché par la récession économique depuis deux ans.

Sur le plan diplomatique, les pourparlers de paix avec Israël, qui ont connu une certaine avancée à la suite du retrait effectif des troupes israéliennes du Liban-Sud en mai, demeurent toujours bloqués sur la question de l'occupation israélienne du Golan. Contre toute attente, le décès brutal, le 10 juin, du chef de l'Etat et l'arrivée attendue de son successeur désigné, son fils Bachar, largement plébiscité par le parti Baas, inaugurent une nouvelle ère politique.

HISTOIRE DE LA TURQUIE

 

 

 

 

 

La naissance de la Turquie moderne
Après la Première Guerre mondiale, la défaite de l'Empire ottoman a plongé la Turquie dans le chaos, encore aggravé par les conditions très dures de l'armistice de Moúdhros (octobre 1918): capitulation de l'armée, démilitarisation des Détroits, perte des provinces arabes, occupation de points stratégiques par les troupes alliées. Quelques mois plus tard, l'armée grecque débarque à Izmir avant que les Alliés n'imposent au sultan le traité de Sèvres (août 1920). Celui-ci consacre le démembrement de la Turquie en instituant des zones contrôlées par les grandes puissances et en créant une Arménie indépendante et un Kurdistan autonome.  

La sévérité des sanctions provoque un sursaut au sein de la population. Des meetings de protestation se tiennent à Istanbul, tandis que des associations patriotiques se multiplient en Thrace et en Anatolie. Débarqué à Samsun en mai 1919, Mustafa Kemal va prendre en main l'organisation de la résistance. Rassemblant les débris de l'armée ottomane en Anatolie, mobilisant toutes les forces économiques et sociales, il parvient, depuis Ankara où il a installé son quartier général, à faire front. Il repousse les Arméniens à l'est et contient les Français en Cilicie.

Une série de victoires (Inönü, Sakarya) permet de briser l'élan des armées grecques qui avaient envahi l'Anatolie occidentale. Celles-ci sont définitivement chassées à la suite de la prise d'Izmir en septembre 1922. En deux ans, le territoire turc a été libéré. La victoire est due à la volonté d'un homme, à la mobilisation d'une nation, à l'aide apportée par la Russie bolchevique et, aussi, à la division des puissances européennes face à la poursuite de la guerre en Orient.

La République kémaliste à l'école de l'Occident
Après d'âpres négociations avec les puissances alliées, la Turquie, au traité de Lausanne (juillet 1923), obtient l'annulation des dispositions prises à Sèvres. L'indépendance, la souveraineté et les frontières du nouvel Etat sont reconnues. Les capitulations sont supprimées. Il se produit un échange de populations avec la Grèce.

La paix conclue, Mustafa Kemal renforce son autorité et met fin à la monarchie ottomane en supprimant l'institution du sultanat. Il fonde son propre parti, devenu Parti républicain du peuple (PRP), instaure la République, dont il devient le premier président, et fixe la capitale à Ankara, double symbole d'une rupture avec le passé et du recentrage sur l'Anatolie.

Quelques mois plus tard, en mars 1924, il abolit le califat, ce qui a pour effet de distendre les liens entre la Turquie et le monde islamique. Maître du pays, il se lance dans une série de réformes audacieuses: suppression des écoles et des tribunaux religieux, dissolution des confréries islamiques, interdiction du port du fez, émancipation de la femme. Il fait adopter une nouvelle législation inspirée de divers codes européens. En 1928, les lettres arabes sont abandonnées au profit de l'alphabet latin.  

L'adoption de ces mesures radicales suscite des critiques et provoque des mouvements de résistance. Dans l'Est du pays, une révolte conduite par un cheikh kurde est durement réprimée au printemps de 1925. La presse est soumise à une censure stricte, tandis que des purges permettent de se débarrasser des derniers éléments du mouvement des Jeunes-Turcs et des communistes: dès la fin des années 1920, les oppositions sont étouffées.  

Après la crise de 1929, l'heure est à l'étatisme: inspiré par l'expérience soviétique, un premier plan quinquennal vise à doter le pays d'une industrie lourde. Les «maisons du peuple», organes culturels du parti unique, recouvrent le pays, avec pour mission d'éduquer et de diffuser dans les petites villes et les campagnes les idéaux de la révolution kémaliste. Une version «officielle» de l'histoire, qui fait des Hittites les ancêtres des Turcs, est échafaudée afin d'enraciner la conscience nationale en Anatolie. Quant à la langue turque, elle est épurée des termes arabes et persans.

La succession d'Atatürk et le multipartisme
Devenu président de la République après la mort d'Atatürk, en 1938, Ismet Inönü doit faire face à la montée des périls internationaux. A la suite de longues tractations, la France cède à la Turquie le sandjak d'Alexandrette (1939). Courtisée par les deux camps, la Turquie reste neutre pendant le second conflit mondial - elle déclare la guerre à l'Allemagne en février 1945.

Au lendemain des hostilités, Ankara doit faire face à une grave menace: Staline remet en cause la souveraineté turque sur les Détroits (Bosphore, Dardanelles) et émet des revendications territoriales sur les provinces orientales de la Turquie. Mais les Turcs résistent à ces pressions, et, renonçant à leur neutralité, amorcent un rapprochement avec l'Occident. Ankara signe la Charte des Nations unies, adhère à la «doctrine Truman» (1947), reconnaît Israël, est admis au Conseil de l'Europe et envoie un contingent en Corée. Peu après, la Turquie est intégrée à l'OTAN avec la Grèce.  

En même temps qu'elle se tourne vers l'Occident, la Turquie s'oriente vers le multipartisme. Un certain nombre de députés du PRP font sécession et fondent, en 1946, le Parti démocrate, de tendance plus libérale. A la surprise générale, les démocrates remportent une large victoire aux élections de 1950, et Adnan Menderes devient Premier ministre.

On assiste à un tournant dans l'évolution du pays: la bureaucratie kémaliste doit désormais partager le pouvoir avec une bourgeoisie d'affaires, les grands commerçants et les gros propriétaires, tandis que l'importance de l'électorat paysan incite les démocrates à faire des concessions sur le plan religieux.  

 Le développement de l'économie est rapide. Le pays s'ouvre aux capitaux étrangers, et la mécanisation de l'agriculture est accélérée. En matière de politique étrangère, les démocrates s'efforcent d'organiser la défense du mouvement des non-alignés. Au bout de quelques années, les excès du gouvernement démocrate, la dérive vers un pouvoir personnel et les menaces qui pèsent sur la laïcité finissent par susciter une forte opposition. En 1960, soutenue par les étudiants et les universitaires, l'armée se décide à intervenir.

Pouvoir civil et pouvoir militaire
Le coup d'Etat militaire de 1960 inaugure une série d'interventions de l'armée dans la vie politique turque. Les leaders du Parti démocrate sont traduits en justice; trois d'entre eux sont exécutés, dont Adnan Menderes. Une Constitution plus libérale, qui, pour la première fois, reconnaît le droit de grève, est promulguée en 1961. Héritier du Parti démocrate, le parti de la Justice accède au pouvoir aux élections de 1965, avec Süleyman Demirel comme Premier ministre.

Tandis que l'économie connaît une phase de croissance, le syndicalisme se développe et les mouvements de gauche se renforcent. En 1971, l'armée intervient à nouveau dans la vie politique, cette fois sans prendre le pouvoir. Les militaires font pression sur le pouvoir civil, obtiennent la démission de Demirel et la mise en place d'un pouvoir d'exception. La loi martiale est établie, et la répression s'abat sur les mouvements de gauche et les intellectuels.

Malgré la normalisation amorcée en 1973, la classe politique est impuissante à enrayer la montée des radicalismes. Les affrontements sanglants entre extrémistes de droite et de gauche se multiplient. Les islamistes agissent ouvertement contre la laïcité. A la confusion politique, également nourrie par le mouvement kurde, s'ajoute une grave crise économique, liée surtout aux problèmes pétroliers.

A la fin des années 1970, la Turquie semble prête à basculer dans le chaos, situation qui pousse l'armée, en septembre 1980, à s'emparer directement du pouvoir. Survenant un an et demi après la révolution iranienne, ce coup d'Etat est accueilli avec soulagement par les puissances occidentales, notamment les Etats-Unis. Le général Kenan Evren, qui devient chef de l'Etat, suspend la Constitution, dissout les partis politiques, interdit les formations syndicales, pourchasse les groupes extrémistes et censure la presse: l'ordre public est restauré aux dépens des libertés démocratiques. Le régime militaire promulgue une nouvelle Constitution, soumise à référendum en 1982, mais ne peut empêcher un civil, Turgut Özal, fondateur du parti de la Mère Patrie (ANAP), de remporter les élections de 1983.  

Pendant dix ans, la vie politique est marquée par la personnalité de Turgut Özal. Musulman sincère, technocrate formé aux Etats-Unis, il est d'abord Premier ministre avant de devenir président de la République de 1989 jusqu'à sa mort, en 1993. Partisan du libéralisme, il supprime le contrôle des changes, lance un programme de privatisations, renforce les relations économiques avec les pays du Moyen-Orient, notamment l'Iran et l'Iraq, en guerre depuis 1981. L'économie se redresse de manière spectaculaire. Toutefois, l'inflation reste forte (autour de 60 %), les écarts sociaux se creusent et les scandales se multiplient. L'islamisme progresse jusque dans les hautes sphères de l'Etat.

Sur le plan extérieur, Ankara mène une diplomatie active en s'efforçant de restaurer l'image du pays et en posant officiellement la candidature de la Turquie à l'entrée dans la Communauté européenne (1987). Alliée fidèle des Etats-Unis, la Turquie prend position contre Saddam Hussein et autorise l'usage de ses bases aériennes pendant la guerre du Golfe.

En 1993, Süleyman Demirel est élu à la présidence de la République. Le poste de Premier ministre, pour la première fois en Turquie, échoit à une femme, Tansu Ciller. Dans un environnement géopolitique instable, celle-ci doit s'efforcer de trouver une solution aux problèmes économiques, à la question kurde et à la montée des islamistes: le 8 juillet 1996, Necmettin Erlsakan, chef du Refah, le parti fondamentaliste, devient Premier ministre.

En juin 1997, ce dernier remet sa démission au président S. Demirel en espérant que sa partenaire conservatrice Tansu Ciller lui succédera. Contre toute attente, M. Demirel qui souhaitait rassembler une coalition laïque écartant les islamistes du pouvoir, a nommé le leader de l'opposition Mesut Yilmaz, à la tête du nouveau gouvernement, mettant ainsi fin à la pression des militaires qui menaçaient de faire tomber celui de N. Erbakan. En 1999, Bülent Ecevit le remplace à la direction du gouvernement. Le 5 mai 2000, Ahmet Necdet Sezer est élu à la présidence de la Turquie.

 

HISTOIRE DE L’AFGHANISTAN

 

 

 

 

Situé dans le prolongement de l'Himalaya, l'Afghanistan (647'500 Km²) est un pays de hautes et moyennes montagnes. Il constitue néanmoins un ancien carrefour de civilisations. Véritable plaque tournante en Asie centrale, l'Afghanistan a toujours été très convoité. Ce pays constituait en effet la voie de passage vers la Chine, sur la Route de la soie, avant de devenir un Etat tampon entre l'Empire russe et la colonie britannique des Indes.  

Les premières invasions
Les premiers envahisseurs furent le Perse Darius I au VI e  siècle av. J.-C., le Grec Alexandre le Grand en 328 av. J.-C., les Scythes, les Parthes et les Kouchans bouddhistes aux II e et Ier  siècles av. J.-C. et enfin les Huns Hephtalites, ou Huns Blancs, aux V e et VI e  siècles apr. J.-C.

Les Arabes introduisent la religion islamique au VII e  siècle, et les Turcs, sous le règne du sultan Mahmoud de Ghaznî, font momentanément de l'Afghanistan le centre de l'hégémonie et de la civilisation islamiques au début du XI e  siècle.

Les Mongols de Gengis Khan envahissent l'Afghanistan au début du XIII e  siècle, et Timour Lang (ou Tamerlan) l'annexe à la fin du XIV e  siècle. Au début du XVI e  siècle, Bâber (ou Zahir al-Din Mohammad) établit un empire en Inde à partir de ses bases de Kaboul.  

En 1747, les Pachtous, sous le règne d'Ahmad Khan, fondent la première dynastie afghane indépendante. Dost Mohammad (émir de Kaboul de 1834 à 1863) en établit une seconde. Cependant, c'est Abd ar-Rahman Khan (1880-1901) qui réussit le premier à exercer un véritable contrôle sur la totalité du pays. Hantés par l'éventualité d'une offensive russe en Inde, les Britanniques occupèrent le pays à deux reprises au XIX e  siècle. En 1842, l'armée britannique fut décimée par une révolte populaire et se retira du pays en 1878.

L'indépendance
Aman Allah Khan, qui règne de 1919 à 1929, déclare l'indépendance du pays en 1919 et met fin à l'ingérence britannique dans les affaires afghanes. Les Anglais reconnaissent l'indépendance afghane lors du traité de Kaboul en 1921. S'inspirant de Mustafa Kemal Atatürk, le nouveau roi met sur pied toute une série d'ambitieux programmes de modernisation politique et sociale, mais l'opposition des tribus le force à abdiquer en 1929.

Le pays connaît désordres et convulsions sanglantes. Mohammed Zaher Chah règne sur l'Afghanistan de 1933 à 1973. En 1964, il encourage la création d'une monarchie constitutionnelle. Cette tentative de démocratisation échouant, le cousin du roi, Mohammad Daoud Khan, s'empare du pouvoir en 1973, renverse la monarchie et devient président de la République jusqu'en 1978. Mais le pays est prisonnier d'une structure féodale, de plus en plus contestée par de jeunes officiers souvent formés à Moscou. Daoud Khan est renversé en avril 1978.

L'intervention soviétique
Le PDPA (Parti démocratique du peuple afghan), d'inspiration communiste, arrive au pouvoir avec, à sa tête, Nur Mohammad Taraki. Ses réformes de l'enseignement, de l'agriculture et de la famille sont rejetées par la population. Le régime est menacé d'une révolte générale.

Pour le soutenir, l'URSS intervient militairement en décembre 1979 et place à la tête du gouvernement Babrak Karmal. L'ingérence soviétique attise un mouvement de résistance dans tout le pays. Après une dizaine d'années de guerre, les moudjahidin (guerriers islamiques) contrôlent la plupart des campagnes. En 1986, Mohammed Najibullah succède à Karmal.

En novembre 1987, une nouvelle Constitution est votée pour favoriser une politique de «réconciliation», mais aucun chef politique ou militaire de la Résistance ne rejoint le régime. Les accords signés le 15 avril 1988 à Genève entre le gouvernement de Kaboul, le Pakistan, l'URSS et les Etats-Unis avaient fixé le calendrier de retrait des forces soviétiques, qui s'acheva le 15 février 1989.

La poursuite de la guerre civile
Après le retrait soviétique, les moudjahidin, politiquement divisés, ne parvinrent pas à conquérir les villes. Après une impasse militaire de trois années, le commandant Ahmed Chah Massoud s'empare en mars 1992 des provinces du Nord puis de Kaboul (28 avril).

La destitution de Nadjibollah est suivie de l'instauration d'un gouvernement islamique intérimaire, présidé par Sibghatollah Mojaddedi. Les seigneurs de la guerre se sont partagés le territoire en fonction de critères ethniques, cependant que les principaux protagonistes, le président Burhanuddin Rabbani et le commandant Ahmed Chah Massoud, à la tête des unités tadjikes, d'un côté, et le chef pachtou, Gulbuddin Hekmatyar, de l'autre, se battaient pour le contrôle de la capitale.

En quatre ans, les combats opposant les troupes du commandant Massoud aux intégristes musulmans, soutenus par le Pakistan, ont coûté la vie à plusieurs milliers d'Afghans et provoqué l'exode de plus de deux cent mille civils. Sur le plan diplomatique, le pays fait l'objet de sanctions de la part du Conseil de sécurité de l'ONU, depuis qu'il a refusé d'extrader l'islamiste, Oussama Ben Laden, soupçonné par les Nations unies, d'être à l'origine de nombreux actes terroristes à l'étranger.

 

HISTOIRE DE L’ARABIE SAOUDITE

 

 

 

 

L'Arabie Saoudite (2'240'000 Km²), bordée au nord par la Jordanie, l'Irak et le Koweït, au sud par le Yémen et Oman, à l'ouest par la mer Rouge, à l'est par les Emirats arabes unis et Qatar, dispose d'un large débouché sur le golfe Persique.

La formation du royaume d'Arabie Saoudite est l'œuvre de Muhammad ibn Saoud (milieu du XVIII e siècle), fondateur de la dynastie régnante, laquelle unifia les royaumes du Nadjd et du Hedjaz en 1926, avant que la Grande-Bretagne ne reconnaisse le nouvel Etat en 1932.

Les origines  
La naissance de Mahomet à La Mecque vers 570 marque le début d'une nouvelle ère. S'il commence à prêcher dans sa ville natale, Mahomet est contraint, devant l'hostilité des Mecquois, de se rendre à Yathrib (qui deviendra Médine) en 622, date de l'hégire et première année du calendrier musulman. En 630, il revient conquérir La Mecque. A sa mort, en 632, ses disciples, par leurs conquêtes, répandent sa parole à travers le Moyen-Orient et au-delà. Les souverains omeyyades font de Damas la capitale du monde musulman, et l'Arabie, qui perd en 692 son importance politique, est reléguée pour longtemps à la périphérie de l'Islam.

A partir du XVI e  siècle, l'Empire ottoman étend sa domination sur une grande partie de la péninsule. Le Nadjd est alors constitué d'une mosaïque de cités rivales, gouvernées par des seigneurs. C'est pourtant de là que surgit une voie nouvelle, lorsque, en 1745, la tribu des Saoud, guidée par Muhammad ibn Saoud, signe un pacte avec un théologien réformateur, puritain et très orthodoxe, Muhammad ibn Abd al-Wahhab, qui comporte l'engagement de combattre pour la défense de l'islam et la stricte application, dans la société, de la charia islamique.

Cette alliance permet à la doctrine rigoriste du wahhabisme d'être diffusée dans presque toute l'Arabie à mesure que s'étend un premier Etat saoudien, de 1803 à 1814. Sa destruction par Méhémet-Ali, vice-roi d'Egypte, n'empêche cependant pas la tribu des Saoud de poursuivre la lutte pour l'unification de la péninsule.

Au début du XX e  siècle, les Saoud fondent le royaume, après avoir conquis Riyad, le Hedjaz (1926) et La Mecque.         

Naissance du royaume       
Les deux royaumes du Hedjaz et du Nadjd fusionnent le 22 septembre 1932 au sein d'un «royaume d'Arabie Saoudite». Depuis le règne d'Abd al-Aziz III ibn Saoud (1932-1953), artisan de la formation du royaume, cinq rois se sont succédés sur le trône. Le règne de son successeur, son fils Saoud (1953-1964), est désastreux du point de vue financier: après avoir conduit le pays à la faillite, il est déposé le 1er novembre 1964 par le conseil de famille et celui des ulémas (docteurs de la loi musulmane).

C'est son demi-frère Faysal, déjà associé au pouvoir depuis 1958 en qualité de président du Conseil, qui est désigné comme successeur. Faysal Ier met en œuvre le développement planifié du pays, auquel il consacre une part importante des ressources pétrolières. Il inaugure un style de gouvernement, imité par ses successeurs, qui allie le développement économique à une politique de redistribution des richesses (on lui doit la gratuité de services tels que la médecine, l'éducation et les transports) et de maintien d'une stricte observance des principes de l'islam par l'ensemble de la société.

Faysal autorise la publication d'un Code du travail (qui ne reconnaît cependant ni les syndicats ni le droit de grève), la mise en place d'un système de sécurité sociale, l'abolition de l'esclavage (en 1962), la création - malgré les fortes réticences des théologiens consultés - d'un réseau de télévision.           

Faysal s'oppose très radicalement à l'Egyptien Gamal Abdel Nasser dans les années 1960, et le royaume combat, depuis toujours, l'influence communiste dans la région. Lors de la guerre civile au Yémen (1962-1970), l'Arabie Saoudite apporte son aide aux royalistes en lutte contre les républicains alliés aux Egyptiens.          

L'influence internationale 
Depuis les années 1970, l'Arabie Saoudite renforce son rôle sur la scène internationale grâce à sa puissance financière et au recul des idéologies socialistes dans le monde arabe. Elle cherche, en effet, à devenir l'un des axes fondamentaux, sinon le centre, de l'ensemble musulman; c'est ainsi que Faysal se fait l'un des plus actifs artisans de la création, en 1972, de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), qui institutionnalise la solidarité et la coopération entre les Etats musulmans dans les domaines économique, social et culturel.

Après l'anti-marxisme et l'islamisme, le troisième fondement de la politique extérieure du royaume est la lutte contre le sionisme, qui passe par la revendication constante de l'évacuation de Jérusalem (où se trouve le troisième lieu saint de l'islam, la mosquée d'al-Aqsa) par Israël, ainsi que par un soutien financier aux adversaires de l'Etat hébreu, dont l'OLP (Organisation de libération de la Palestine).  

Faysal Ier est assassiné, le 25 mars 1975, par un de ses neveux. Son fils Khaled lui succède, mais le véritable acteur de la vie politique et diplomatique du royaume est, dès cette époque, l'émir Fahd bin Abdul-Aziz al-Saoud, lui-même successeur désigné de Khaled, et à ce titre vice-Premier ministre. Fahd succède à Khaled en juin 1982 et poursuit l'œuvre de Faysal sur les plans intérieur (respect strict des valeurs de l'islam et développement économique du pays) et extérieur.

 Sous son gouvernement, l'Arabie Saoudite consacre une part importante de son budget à l'armement et accède au rang de puissance militaire. Forte de ses pétrodollars, l'Arabie Saoudite tient en effet un rôle majeur dans la région du Golfe, et même au-delà: les Saoudiens ont, par exemple, soutenu financièrement les moudjahidin afghans contre l'Armée rouge. Craignant les tentations hégémoniques du pouvoir islamique de Téhéran - plus encore que celles de l'Irak sur le Koweït -, les Saoudiens accusent des chiites iraniens d'être à l'origine des très graves incidents qui ont ensanglanté le pèlerinage à La Mecque le 31 juillet 1987 (402 victimes) et soutiennent Bagdad lors du conflit irano-irakien (1979-1988).

Mais après l'invasion du Koweït par l'Irak, le 2 août 1990, l'Arabie Saoudite, se sentant elle-même menacée, prend le parti de l'ONU et accueille sur son territoire les forces de la coalition alliée. Son armée, forte de 118'000 hommes, 550 chars et 180 avions de combat, s'engage dans la guerre du Golfe, qui s'ouvre le 17 janvier 1991 et durera quarante-trois jours.

En 1993, le roi amorce la libéralisation du régime par la création d'un Comité consultatif, première institution politique du pays. Mais les violations des droits de l'Homme, les difficultés internes du régime (problème de légitimité politique de la famille royale, demande de participation politique de la part des élites, contestation religieuse et sociale) et une santé économique moins solide qu'auparavant, mettent ce sûr allié de l'Occident dans une position moins confortable avec ses partenaires.

 

HISTOIRE DE L’EGYPTE

 

 

 

En arabe Misr. Etat de la vallée du Nil, limité à l'ouest par la Libye, au nord-est par Israël et la Palestine (Gaza), au sud par le Soudan, au nord par la mer Méditerranée, à l'est par la mer Rouge. Sa position charnière entre l'Asie et l'Afrique, entre les mers orientale et occidentale, chemin unique mettant en contact, à l'est du Sahara, terres tropicales et tempérées, a fait de cette grande nation arabe (1'001'450 km²).

 

Trois millénaires d'histoire :  
L'Empire égyptien est un exemple unique dans l'histoire de l'humanité. Il est le premier des grands empires nés sur les rives de la Méditerranée et est aussi celui qui dure le plus longtemps : trois millénaires.

 

L'histoire de l'Egypte          
Elle se répartit en trois époques distinctes (consultez le dossier dans la période "Antiquité) :

L'Ancien Empire         
Fondé vers 3200 avant J.-C. Des pharaons, tels Kheops, Khephren et Mykérinos, érigent de grandioses pyramides.

Le Moyen Empire     
De 2052 à 1770 avant J.-C. L'Egypte étend sa puissance. Sous le Nouvel Empire (1580-1085 avant J.-C.), l'Egypte est plus puissante que jamais avec la dynastie des Ramsès. Les pharaons conquièrent la Syrie-Palestine.

La Basse Epoque       
Peu à peu l'Empire tombe aux mains des Assyriens, des Perses, des Grecs, puis des Romains, au 1er siècle avant J.-C. Enfin les Arabes conquirent l'Egypte de 639 à 642.

La domination Arabe :

 

Lorsque vint au monde Mahomet le prophète de l'islam, en 570 après J.-C., il y avait bien longtemps que le pays n'était plus maître de son destin: grecque entre 332 et 30 avant notre ère, romaine de 30 avant J.-C. à 395 après J.-C., puis byzantine jusqu'en 642, l'Egypte avait progressivement adopté une foi chrétienne qu'elle avait d'ailleurs fortement contribué à forger. Un grave conflit, qui opposa la doctrine officielle en vigueur à Constantinople à l'hérésie monophysite, donna naissance à l'Eglise copte (du grec aiguptos, terme désignant les Egyptiens).      

En 640, sept ans après la mort de Mahomet, les armées musulmanes d'Amr ibn al-As pénétrèrent dans Memphis, sans presque rencontrer de résistance, avant de s'emparer de la grecque Alexandrie (642): le pays allait désormais partager le destin du jeune empire arabo-musulman et se tourner vers de nouvelles capitales, la Damas des Omeyyades et la Bagdad des Abbassides.

Vers la fin du VIII e  siècle, la majorité de la population avait adopté la langue arabe et l'islam. Lorsque l'Empire abbasside ne fut plus capable de maintenir son unité apparut la dynastie locale des Tulunides (868-905), plus ou moins indépendante.  

A la domination de Bagdad, restaurée par les Ikhchidides (935-969), succéda celle, chiite, des Fatimides (969-1171) : descendants de la fille du Prophète, Fatima, et de son neveu Ali, venus de Tunisie où ils s'étaient réfugiés, les Fatimides fondèrent Le Caire et y instaurèrent un nouveau califat. Ils en firent la capitale d'un empire brillant et prospère, qui occupa la Syrie et devint la plaque tournante du commerce entre l'Asie et l'Afrique. Les fondements de la mosquée al-Azhar furent posés en 973; son université vit le jour en 988.      

En 1099, les croisés s'emparèrent de Jérusalem: les Francs intervinrent dans les querelles locales jusqu'à ce que le sultan Salah al-Din ( Saladin I ) vienne rétablir l'ordre en renversant la dynastie fatimide à bout de souffle (1171). Les Ayyoubides, qui durent faire face à de nouvelles attaques des croisés, appuyèrent leur pouvoir sur une garde prétorienne d'esclaves turcs et circassiens, les mamelouks.

En 1250, ces derniers vainquirent et capturèrent le roi de France Louis IX (le futur Saint Louis), puis renversèrent le dernier Ayyubide et instaurèrent un ordre efficace et stable: les Mamelouks se maintiendront au pouvoir pendant 267 ans, le temps de 47 règnes. Le Caire devint le centre d'un puissant empire qui récupéra les possessions des Fatimides et contrôla les circuits commerciaux entre l'Orient et l'Occident.

La tutelle Ottomane :

 

La découverte de la route maritime des Indes par les Portugais et la constitution d'un vaste Empire ottoman privèrent l'Egypte de l'essentiel de ses sources de richesses et de puissance.

En 1517, soixante-quatre ans après la prise de Constantinople par les Turcs, le sultan Selim Ier rattacha l'Egypte à son empire, laissant aux milices mamelouks le pouvoir au niveau local. Aux XVII e  et XVIII e  siècles, appauvri et en pleine décadence, le pays sombra progressivement dans l'anarchie.           

En juillet 1798, Napoléon Bonaparte débarque à Alexandrie avec 38'000 soldats et les plus brillants savants de son époque. Il a pour objectif la maîtrise de la route des Indes et la conquête d'un empire oriental. Mais, un an plus tard, il rejoint l'Europe, laissant derrière lui son armée (qui rembarquera en septembre 1801). Tout inachevée que soit son œuvre, et en dépit de son échec apparent, cette intrusion des soldats d'une jeune révolution dans ce vieux pays est aujourd'hui considérée comme le point de départ de l'Egypte moderne.

L’Egypte moderne :

 

Méhémet-Ali
En 1811, après une période de troubles, Méhémet-Ali (1769-1849), dont la nomination au poste de vice-roi par les ulémas fut reconnue en 1805 par la Porte (gouvernement du sultan), fit massacrer trois cents beys mamelouks qu'il avait invités à un festin donné à la Citadelle. Levée l'hypothèque que faisaient peser ces milices indisciplinées, l'ordre fut ainsi rétabli.  

Le nouveau maître de l'Egypte pu alors achever l'œuvre de rénovation entreprise par Bonaparte. Il n'hésita pas à s'entourer d'experts français pour mettre en pratique ses projets: construction de canaux d'irrigation, introduction de cultures destinées à l'exportation (coton, canne à sucre), ébauche d'une industrie, équipement portuaire, réforme de l'administration, création d'une armée moderne, fondation d'écoles, envoi de missions scientifiques à l'étranger.

Pour le compte du sultan, il entreprit la reconquête de La Mecque et réprima l'insurrection crétoise. Les conquêtes du Soudan et de la Syrie furent, en revanche, conduites à des fins personnelles. La campagne de Syrie, menée en 1831 par son fils Ibrahim Pacha, provoqua l'inquiétude des puissances européennes, particulièrement du Royaume-Uni, qui contraignirent Méhémet-Ali à renoncer à ses conquêtes (en échange de quoi elles reconnurent son pouvoir héréditaire sur l'Egypte). Le vice-roi mourut en 1849 sans avoir pu réaliser ses ambitions, mais laissait derrière lui un pays profondément transformé.  

Le creusement du canal de Suez  
Ses successeurs, à l'exception d'Abbas I er (1848-1854), poursuivirent à grands frais sa politique: traçage des lignes de chemin de fer, création d'un musée des Antiquités (avec le Français Mariette), libération de la propriété des terres. Le plus gros chantier, le creusement du canal de Suez, fut confié à Ferdinand de Lesseps. L'inauguration du canal en 1869, en présence de l'impératrice Eugénie, marqua l'apogée du règne du khédive (vice-roi) Ismaïl Pacha (1863-1879). Ruiné par les dettes contractées auprès des Européens, le pays dû accepter en 1876 un condominium financier franco-britannique. Trois ans plus tard, le khédive, contraint d'abdiquer, fut remplacé par son fils Tawfiq (1879-1892).  

L'Egypte obtient son indépendance         
Le mécontentement se développa dans la population et dans l'armée: le colonel nationaliste Urabi Pacha devint ministre de la Guerre. Le Royaume-Uni, prétextant la protection des ressortissants européens, intervint et, le 13 septembre 1882, écrasa les troupes égyptiennes. Après être parvenue à ruiner l'influence française, elle demeura seule maîtresse de la région, et le consul britannique lord Cromer devint, de 1883 à 1907, le véritable maître du pays en dépit de la tentative d'indépendance d'Abbas Hilmi II (1892-1914). Le soulèvement mahdiste au Soudan fournit ensuite à Londres l'occasion de renforcer sa présence militaire. Le mouvement nationaliste retrouva toutefois de la force avec Muhammad Abduh, théoricien de la renaissance arabe Nahda.   

En 1914, le Royaume-Uni profita des hostilités avec la Turquie pour couper les derniers liens existant entre Le Caire et l'Empire ottoman; elle déposa le khédive Abbas Hilmi II, jugé trop proche des nationalistes, et proclama son protectorat direct sur l'Egypte. Mais, dès 1918, le nationalisme égyptien, avec Sad Zaghlul, réclama l'indépendance. En 1922, devant la pression populaire, le Royaume-Uni fut amenée à mettre fin à son protectorat ; il ne s'agissait toutefois que d'un acte symbolique, car elle se réservait la Défense et les Affaires étrangères.

S'ouvrit alors une période marquée par la lutte menée sous l'impulsion du parti Wafd et de son chef historique, Sad Zaghlul; les élections de 1924, remportées à une large majorité par Sad Zaghlul et le Wafd, donnèrent un véritable sens à l'indépendance égyptienne. Le 26 août 1936, par le traité de Londres, le Royaume-Uni accorda à l'Egypte son indépendance, mais les Britanniques se réservaient d'occuper la zone du canal de Suez pendant vingt ans. L'Egypte fut admise à la Société des Nations en 1937.           

Farouk renversé et proclamation de la République      
Trois forces se disputaient alors la scène politique égyptienne : le Palais - avec d'abord Fouad Ier (1917-1936) puis Farouk (1936-1952) -, le Wafd (avec Sad Zaghlul puis Nahhas Pacha) et le Royaume-Uni, qui se jouait des deux premiers et finit par les déconsidérer, précipitant ainsi leur perte - et la sienne.

En 1942, afin d'empêcher tout rapprochement de l'Egypte avec les forces de l'Axe, les Britanniques, mettant à profit la rivalité entre Farouk et le Wafd, imposèrent au roi Nahhas Pacha comme Premier ministre. Ce dernier fut limogé en 1944, mais le Wafd était lui-même miné par des conflits internes.

La défaite militaire arabe face à Israël, en 1949, révéla la faiblesse du régime; les difficultés économiques déclenchèrent des troubles. En 1950, le roi Farouk rappela Nahhas Pacha pour rétablir la situation. En 1952, des incidents avec les troupes britanniques installées sur le canal de Suez suscitèrent une émeute au Caire, menée par les Frères musulmans. Ni le Palais ni le vieux parti Wafd ne pouvaient redresser la situation.

Le 23 juillet 1952, l'organisation clandestine des «officiers libres», dirigée par le général Néguib, déclencha un coup d'Etat, renversa Farouk et proclama la République. En février 1954, Néguib fut démis de ses fonctions et remplacé par le lieutenant-colonel Gamal Abdel Nasser.  

Nasser et la République égyptienne :

 

La nationalisation de l'économie égyptienne     
Pour la première fois depuis la conquête d'Alexandre, un authentique Egyptien, Nasser, présidait aux destinées de son pays. Une nouvelle catégorie sociale, la petite bourgeoisie civile et militaire, l'accompagna au pouvoir. La majeure partie du pays allait se rallier aux idéaux de son dirigeant: égalité, authenticité culturelle, progrès sur le plan intérieur; nationalisme, tiers-mondisme et arabisme sur le plan extérieur.

Nasser mit fin à la présence étrangère en Egypte par le traité d'évacuation de la zone du canal de Suez; les dernières troupes britanniques quittèrent la zone du canal en octobre 1954. A la conférence de Bandung, en 1955, l'Egypte, qui venait de refuser de participer au pacte proaméricain de Bagdad, joua un rôle majeur dans la naissance du mouvement des pays non alignés.

Le 26 juillet 1956, Nasser décréta la nationalisation du canal de Suez. Israël attaqua l'Egypte le 29 octobre. Le 31, la France et le Royaume-Uni dépêchèrent des troupes. L'ONU, soutenue par les Etats-Unis et l'URSS, imposa un cessez-le-feu le 7 novembre. La France, la Grande-Bretagne et Israël se retirèrent le 22 décembre.

Sorti à son avantage de l'opération militaire franco-britannico-israélienne, Nasser saisit l'occasion pour entreprendre de nationaliser l'économie égyptienne en mettant un terme aux intérêts économiques extérieurs, et annonça l'exil de nombreuses communautés étrangères, ou ressenties comme telles.  

La construction du barrage d'Assouan    
Les difficultés commencèrent en 1961, avec la dénonciation par la Syrie de la République arabe unie, formée en 1958 par l'union des deux pays. L'Egypte intervint aux côtés des républicains dans la guerre civile yéménite, mais se trouva rapidement prise au piège d'une guerre interminable. Nasser défendit et pratiqua le «neutralisme positif» en profitant alternativement des aides des puissances occidentales et du camp socialiste.

Après que la Banque mondiale, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis eurent refusé les crédits pour la construction du barrage d'Assouan (1956), il en obtint le financement par l'URSS. Sur le plan intérieur, il créa en 1962 l'Union socialiste arabe, parti unique, qui se renforça parallèlement à la répression (interdiction du parti communiste en 1965; arrestation des Frères musulmans), tandis qu'étaient mises en œuvre de nouvelles mesures de nationalisation.  

La guerre des six jours       
En 1967, la tension avec Israël monta de nouveau. Pressentant une attaque imminente, l'Etat hébreu devança les plans arabes en lançant l'offensive contre ses voisins: l'armée égyptienne fut mise en déroute en six jours de campagne; le Sinaï fut occupé, et les troupes israéliennes campèrent sur la rive est du canal, où allait se poursuivre une longue guerre d'usure.

Nasser offrit sa démission; rappelé par les manifestations d'un peuple en plein désarroi, il développa ses relations avec l'URSS pour reconstituer son potentiel militaire. Il mourut trois ans plus tard, le 28 septembre 1970, sans avoir pu surmonter les conséquences de la guerre catastrophique des Six-Jours.

L’Egypte de Sadate et Moubarak :

 

Anouar El-Sadate    
Même s'il se situa d'abord dans la continuité du régime nassérien, le successeur de Nasser, Anouar el-Sadate, ne tarda pas à donner à la politique égyptienne des orientations différentes. Il réduisit les tendances nassériennes radicales existant au sein du parti et de l'appareil d'Etat en réintroduisant une forme de pluralisme politique; il fit même preuve d'une indulgence certaine à l'égard des Frères musulmans; en 1971, l'Egypte prit le nom de République arabe d'Egypte.

Cette évolution s'accompagna d'une politique d'ouverture économique (infitah) visant à relancer le développement économique en attirant les capitaux étrangers. Tandis que les gouvernements qui se succédaient libéralisaient l'économie, sur le plan extérieur, Sadate mit fin aux relations privilégiées avec l'URSS (expulsion des conseillers soviétiques en 1972, abrogation du traité d'amitié avec Moscou en 1976) et se rapprocha des Etats-Unis. Mais, dans un premier temps, l'infitah accrut les inégalités et les tensions sociales.          

Traité de paix entre l'Egypte et Israël     
Une guerre contre Israël semblait de nouveau devoir servir de dérivatif au mécontentement populaire. Sadate constitua l'Union des Républiques arabes, une fédération avec la Syrie et la Libye. Le 6 octobre 1973, l'Egypte et la Syrie attaquèrent Israël (guerre du Kippour); une audacieuse opération militaire permit aux troupes égyptiennes de franchir le canal de Suez. Ce succès initial, même s'il fut suivi de revers, sauvait surtout l'honneur du pays et le prépara à la paix qui allait advenir.

En 1974 commença le désengagement réciproque de la zone du canal (qui sera désensablé pour être ouvert un an plus tard). Le rétablissement des relations avec les Etats-Unis (visite de Nixon en Egypte du 12 au 14 juin 1974) se traduisit par l'adhésion de Sadate à la politique des «petits pas».

En 1976, l'Egypte récupéra ses champs pétrolifères du Sinaï. La visite de Sadate à Jérusalem (19-21 novembre 1977), suivie de la rencontre Sadate-Begin à Ismaïlia (25-26 novembre) précipita la mise au ban de l'Egypte par le monde arabe (rupture des relations diplomatiques par l'Algérie, l'Iraq, la Libye, la Syrie et le Yémen).

Le 5 décembre 1978, un sommet américano-égypto-israélien s'ouvrit néanmoins à Camp David, aux Etats-Unis. Douze jours plus tard, Carter, Sadate et Begin signaient à Washington deux accords-cadres pour la paix. Le traité de paix entre l'Egypte et Israël fut signé le 26 mars 1979, à Camp David. L'Egypte fut suspendue de la Ligue arabe dont le siège fut transféré à Tunis.

Le 6 octobre 1981, le président Sadate était assassiné par des extrémistes musulmans, et Hosni Moubarak lui succédait. Le 25 avril 1982, Israël restituait le Sinaï à l'Egypte.  

Hosni Moubarak     
Le président Hosni Moubarak poursuit les grandes orientations de son prédécesseur. Sans rien faire qui soit susceptible de remettre en question le traité de paix avec Israël (malgré le durcissement intervenu dans la politique de l'Etat hébreu après l'arrivée au pouvoir du Likoud), et tout en consolidant ses liens avec les Etats-Unis (qui fournissent une aide civile et militaire considérable), l'Egypte parvient à améliorer progressivement ses relations avec les pays arabes: elle réintègre la Ligue arabe le 21 mai 1989.

Le choix fait lors du conflit du Golfe, en 1991, de participer à la force multinationale contribue à renforcer le rôle diplomatique de l'Egypte et à assainir sa situation financière. Sur le plan économique, la politique de libéralisation est maintenue sous les auspices du Fonds monétaire international : privatisation du secteur public, libération des prix et du marché des changes. D'indéniables succès, notamment sur le plan monétaire et financier, peuvent être relevés. Cependant, la multiplication des attentats perpétrés par les intégristes islamistes fragilise l'économie en provoquant une crise du tourisme.

 

HISTOIRE DU PAKISTAN

 

 

 

Le Pakistan (803'940 Km²), pays dont l'Indus constitue l'épine dorsale, se situe à la limite occidentale du domaine climatique de la mousson. Sur la plus grande partie de son territoire, hormis bien sûr le Nord himalayen, le milieu naturel se rapproche des terres sèches des déserts d'Iran et d'Arabie.    

Les premières civilisations de l'Indus     
C'est sur l'actuel territoire pakistanais que se sont épanouies, il y a 4000 ou 5000 ans, les premières civilisations, celles de l'Indus. Des peuples dravidiens occupent le nord du sous-continent indien et s'installent près des fleuves, où, grâce à leur maîtrise de l'irrigation, ils pratiquent la céréaliculture. C'est alors que se développe une civilisation urbaine dont subsistent, notamment, les vestiges de Mohenjo-Daro et de Harappa. Un urbanisme évolué - où abondent entrepôts, silos, réservoirs et jarres - sert de support à l'apparition d'une caste de marchands qui va tisser des liens avec les Sumériens de Mésopotamie. L'écriture, connue par de courtes inscriptions sur des sceaux, reste énigmatique. Le déclin de ces civilisations se situe vers 1800 av. J.-C.          

Les vagues d'envahisseurs            
Vers la moitié du II e millénaire av. J.-C. déferlent les premiers envahisseurs venus d'Asie centrale. Ces peuples indo-européens, ou aryens, lorsqu'ils ne guerroient pas, sont des pasteurs itinérants. Ils apportent la métallurgie du fer, l'usage du cheval et une organisation sociale fondée sur le système des castes. Après avoir repoussé les populations dravidiennes, qui fuient vers le sud de la péninsule indienne, ils se sédentarisent puis subissent les assauts de nouvelles invasions venues du nord-ouest. Les grands centres urbains périclitent avec eux.  

Dominations et empires se succèdent ensuite au fil des siècles. Les régions de plaine de l'Indus sont intégrées à l'Empire achéménide et versent tribut au Roi des rois. Alexandre le Grand lance une expédition jusqu'au Pendjab et redescend le cours de l'Indus en 326 av. J.-C. L'actuel Pakistan est ensuite divisé entre l'empire des Mauryas et les royaumes gréco-bactriens. Açoka (III e  siècle av. J.-C.) y propage la foi bouddhique; à partir du Gandhara, celle-ci rayonne vers l'Asie centrale et l'Extrême-Orient.  

Soumise à différentes invasions - dont celles des Guptas et des Huns -, la région tombe dans l'anarchie et se scinde, à partir du V e  siècle apr. J.-C., en petits royaumes.       

La diffusion de l'islam et l'Empire Moghol        
Les Arabes, qui pénètrent dans le Sind vers 712, diffusent l'islam. Cette région est pour un temps englobée dans le califat de Bagdad. Dans le Pendjab, islamisé à son tour, se succèdent pendant plus de trois cent cinquante ans dynasties turques et afghanes

En 1526, l'émir Bâber, venu du Fergana, franchit les passes qui séparent l'Afghanistan du Pakistan et étend son pouvoir au-delà d'Agra. C'est le début de l'Empire moghol. Pères et fils se succèdent sur quatre générations en l'espace de cent cinquante ans, ce qui permet une remarquable stabilité de l'administration et un épanouissement parfois somptueux de la vie sociale, artistique et culturelle.

C'est à propos des quatre empereurs Akbar, Djahangir, Chah Djahan et Aurangzeb, que l'on utilise l'expression «Grands Moghols». Les empereurs sont des protecteurs des lettres et des arts. Les villes s'épanouissent avec leurs mosquées, leurs palais, leurs murs d'enceinte et leurs jardins. Lahore devient l'une des capitales des Grands Moghols, au même titre que Delhi ou Agra. L'épanouissement culturel de l'Empire moghol culmine sous lE règne d'Akbar (1556-1605). Au XVIII e  siècle, l'Empire est en déclin et se fragmente sous la pression des Etats voisins.           

La domination britannique           
Les terres de l'Indus tombent sous la domination britannique au cours de la première moitié du XIX e  siècle. Après une première guerre anglo-afghane, le Sind passe sous le contrôle de la Couronne britannique en 1843 et le Pendjab est occupé par la Compagnie anglaise des Indes six ans plus tard. La révolte des cipayes (1857-1858), durement réprimée, est le dernier sursaut nationaliste des princes musulmans: le Pakistan est englobé dans l'empire des Indes. Les musulmans sont écartés des responsabilités politiques et administratives, plus volontiers confiées aux hindous, et très peu sont enrôlés dans l'armée.         

La création du Pakistan     
L'année 1946 voit se multiplier les heurts sanglants entre les deux communautés. Le vice-roi, lord Mountbatten, est contraint d'accepter la partition. La proclamation de l'indépendance (14 août 1947) s'accompagne de massifs et meurtriers transferts de population: 8 millions d'hindous et de sikhs sont transférés du Pendjab vers le territoire indien; plus de 6 millions de musulmans de l'Inde se réfugient au Pakistan. Le nouvel Etat couvre 23 % du sous-continent indien et abrite les trois cinquièmes des musulmans de l'Asie du Sud. Il présente la caractéristique d'être constitué de deux entités territoriales distantes de 1700 km.

Le Pakistan oriental comprend le Bengale oriental, le Pakistan occidental rassemble le Sind, le Pendjab occidental, le Baloutchistan, les provinces frontalières du Nord-Ouest et un certain nombre de petits Etats qui ont choisi de se rallier à la nouvelle nation islamique.

L'antagonisme indo-pakistanais   
Le nouvel Etat est en proie à de très grandes difficultés: il faut réinstaller les réfugiés, créer une administration, mettre sur pied une armée, fonder une industrie, partager avec l'Inde les eaux du Pendjab et surtout assurer le fonctionnement d'une entité géographique éclatée. La question du Cachemire, en outre, est une source permanente de très graves tensions avec l'Inde.  

Sur le plan interne se succèdent les coups d'Etat qui portent au pouvoir des équipes successives de militaires. Le mécontentement est surtout prononcé au Pakistan oriental, où la population bengali musulmane, organisée au sein de la ligue Awami, se sent plus proche de l'Inde (pays où elle est enclavée) que d'un Pakistan occidental dominateur bien que plus lointain. Les troubles se succèdent et la guerre civile éclate en 1971: l'armée pakistanaise intervient au Bengale. Un conflit ouvert l'oppose à l'armée indienne, qui soutient le Bengale. Défait, le Pakistan est contraint d'accepter un cessez-le-feu le 16 décembre. Le Pakistan oriental, indépendant, devient le Bangladesh. Le Pakistan, qui s'est retiré du Commonwealth en 1972, reconnaît le nouvel Etat en 1974.      

D'Ali à Benazir Bhutto, puis Nawaz Sharif       
Le Pakistan est une république islamique où la vie politique, très heurtée, est marquée par le poids des militaires. Après la scission du Bangladesh, Ali Bhutto, qui doit affermir la cohésion nationale de la nouvelle entité pakistanaise, fait adopter en 1973 une Constitution établissant un régime présidentiel.

Mais, alors que la vie politique reste très mouvementée, le général Zia ul-Haq organise un coup d'Etat en juillet 1977, prend le pouvoir et instaure la loi martiale. Le pouvoir présidentiel est renforcé, tandis que l'armée s'implique très fortement dans la sphère politique. Un système technocratico-militaire domine le pays avec l'aval des propriétaires de grands domaines semi-féodaux. Les opposants sont emprisonnés. La pendaison d'Ali Bhutto en 1979 soulève une réprobation internationale; la presse est étroitement surveillée. Le général Zia ul-Haq favorise une pratique rigoriste de l'islam.

Après sa disparition dans un accident d'avion (1988), il est remplacé par Ghulam Ishaq Khan, alors président du Sénat. Celui-ci appelle au poste de Premier ministre Benazir Bhutto, fille d'Ali Bhutto, après la victoire du PPP (Pakistan's People Party) aux élections de 1988.

En 1990, la première femme à diriger un pays musulman est destituée et remplacée par Mian Nawaz Sharif, qui s'oppose très rapidement au président de la République. Les élections législatives organisées en octobre 1993 ramènent Benazir Bhutto au pouvoir. Mais, après avoir été démise de ses fonctions en novembre 1996, par le président de la République, Farooq Ahmed Leghari, usant de ses pouvoirs constitutionnels comme le lui demandait l'opposition, Benazir Bhutto, subit l'année suivante une sévère défaite aux élections législatives; Muhammad Nawaz Sharif, chef de la Ligue musulmane qui enlève les trois quarts des sièges, devient le nouveau Premier ministre du pays.

En 1998, Muhammad Rafiq Tarar, membre de la Ligue musulmane, succède à Farooq Ahmed Leghari, démissionnaire, à la tête de l'Etat. En 1999, la signature avec l'Inde, d'un accord historique pour réduire les risques de guerre nucléaire accidentelle entre les deux pays, n'a pas empêché les vieux antagonismes de resurgir, et les deux signataires de se livrer à une nouvelle surenchère d'essais nucléaires.

 

HISTOIRE DU YEMEN

 

 

 

Bastion extrême de la péninsule Arabique, dominant la mer Rouge et l'océan Indien, ce pays de 527'970 km 2 , qui vécut longtemps replié sur lui-même, fait mentir son appellation antique d'«Arabie Heureuse». Déchiré au XIX e  siècle entre les influences ottomane et britannique, il a subi depuis 1962 trois guerres civiles et connu une période de bouleversement social et économique.

L'histoire du Yémen antique, peu étudiée, reste enfouie sous les sables. Les textes les plus anciens découverts à ce jour ne permettent guère de remonter au-delà du V e  siècle av. J.-C. On sait cependant, par certaines inscriptions sud-arabiques, que des civilisations se sont épanouies sur ces territoires dès avant le Ier millénaire.            

Le royaume de la reine de Saba   
La légende de la reine de Saba et sa visite auprès du roi Salomon, relatée aussi bien dans la Bible que dans le Coran, nourrissent une certaine fascination européenne pour cette lointaine contrée.

Plusieurs royaumes se sont succédés de 1500 av. J.-C. à 300 apr. J.-C. Le plus célèbre d'entre eux, celui de Saba, avait Marib pour capitale. La puissance de ces royaumes aux confins du désert reposait sur deux facteurs: une agriculture rendue possible grâce à la maîtrise de l'irrigation et une intense activité commerciale. L'Arabie du Sud avait le privilège de produire - notamment dans le Dhofar et l'Hadramaout - de l'encens, de la myrrhe, de la cannelle et des aromates, dont les civilisations méditerranéennes (Grèce, Egypte) étaient très demandeuses pour les besoins des rites religieux et les usages médicaux.

Parcourue par d'immenses caravanes, la route de l'encens, tracée en bordure du désert, évitait les reliefs. Par cet itinéraire transitaient également des richesses venant de l'Inde. L'apogée de ces royaumes d'Arabie semble se situer aux IIIe et IIe siècles av. J.-C. Mais l'apparition de nouvelles routes commerciales fut le facteur déterminant du déclin: le commerce terrestre avec l'Inde se détourna de la route de l'Arabie du Sud pour transiter par la Mésopotamie et rejoindre les ports méditerranéens.          

Les Himyarites des hauts plateaux prirent ensuite l'ascendant en Arabie du Sud. Certains souverains adoptèrent le judaïsme, et d'autres, le christianisme. Une invasion éthiopienne mit fin à leur dynastie en 525, et Sanaa devint capitale. Cette nouvelle domination fut éphémère, et l'Arabie du Sud, convoitée par les Perses, devint, un temps, une satrapie.  

Le Yémen musulman: le pays des zaydites        
En 628, le gouverneur perse du Yémen se convertit à l'islam, entraînant dans sa démarche l'ensemble de son peuple. De nombreuses mosquées sont construites, et le pays participe largement à la propagation de l'islam. Poussées par le zèle des nouveaux convertis, les cohortes yéménites deviennent le fer de lance des armées musulmanes, instrument des grandes conquêtes arabes. Bien souvent en proie aux rivalités tribales, le Yémen devient une province de l'empire abbasside.           

C'est précisément pour arbitrer des conflits tribaux qu'un imam descendant d'Ali fonde à la fin du IX e  siècle la dynastie chiite des zaydites. L'histoire de l'imamat zaydite révèle la constance des conflits entre imams et tribus (l'imamat est en lutte pour la suprématie avec de nombreuses autres dynasties).  

A partir du XVI e  siècle, le Yémen, épuisé par les querelles intestines, subit la domination étrangère. Les Portugais tentent sans succès d'établir des comptoirs, et les Ottomans s'emparent du pays pour plus d'un siècle. C'est à l'époque ottomane que la culture et le commerce du café prennent leur essor. Les imams zaydites recréeront un Etat indépendant, sans parvenir jamais à établir durablement leur autorité sur l'ensemble du pays.

Le partage entre Britanniques et Ottomans       
En 1839, les Britanniques contrôlent Aden, escale importante sur la route des Indes. En 1843, la ville, sous la dépendance de l'empire colonial des Indes, devient une place forte. Cette installation fait tache d'huile, et la Grande-Bretagne signe des traités de «protection» avec de nombreux souverains ou chefs de tribu locaux. Les Britanniques contrôlent les territoires qui formeront plus tard le Yémen du Sud. De leur côté, les Turcs reviennent au Yémen en 1849 et renforcent considérablement leur présence après l'ouverture du canal de Suez.

Au début du XX e  siècle, les sphères d'influence turque et britannique se précisent, et en 1905 un accord entre les deux puissances trace la «Violet Line», qui deviendra ultérieurement la frontière entre les deux Yémens. Les Turcs se retirent du Yémen en 1919, au lendemain de leur défaite.       

Les deux Yémens    
Dès lors, les deux entités territoriales évoluent indépendamment l'une de l'autre.  

Le Yémen du Nord  
Sous la férule de l'imam Yahya, le Yémen du Nord apparaît comme un pays sous-développé et arriéré, fermé à toute influence étrangère. L'imam tente sans succès de réaliser l'unité du pays. Dans le Nord, il entre en conflit avec l'Arabie Saoudite, mais, battu, doit admettre la souveraineté saoudienne sur la région de l'Asïr (1934); pour le Sud, un traité de 1926 reconnaît la domination britannique sur Aden et les territoires voisins. En 1948, l'imam Yahya est assassiné. Son fils Ahmad réussit à s'emparer du pouvoir. Jusqu'à sa mort, en septembre 1962, celui-ci dirige le pays depuis Taïz, l'ouvre aux influences extérieures et engage une politique de modernisation et de développement de l'instruction. En 1962, une semaine après la mort d'Ahmad, un coup d'Etat militaire, soutenu par l'Egypte, renverse l'imam, qui s'enfuit en Arabie Saoudite, et la République arabe yéménite (RAY) est proclamée.  

Le Yémen connaît alors une période sanglante: sept ans de guerre civile opposent les républicains, soutenus par l'Egypte nassérienne qui envoie pendant cinq ans un corps expéditionnaire, aux royalistes, soutenus par l'Arabie Saoudite. Le conflit se termine en 1967 par le retrait des troupes égyptiennes. En 1970, une nouvelle Constitution est promulguée, favorable aux puissances occidentales; l'Arabie Saoudite reconnaît la République du Nord. Cependant, le pays se heurte de plus en plus violemment à son voisin marxiste du Sud.  

La guerre entre les deux Yémens (septembre-octobre 1972) se termine par un traité qui projette, à long terme, l'unification des deux Etats, mais qui reste sans effet. L'assassinat du président de la République, en juin 1978, provoque la rupture des relations diplomatiques puis, en mars 1979, une guerre ouverte avec le Yémen du Sud.  

Le lieutenant-colonel Ali Abdallah Saleh, nommé président de la République en juillet 1978, se révèle un politique habile: nonobstant les pressions de Riyad et de Washington, il fait appel à l'aide militaire soviétique en 1980, et mène, à l'intérieur, une difficile politique d'équilibre entre les forces conservatrices et progressistes. En novembre 1981, il obtient d'Aden (avec qui les relations se sont notablement améliorées) la réduction de son aide aux maquisards du Front national démocratique (FND), qui se livrent à la guérilla dans le Sud. Une paix des braves est finalement signée au début de 1983, le FND dépose les armes. En mai 1983 puis en juillet 1988, Ali Abdallah Saleh est réélu à la présidence de la République. En 1989, un accord est signé avec le Yémen du Sud, qui permit la réunification des deux pays en 1990. Quatre ans plus tard, les conditions d'une nouvelle scission sont à nouveau réunies, fragilisant davantage l'économie.  

Le Yémen du Sud    
Dans les années 1960, le Yémen du Sud est confronté à des événements violents. Pour les Britanniques, qui souhaitaient constituer avec les principautés de l'arrière-pays une fédération de l'Arabie du Sud, Aden restait une base de première importance. Tandis qu'un puissant mouvement nationaliste s'affirme - mené par le Front national de libération (FNL) -, la Grande-Bretagne se retire, et l'indépendance est proclamée en 1967.  

En 1969, l'aile gauche du Front l'emporte, et, en 1970, le président Salim Ali Rubayyi instaure le seul régime marxiste de la péninsule Arabique. La réforme administrative et la réforme agraire soulèvent l'opposition des chefs des tribus et des milieux religieux, soutenus par l'Arabie Saoudite. Les contradictions de la politique de Rubayyi (rapprochement avec l'Arabie Saoudite en 1976, mais politique agressive à l'égard du Yémen du Nord), ses ambitions personnelles et son isolement au sein du FNL provoquent en juin 1978 un soulèvement militaire au cours duquel il est renversé et exécuté.

Un nouvel homme fort s'impose à la tête de l'Etat en octobre 1980: Ali Nasir Muhammad. Marxiste convaincu, partisan inconditionnel de l'URSS, il se montre pourtant soucieux de rompre l'isolement diplomatique de son pays. Mais cette orientation est remise en cause par l'aile dure du parti socialiste yéménite (parti unique); les dissensions s'exaspèrent et les règlements de comptes entre opposants laissent un pays dévasté. Ali Nasir Muhammad, évincé, doit s'exiler. Le nouveau président, Abou Bakr al-Attas, poursuit pourtant, sous la pression de Moscou, la politique de rapprochement avec le Yémen du Nord aboutissant à la réunification de 1990.

Le problème de la réunification   
Bien que la réunification ait été proclamée le 22 mai 1990, la réconciliation s'est avérée difficile. En attendant des élections prévues pour avril 1992, des dispositions avaient été prises pour organiser une période transitoire. Le parti socialiste yéménite (PSY) et le Congrès général populaire (CGP), qui régnaient sans partage (le premier dans le Sud, le second dans le Nord), s'étaient mis d'accord pour gérer le pays en se répartissant le pouvoir au sein du Parlement et du Conseil présidentiel.  

Le compromis apparaît vite difficile à mettre en œuvre. Attentats et émeutes urbaines se multiplient. Ni les armées, ni les services de télévision, ni les compagnies aériennes ne fusionnent. La nouvelle structure gouvernementale ne parvient pas à se substituer à l'ordre tribal traditionnel, notamment dans la partie septentrionale du pays. La mésentente règne.

Après une longue période d'incertitude et d'affrontements, les élections législatives se déroulent finalement le 27 avril 1993: c'est un succès pour le processus de démocratisation engagé lors de la réunification. Les résultats sont favorables aux trois grands partis: 121 sièges reviennent au CGP, 56 au PSY, 62 au Rassemblement yéménite pour la réforme (le parti islamiste). Ces trois partis constituent un gouvernement de coalition. La vie politique est alors dominée par la réforme de la Constitution et la mise en place de nouvelles institutions. Mais le désenchantement gagne rapidement les Sud-Yéménites, qui ne comptent que pour 3 millions dans la population totale.

L'accord de réconciliation signé à Amman (Jordanie) le 20 février 1994, qui donnait satisfaction aux Sudistes, ne les empêche cependant pas de déclarer unilatéralement leur indépendance (21 mai 1994). Mais, après un mois de combats, les troupes nordistes entrent dans Aden (le 5 juillet) et en chassent les dirigeants sudistes. Déclarée illégitime par le président Ali Abdallah Saleh, la déclaration de sécession du Yémen du Sud faite par le vice-président Ali Salem al-Baïd, relance les combats entre nordistes et sudistes, malgré l'intervention de plusieurs pays arabes qui portent le conflit devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

En mai 1998, le président Saleh doit faire face à une grave crise politique après la démission de son Premier ministre Faraj Ben Ghanem. Il confie à Abdel Karim al-Iriany la formation du nouveau gouvernement.