D I S S U A S I O N    N U C L E A I R E    E T    P R O L I F E R A T I O N

F O N C T I O N N E M E N T   E T   E N J E U X   C O N T E M P O R A I N S

 

 

 

Dans Paix et guerre entre les nations (1962), Raymond Aron montrait que face à la détention conjointe de l’arme nucléaire par les Etats-Unis et l’Union soviétique, « la guerre est impossible, mais la paix est tout aussi improbable ». Cette célèbre formule résume à elle seule le gel stratégique introduit par l’arme nucléaire, gel qui au coeur de la théorie de la dissuasion nucléaire. Néanmoins, la prolifération nucléaire peut nous amener à une analyse critique d’un certains nombres des hypothèses sur lesquelles elle repose traditionnellement.

 

 

L’arme nucléaire : un égalisateur de puissance dont l’utilisation devient politiquement intolérable

Arrétons nous d’abord sur la dissuasion abstration faite de son caractère nucléaire. Selon Henry Kissinger, elle désigne « la tentative faite pour empêcher d’adopter une certaine ligne d’action en lui opposant des risques qui lui paraissent sans commune mesure avec aucaun des gains esceomptés ». Ainsi présentée, la dissuasion n’est donc pas spécifiquement nucléaire pusique la possibilité de parvenir à une situation de dissuasion est présente dans toute situation d’équilibre militaire. On l’a retrouve notamment dans la formule romaine « si vis pacem para bellum » (si tu veux la paix prépare la guerre).

Cette précision faîte, on peut définir la dissuasion nucléaire comme la capacité à décourager toute attaque nucléaire en soulignant la volonté d’y riposter par une arme de même type. Comme aucun Etat ne peut accepter les pertes matérielles, morales et politiques consécutives à la riposte nucléaire, son utilisation devient intolérable : c’est la théorie du Mutual Assured Destruction (MAD), qui constitue le cœur même de la dissuasion nucléaire en posutlant que la puissance de destruction que confère l’arme nucléaire rend de facto son utilisation impossible au vu des ripostes tout aussi destructrices qu’elle entrainerait. On retrouve donc bien là une situation de gel stratégique dans laquelle la paix passe par des moyens militaires nucléaires.

Pour être crédible, une stratégie de dissuasion implique qu'on puisse mettre l'agresseur potentiel dans un certain état d'esprit, effet qui peut être obtenu en soulignant que le prix du succès sera très élevé (dissuasion par punition) de par la riposte mise en oeuvre. Or les frappes nucléaires doivent justement cibler, entre autre, les capacités de ripostes de l’adversaire. Dès lors la disssuasion nucléaire passe avant tout par une sécurisation des capacités de ripostes, ce qui est envisageable par l’installation de missiles dans des silos blindés ou dans des sous-marins nucléaires.

 

 

La dissuasion nucléaire face à la prolifération : vers une révision conceptuelle ?

La prolifération s’est clairement imposée dans l’analyse stratégique avec l’effondrement du bloc soviétique, qui s’est accompagné d’une fuite incontrôlée de technologies et de savoir-faire nucléaires. Simultanément, elle a été marquée par la nucléarisation du sous-continent indien lors des essais de l’Inde puis du Pakistan en 1998. Enfin avec le 11 septembre 2001, l’analyse stratégique a émis l’hypothèse d’un « terrorisme nucléaire » qui s’ébaucherait dans un contexte de mondialisation. Aujourd’hui, deux Etats sont stigmatisés pour le défis que pauserait leur programme nucléaire clandestin. Il s’agit d’abord de la Corée du Nord, qui malgrè une ouverture certaine n’en reste pas moins un des pays les plus fermé au monde. Il s’agit également de l’Iran, qui poursuit ses recherches en dépit de la médiation européenne.

Dans ce contexte, la rationalité de la dissuasion et de l’équilibre de la terreur semblent beaucoup plus discutables. Cette remise en cause se traduit d’abord par un affaiblissement de la culture stratégique commune qui allait avec la parité dans l’escalade durant la guerre froide. Au niveau technologique, la pleine maîtrise de l’arme nucléaire nécessite une période d’apprentissage. Aussi constate t-on une accentuation des risques matériels ou provenant de la chaîne de décision dès lors que la maîtrise de l’arme nucléaire n’est pas totale. Au niveau géopolitique, on peut s’inquiéter du fait que la prolifération concerne des zones instables (Moyen-Orient, Cachemire, asue du nord-est) au sein desquelles la violence, physique ou politique, est un outil essentiel de conquête et d’exercice du pouvoir.

A rebours de cette conception jugée parfois alarmiste, certraines analyses semblent nuancer les effets de la proliféraiton sur la dissuasion nucléaire. Pour Emmanuel Glasser, professeur à l’Université de Laval, si « l’on admet […] que l’arme nucléaire a été pendant la guerre froide un facteur de stabilisation, il est parfaitement possible de soutenir qu’elle peut jouer le même rôle aujourd’hui ». Par ailleurs, il semble que la prolifération soit exagérée. Pour la plupart des pays concernés, les contraintes économiques constituent en effet un obstacle important à la poursuite de la course aux armements. Enfin, les motivations des Etats proliférants traduisent une ambition limitée qui semble ne pas nous concerner directement, telle l’affirmation simple de sa place sur la scène internationale (Inde), la sanctuarisation de son territoire (Iran, Corée du Nord), ou au contraire un souci de sécurité mutuelle (Inde et Pakistan).

 

 

Deux visions antagonistes du régime de non-prolifération international

 

Ecole

 

Approche

 

Partisants

 

Traditionaliste de type guerre froide

 

La communauté internationale met en oeuvre le contrôle de la « non-prolifération » par le biais de l’AIEA, qui est centrée sur une action mulitlatéraliste et coopérative.

 

Mohamed el-Baradei

Kofi Annan

Javier Solana

 

Néo-conservatrice

 

La prolifération est un défi pour les Etats-Unis et nécessite donc une « contre-prolifération » ferme par le biais de sanctions économiques et d’actions préventives.

 

Paul Wolfowitz

Richard Pearl

Robert Kagan